Puy de Dôme : un train vers le domaine des dieux

Par Sophie Bogrow
source : Détours en France n°174, p. 26

Avec ses 1 465 mètres, le puy de Dôme n’est pas le plus haut sommet d’Auvergne, mais il est de loin le plus emblématique, cône massif et solennel régnant sur une couvée de quatre-vingts volcans secondaires.

Puy-de-Dôme

En véhiculant jusqu’au sommet du Puy quelque 350 000 visiteurs par an, le petit train panoramique des Dômes rend à celui-ci un sacré service : plus de voitures ni d’autocars sur sa route en balcon désormais fermée, plus de parkings défigurant les lieux, plus de pelouses d’altitude piétinées. En douceur et dans un silence de tapis volant, souligné quand il faut d’un joli coup de sifflet rétro, il grimpe en déroulant sous nos yeux un panoramique imprenable de pentes vert tendre et de dômes sombres en cavalcade. Même par beau temps, le vent y orchestre, en jouant des cumulus, un ballet de couleurs changeantes.

Le train panoramique des Dômes


Le train panoramique des Dômes permet de gagner le sommet du volcan sans effort et sans bruit.

Vue sur la chaine des Puys

Un tramway avait déjà fait ce chemin. De 1907 à 1925. Il venait tout droit de Clermont-Ferrand. Un trajet aller-retour en deux heures, qui avait failli entraîner l’irréparable : des promoteurs entreprenants s’étaient pris à rêver d’hôtels de luxe. Pour les stopper, le département avait dû préempter les terres. Enterrée dans la pente sous un plateau herbu, la gare actuelle, à 1 406 m, fait preuve de plus de discrétion. Il y a bien assez de l’antenne hertzienne, plantée en 1957, et de la station météo pour déparer le sommet façon science-fiction démodée.

Le départ de la randonnée depuis le sommet du puy de Dôme


Le départ de la randonnée depuis le sommet du puy de Dôme. Les pelouses alpines adoucissent encore les rondeurs des anciens volcans.

Un site sacré de longue date

Les passagers débarqués se dispersent sur les trois sentiers bien tenus qui sillonnent les terrasses sommitales, en resserrant frileusement leurs polaires. « Les Muletiers » ajoutent une dimension historique : c’est la voie que nos ancêtres gallo-romains empruntaient jusqu’au temple de Mercure, un édifice si monumental qu’il se distinguait depuis Augustonemetum (Clermont). À l’Observatoire du temple
 situé quelques mètres plus haut,
 un centre d’interprétation léger 
et ingénieux qui retrace l’histoire 
du lieu, de sa découverte en 1872
 (à l’occasion de la construction de 
la station météo) aux plus récentes 
campagnes de fouilles, conduites 
entre 2000 et 2004.

Le cratère du puy de la Vache


Le cratère du puy de la Vache, un site lunaire
 où se révèlent de nombreux vestiges du volcanisme de la chaîne des Puys. Une randonnée aux allures d’expédition.

Selon Jean-Louis Paillet, l’un des archéologues impliqués, le Puy était déjà sacré avant la conquête romaine : on sait que le Mercure gaulois est une transposition du très apprécié dieu celte Teutatès. Ses adeptes n’avaient aucune conscience de danser sur un volcan. De même qu’ils ignoraient la sensibilité au gel de la trachyte, la pierre grise qu’ils employèrent principalement, puisée dans un cratère proche du col de Ceyssat. En conséquence, on manque d’éléments pour imaginer les superstructures du temple, un des plus grands de Gaule. Plusieurs hypothèses de restitution sont exposées à l’Observatoire, mais la reconstitution entreprise ne dépassera pas son socle magistral. Autour des installations scientifiques et techniques, les espaces naturels désormais protégés se sont reconstitués. Sur les pentes, on aperçoit parfois le troupeau de cinq cents brebis chargées de l’entretien du site. En observant dans le ciel le ballet des ailes multicolores, on songe à l’exploit d’Eugène Renaux, l’aviateur qui en 1911, pour répondre à un défi lancé par Michelin, a posé ici son biplan...