Joux, quand un nid d'aigle devint prison

Par Détours en France
source : Hors Série - Châteaux de légende, 2013, p.38

Maison forte, forteresse Vauban puis bastion au XIXe siècle : juché en vigie au-dessus d’une des plus grandes voies commerciales de l’Europe d’autrefois, Joux raconte mille ans d’histoire militaire. C’est aussi une prison, petite sœur de la Bastille.

Château

L’entrée de la cluse de Pontarlier, maintes fois empruntée par les « envahisseurs » depuis l’époque romaine, ne pouvait trouver meilleur site d’observation que le fort de Joux, dressé sur la montagne éponyme.

À quoi pensait Toussaint Louverture en grimpant le sentier qui mène au promontoire de Joux ? Le héros de l’indépendance d’Haïti, emprisonné ici par napoléon, se doutait-il que cette forteresse, imposante et farouche, serait son tombeau ?

L'histoire du château

L’endroit a de quoi frapper les esprits : un éperon rocheux, cinq enceintes, trois ponts-levis, un donjon, un fort enterré… Il fallait bien ça pour surveiller l’entrée de la cluse de Pontarlier, route des invasions depuis les Romains et voie commerciale entre la Flandre et l’Italie depuis le XIIIe siècle.

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« Ici, on rêve l’Histoire », avait lancé François Mitterrand lors d’une visite en 1987. Plus encore lorsque le château semble surgir d’une mer de brume comme d’un songe éveillé.

L’histoire du château a démarré il y a mille ans. À la première construction en bois succéda un nid d’aigles en pierre, dont la tour Grammont et le donjon sont aujourd’hui les plus beaux témoins.

Château

Après l’annexion de la Franche-Comté au royaume de France, Vauban fit renforcer les défenses, avec la reconstruction d’une partie du donjon, la quatrième enceinte et de nouveaux casernements. Enfin, après la guerre de 1870, le capitaine Joffre bâtit un fort enterré, archétype des modèles de l’époque.

Visite du lieu

Lors de la visite, vous allez remonter le temps, en commençant par la cinquième enceinte et le fort Joffre : la descente par un escalier en colimaçon creusé dans la roche est impressionnante avec ses 212 marches. Après la porte d’Honneur, place au fort Vauban et à la cour d’Honneur bordée de casernements.

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Voici les entrées respectives de la 5e et 4e enceinte du château de Joux.

La première enceinte vous donne accès à la partie la plus ancienne, la tour Mirabeau, du nom de celui qui y fut incarcéré pour adultère sur la personne d’une marquise de Pontarlier ; le donjon et son musée des armes – 600 pièces depuis le XVIIe siècle. De l’extérieur, remarquez une fenêtre presque murée, aux barreaux doublés : c’est là que fut incarcéré Toussaint Louverture, coupable d’avoir pris le pouvoir à Saint-Domingue.

Photo intérieure

Aujourd’hui, la cellule dans laquelle il mourut – sans doute de pneumonie, en 1803 – se visite : son dénuement est impressionnant. Et quand le guide éteint la lumière, pour montrer dans quelles conditions Toussaint y passa sept mois, on ne peut que frissonner.

Adieu Berthe !

ChâteauParmi les prisonniers qui ont séjourné ici – Toussaint Louverture (gravure ci-dessus), Mirabeau, Heinrich von Kleist… –, il y a aussi une femme, Berthe de Joux.
Épouse d’Amauri de Joux, elle commit l’erreur de croire son mari mort aux croisades et de s’éprendre d’un de ses compagnons. De retour, le mari fit pendre l’amant et enfermer son épouse dans un cachot creusé dans les murailles de la tour Grammont. À la mort de son époux, Berthe se retira à l’abbaye de Montbenoît.

On peut encore voir le cachot aujourd’hui… et se dire qu’être femme de croisé n’était pas de tout repos !