Il fait encore nuit quand nous rejoignons depuis Clermont-Ferrand la clairière où Auvergne Montgolfière a donné rendez-vous à ses clients, près du parking du Panoramique des Dômes. Dans la pénombre, à 5 heures du matin, le staff fait l’appel, organise les groupes, distille les recommandations d’usage et dévoile sans trop en dire le déroulé de la matinée. Les vents portants sont ainsi orientés qu’il faut décoller ce jour-là au sud-ouest du puy de Dôme, afin d’être entraînés du bon côté et de survoler les volcans. En voiture vers le village d’Olby où, dans un champ, deux montgolfières et leurs nacelles, déposées un peu plus tôt, sont couchées dans l’herbe. Il ne faut pas être pressé pour voler enballon. Le remplissage à l’air chaud, avec les brûleurs, prend du temps. « Le volume de la toile est de 7 000 mètres cubes. On chauffe jusqu’au seuil où le ballon va décoller », explique un des pilotes. L’équipe a aussi envoyé en l’air un petit ballonnet rempli d’hélium pour s’assurer du sens du vent. Entre autres conseils, interdit d’enjamber les câbles qui relient le ballon à la nacelle – ils pourraient blesser en se tendant d’un coup. Dès lors, on a le temps d’admirer le lever du jour et la ligne nette du puy de Dôme et du puy de Côme, qui se découpent dans le ciel rose.
Estampe en plein vol
Il est temps de grimper dans la nacelle en osier. La suite n’est que contemplation et ravissement. Aux commandes, Stanislas Pietruszewski inspire confiance. Il a appartenu à l’équipe de France de montgolfière, a volé un peu partout dans le monde et connaît son puy de Dôme comme sa poche. Sous nos pieds, le réflexe est d’abord decontempler le sol. Dans le silence rompu seulement par les coups de brûleurs qui font s’élever la montgolfière, on découvre le carroyage bocager des villages et des hameaux du plateau, Mazaye, Champille, Le Grand Chambois, La Gardette, Ceyssat… Un petit manoir apporte une touche noble à ce décor paysan. Ici et là, immobiles, des taches brunes ou claires signalent la présence de vaches. Nous grimpons à raison d’un mètre par seconde, plus vite que l’autre ballon dont nous apercevons, plus bas, la coupole de toile parfaitement arrondie. Soudain, au-dessus de la brume, le soleil perce et éclaire dans un halo à contrejour la ligne de crête du puy de Dôme (1 464 mètres). Sublime estampe avec, à gauche, le puy de Côme (1 253 mètres) et, derrière lui, les puys de Clierzou (1 197 mètres) et Pariou (1 389 mètres). Plus loin, au sud-ouest, on aperçoit aussi le massif du Sancy, dominé sous cet angle par la dent rocheuse de la Banne d’Ordanche (1 512 mètres).
Cap sur le puy de Dôme
Le ballon semble soudain accélérer. Filant droit vers le puy de Dôme, nous volons « 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer et on vient de faire une “pointe” à 23 kilomètres/heure », confirme Stanislas. Rapide, l’accélération ? « Dans les Alpes, en compétition, j’ai vu des ballons qui atteignaient 100 kilomètres/heure », relativise le pilote. Il n’empêche. La forêt de conifères qui tapisse les versants du col de Ceyssat est sautée à vive allure, la ligne de crêtes est franchie, laissant à gauche les lignes aux courbes douces du sommet du puy de Dôme. Devant nous, dans un soleil plus ardent toujours troublé par la brume, s’ouvrent un nouveau versant agricole et la ville de Clermont-Ferrand. La descente est technique. Nous dégringolons dans un vallon avant de viser une petite colline boisée de résineux, qu’il s’agit de dépasser au ras. Flirtant avec la cime des arbres, la tentation est grande de tendre la main pour attraper une pomme de pin. C’est un jeu auquel aime s’adonner Stanislas. Plus loin, nous rasons un bosquet de feuillus et la nacelle effleure les branches sommitales… Une bonne odeur de foin coupé remonte dans nos narines. Nous nous apprêtons à toucher le sol lorsqu’un dernier souffle de vent envoie la nacelle dans le champ d’à-côté. En douceur, nous nous posons finalement dans l’herbe, sur une parcelle du village de Beaune-le-Chaud. Là-haut, le puy de Dôme, maître intemporel des lieux, reste imperturbable au passage régulier des ballons venus l’observer.