Des ruelles bordées de vieilles maisons, des jardins empanachés de glycine, quelques petits commerces... à Ancy-le-Franc, bourgade de 853 habitants à la frontière des départements de l’Yonne et de la Côte-d’Or, la vie s’écoule, paisible, au bord du canal de Bourgogne. Rien n’annonce la surprise qui nous attend quand, ce matin, nous remontons à vélo l’allée de platanes qui mène au château. À travers le rideau d’arbres, se dévoile soudain un majestueux palais de pierres taillées, trônant au milieu de parterres manucurés. En en faisant le tour par les jardins, on découvre un quadrilatère parfait, quatre ailes égales, formant une cour d’honneur aux façades richement sculptées. « Ce joyau de la Renaissance, on le doit à l’Italien Sebastiano Serlio, un maître de la symétrie et de l’architecture du XVIe siècle, explique le guide du château. Il fut bâti pour le seigneur bourguignon Antoine III Clermont-Tonnerre, beau-frère de Diane de Poitiers, un noble au service du roi François Ier. Et son décor de peintures murales, attribué à des maîtres tel Primatice, en fait le rival direct de Fontainebleau ! »
Petit tour de villages
La visite achevée, les sacoches remplies pour le pique-nique, nous voilà pédalant sur le chemin de halage ombragé de peupliers qui longe le canal de Bourgogne, bâti en 1832 pour relier l’Yonne et la Saône. C’est parti pour une petite aventure de deux jours et 30 kilomètres jusqu’à Montbard et, pour ceux qui auront le temps, l’abbaye de Fontenay...
Un crochet par l'abbaye de Fontenay
Un jour en plus ? Ce serait dommage de quitter Montbard sans découvrir l’abbaye de Fontenay, à 7 kilomètres, accessible à vélo par une route balisée à travers prés et bois. Modèle d’architecture cistercienne, elle fut fondée en 1118 par Bernard de Clairvaux, qui prêchait pour une vie monacale tournée vers Dieu et le travail. L’église à la haute nef, la salle capitulaire, le cloître, le pigeonnier, la vieille forge, tout est encore en place au milieu des jardins, classés « remarquables ». Autour de l’abbaye, plus de 1 200 hectares de bois et d’étangs, autrefois exploités par les moines, appellent aussi à la balade.
Au sortir d’Ancy, le canal suit d’abord le cours sinuant de la vallée de l’Armançon, en dessinant des méandres. Son gabarit étant trop réduit, les vraies péniches n’y circulent plus ; on n’y croise désormais que des bateaux de plaisance. Mais marins d’eau douce et cyclistes du week-end se saluent joyeusement au passage ! Ici, on est au cœur du pays des « pierreux », qui extraient depuis des siècles des carrières locales la tendre pierre de Bourgogne, au grain fin et aux mille nuances beige rosé. Et chaque village a son lot de trésors. Premier stop à Chassignelles pour aller admirer, un peu à l’écart du canal, la jolie église romane ornée de fresques du XIIIe siècle. Puis s’égrènent Ravières, Nuits, Cry-sur-Armançon et son fameux pont à 12 arches du XVe siècle. Au pied, le parc au bord de l’eau est parfait pour un pique-nique champêtre. Dans le champ d’à côté paissent des charolaises qu’onqppelle ici des « bêtes blanches ». Plus loin, le village de Rougemont se perche sur la colline, à 332 mètres au-dessus du canal. Ça grimpe un peu, mais c’est bon pour les mollets. Et quel plaisir, au bout de la côte, de découvrir les ruelles fleuries de roses trémières, les demeures à pans de bois et la vieille église, unique vestige d’un monastère de bénédictines aujourd’hui disparu. Au centre de son porche sculpté du XIIIe siècle, trône une Vierge souriante ; autour, un œil exercé reconnaît les scènes de La Nativité, du Massacre des innocents, de la fuite en Égypte... Reste à dévaler la pente qui coupe à travers champs pour redescendre vers le canal. En ce début d’été, le blé doré ondule sous le ciel bleu. Plus que 4 kilomètres avant notre étape du soir à l’hôtel-restaurant Le Marronnier, au village de Buffon. Au dîner, la Bourgogne s’invite à notre table: œuf poché à la chablisienne, entrecôte de Charolais, jus au pinot noir...
Un canal un peu trop ambitieux
Ouvert à la navigation en 1832, le canal de Bourgogne relie Migennes (sur l’Yonne) à Saint-Jean-de-Losne (sur la Saône) en franchissant la ligne de partage des eaux entre l’Atlantique et la Méditerranée. Long de 242 kilomètres, il comporte au total 189 écluses. Un chef-d’œuvre de génie civil... Mais cet exploit technique n’a jamais été à la hauteur des ambitions de ses promoteurs. Après une courte période d’expansion, le trafic des péniches transportant la pierre, le bois et le charbon de la région a vite été freiné par le gabarit trop réduit du canal, puis par la concurrence du train et de la route. Résultat : seuls les navires de plaisance y circulent désormais.
En quête du génie Buffon
Le lendemain matin, nous sommes aux premières loges pour découvrir la Grande Forge de Buffon. Bâti au XVIIIe siècle par Monsieur de Buffon (1707-1788), un Bourguignon mieux connu en tant que naturaliste qu’homme d’affaires, ce chef-d’œuvre du patrimoine industriel dresse ses bâtiments le long d’un bief sur l’Armançon, dans un site bucolique. Autrefois, plus de 900 ouvriers produisaient 450 tonnes de fer par an dans ses hauts-fourneaux, alimentés en énergie hydraulique grâce à des roues à aubes. À partir de là, la piste du canal de Bourgogne se détourne de l’Armançon, devenu trop étroit, et suit son affluent, la Brenne. Nous ne sommes plus qu’à 6 kilomètres de Montbard, petite cité historique réputée pour son parc et Musée Buffon. C’est ici, dans ce château bâti à l’aube du XVIIe siècle par les ducs de Bourgogne, que l’intendant du Jardin du roi, l’actuel Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, aimait venir travailler quand il revenait de la capitale. Aujourd’hui, la demeure propose un parcours à travers l’histoire des sciences et le parc agrémenté de terrasses se prête à la flânerie. On y visite, entre autres, le cabinet de travail où le savant composa les 36 volumes de son Histoire naturelle. Oiseaux, quadrupèdes, minéraux, humains... rien n’a échappé à l’entreprise encyclopédique de Georges-Louis Leclerc de Bouffon, qui fut aussi le premier à comparer l’anatomie des êtres vivants. S’il avait pu, il aurait sans doute aussi adoré rouler à bicyclette sur les petits chemins de Bourgogne !
Voies vertes et véloroutes : l'itinéraire
La Bourgogne à vélo offre un réseau de 800 kilomètres de véloroutes et voies vertes reliées entre elles, le long de six itinéraires majeurs : le canal de Bourgogne (215 kilomètres d’Auxerre à Dijon), mais aussi le canal du Nivernais, le canal du Centre, la Voie des Vignes, la boucle de la Bourgogne du Sud et la Loire en Bourgogne. Suivant les cours d’eau ou sinuant au milieu des vignobles, les différents parcours sont abordables par les cyclistes de tous niveaux, y compris les enfants et sont ponctués de nombreux châteaux, églises et abbayes. On répertorie plus de cent hébergements Accueil Vélo (campings, hôtels, gîtes, chambres d’hôtes) situés à moins de 5 kilomètres de l’itinéraire.