Ce territoire est né du grand fleuve Rhône qui, avant de se jeter dans la Méditerranée, traverse un vaste pays très plat. À ce point horizontal qu’avant les aménagements conçus pour le rendre navigable, le fleuve ne possédait pas une vitesse suffisante pour charrier ses alluvions jusqu’à la mer. Ses eaux s’éparpillaient donc en un réseau de bras, d’étangs et, au bord de la mer, de lagunes. Un vaste delta donc, remodelé sans cesse par les crues régulières du Rhône ou par l’invasion de la Méditerranée lors des tempêtes d’hiver. Aujourd’hui, ce delta se compose de deux cours d’eau : le Grand-Rhône, qui se jette dans la mer près du golfe de Fos, et le Petit-Rhône dont l’embouchure se situe près des Saintes-Maries-de-la-Mer. Entre les deux s’étend la Grande Camargue où alternent des zones de vase dure gorgée de sel appelées « sansouïres », de pâtures, de marais et d’étangs. C’est dans ce milieu inhospitalier que vivent, en liberté, les taureaux et les chevaux.
Visite ailée
L’autre image forte de la Camargue est celle des flamants roses, mais les gracieux volatiles ne sont que les plus visibles des 280 espèces d’oiseaux répertoriés en Camargue ! Il suffit de se poster, jumelles en main, sur un observatoire de la Capelière pour observer hérons, aigrettes, cigognes noires… Le domaine de la Palissade (sur l’embouchure du Grand-Rhône), et le domaine du Vigueirat (vers le Mas Thibert) sont les autres sites aménagés pour observer la faune camarguaise. Mais il y a plus authentique encore : la rive droite du Petit-Rhône et plus précisément Grand-Radeau, un lieu magique où l’on passe du marais à l’étang, puis à la plage et à la pinède.
Tourisme entre marais et rizière
Se retrouver, bien calé sur une selle camarguaise, rênes bien en main sur le bac du Sauvage, et la balade devient une aventure. Nous voici sur la rive droite du Petit-Rhône où, très vite, notre guide pousse son cheval dans un chemin de traverse. La route file entre marais et rizière dans une végétation touffue et assez haute pour limiter le paysage à quelques mètres. Mais, soudainement, la vue s’ouvre sur une immensité grise, surface de vase partagée entre des zones craquelées sous la sécheresse, et d’autres – un peu plus basses – où une des premières averses d’automne a formé d’immenses mares. Au-delà de ces dernières apparaissent une dune et, encore plus loin, la mer. Le guide lance un galop… en plein ciel. Car sans les giclées d’eau lancées par les quatre fers de chacun de nos chevaux, on croirait chevaucher dans les nuages qui se reflètent dans le miroir parfait de l’eau.
Paysage marin
Bientôt, la dune se précise, les tiges luisantes des oyats ondulent sous la brise. Et voici la mer. À droite comme à gauche, une plage déserte s’étend jusqu’à l’horizon. On se trouve bel et bien dans une des scènes du film Crin Blanc ! Le retour s’effectue au cœur d’un autre type de paysage : la pinède qui a poussé sur la dune. Le sentier se tortille au milieu des arbres, marquant quelques montées et descentes brutales au gré des reliefs sablonneux. Les petits chevaux camargue s’en accommodent à merveille et on apprécie le pommeau des selles gardianes qui permet de s’appuyer discrètement le temps d’une descente un peu trop verticale à notre goût. Voici de nouveau le bac du Sauvage. En descendant de selle, il nous semble avoir fait un long voyage très, très loin…