Le château d'Anet, beauté Renaissance

Publié le par La rédaction de Détours en France

Édifié pour Diane de Poitiers, ce chef-d'oeuvre de la Renaissance française, situé en Eure-et-Loir à 15 kilomètres de Dreux, garde le souvenir des amours du roi Henri II et de sa favorite à la beauté, dit-on, saisissante.

Quelques-uns des plus grands artistes de l'époque se sont penchés sur le berceau d'Anet : les sculpteurs Benvenuto Cellini et Jean Goujon, le peintre-émailleur-dessinateur- graveur Léonard Limosin, le peintre et verrier Jean Cousin, etc. « Avec Anet », explique Jean de Yturbe, actuel propriétaire du domaine,  « on a fait entrer la Renaissance française dans sa période classique. »

Une histoire d'amour royale

Lorsque Louis de Brézé, grand sénéchal de normandie et seigneur d'Anet, meurt en 1531, son épouse Diane de Poitiers, quarante ans plus jeune, entre en deuil. Sincèrement. Au point qu'elle décide de ne plus s'habiller qu'en noir et blanc. Mais celle dont la beauté saisissante inspirera nombre de peintres et de sculpteurs gagne les faveurs du futur Henri II.

Pourtant marié à Catherine de Médicis, le dauphin éprouve une grande attirance pour celle qui fut – lorsqu'il n'était encore qu'un enfant – sa gouvernante et la dame d'honneur de la mère de François Ier, Louise de Savoie. Rien n'est trop beau pour Diane, pourtant de vingt ans son aînée.

Lorsqu'Henri devient roi de France en 1547, il lui offre les bijoux royaux et la propriété royale de Chenonceau. Très vite, Diane fait reconstruire, par l'architecte lyonnais Philibert Delorme, le manoir gothique d'Anet en une demeure des plus raffinées. Pour le décorer et l'aménager, quelques-uns des artistes les plus prestigieux de l'époque se déplacent dans ce coin bucolique de la vallée de l'Eure : Benvenuto Cellini et Jean Goujon pour les sculptures, Léonard Limosin et Jean Cousin pour les vitraux.

Joachim Du Bellay, ébloui, évoquera, dans ses Regrets, le « paradis d'Anet », louant « la belle architecture, les marbres animés, la vivante peinture, (…) le jardin tapissé d'éternelle verdure et la vive fontaine à la source immortelle ».

La visite

Dès l'arrivée au château, c'est l'émerveillement. Ce n'est pas un simple portail d'entrée que l'on découvre, mais un véritable arc de triomphe inspiré de l'antique, avec ses quatre colonnes doriques. Son tympan présente un bas-relief en bronze de Diane couchée et, au sommet, trône un cerf entouré par quatre chiens. Imaginez, jadis, les animaux donnant l'heure : les chiens aboyaient et le cerf frappait du pied !

Vous voici ensuite devant la demeure… dont il ne subsiste plus que l'aile gauche. « Il a été très endommagé à la révolution par les vendeurs de pierre, explique Jean de Yturbe, propriétaire du domaine, dans sa famille depuis 1860. (...) La chapelle du château est considérée par nombre de spécialistes comme le plus beau bâtiment de la renaissance en France : admirée déjà en son temps, elle constitue une révolution architecturale, une rupture défnitive avec l'héritage médiéval. C'était l'une des premières en forme de croix grecque, surplombée d'un dôme exceptionnel. Il faut voir les anges sculptés par Jean Goujon ou le pavement de marbres polychromes extraordinaire. »

La belle histoire prend fin en 1559, tandis qu'Henri II meurt brutalement dans un tournoi. Diane de Poitiers tombe en disgrâce : Catherine de Médicis, devenue régente, lui fait rendre ses bijoux et son château de Chenonceau. Recluse à Anet, Diane fait construire, par l'architecte des princes de Lorraine Claude de Foucques, une chapelle funéraire pour abriter son tombeau. Elle meurt en 1566, à 66 ans, et son corps n'y sera inhumé qu'en 1577.

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