Trois randos pour découvrir les Côtes d’Armor

Publié par Philippe Bourget  |  Mis à jour le

Une virée en kayak de Perros-Guirec à Ploumanac'h et deux marches étonnantes au cœur du gouffre granitique de Plougrescant et sur les rives boisées et quasi mystiques du Léguer, nous avons sélectionné trois circuits originaux pour découvrir autrement les terres mystérieuses et pleines de charme des Côtes d'Armor, ce « pays de la mer » qui n'en finit pas d'envoûter les amoureux de nature brute et sauvage.

En kayak le long des rochers roses

Sur la Côte de Granit Rose, entre Perros-Guirec et Ploumanac'h, le granit poli par des millénaires prend une coloration rosée d'un esthétisme redoutable. À kayak, il dévoile son formidable paysage, d'autant que l'itinéraire est accessible à toute personne en bonne condition physique. Depuis la plage de Trestraou, à Perros-Guirec, quelques coups de pagaie suffisent pour gagner les premiers rochers. Après avoir doublé la grève Saint-Pierre et le sémaphore de Ploumanac'h, les blocs granitiques empilés, érodés, sculptés, se dévoilent. La couleur rose est offerte, issue de la présence d'hématite dans le granit. Sous le clapotis de l'océan, le regard est hypnotisé par ce spectacle naturel et les formes évocatrices des rochers.

On en oublierait presque de regarder au large, où se détache l'archipel des Sept-Îles, un sanctuaire ornithologique. Tête de Dragon, plage de Pors-Rolland, rocher de la Sorcière… les sites s'enchaînent avec leur design granitique échevelé, avant que le kayak ne double la pointe de Squéouel, une section plus tonique où l'embarcation rase de près de hautes parois. Après la cale-refuge du bateau de la SNSM, le phare de Mean Ruz, aussi rose que le granit, annonce la « redescente » vers Saint-Guirec. La force du courant propulse le kayak dans le chenal du port, entre la côte et l'île de Costaérès. Arrêt express devant son château, un manoir néo-médiéval bâti à la fin du XIXème siècle par un scientifique d'origine polonaise. À marée haute, l'anse de Saint-Guirec est un havre abrité et l'on peut y débarquer pour se baigner et flâner dans les commerces du bourg. Restera à rebrousser chemin vers Perros-Guirec pour boucler une demi-journée d'excursion marine.

Plougrescant, un gouffre et un village

C'est la pointe la plus au nord des Côtes-d'Armor en Bretagne. Tailladé par la mer et formant un précipice, ce cap est l'alibi tout trouvé pour une randonnée le long du littoral et dans les hameaux calfeutrés d'un bourg authentiquement breton. Est-ce parce plus aucune terre au nord ne vient freiner la houle quand elle arrive du large ? Toujours est-il que cette « presqu'île » de Plougrescant, sertie entre Bréhat à l'est et Perros-Guirec à l'ouest, est l'une des plus morcelée des Côtes-d'Armor. On s'en rend compte rapidement après avoir garé sa voiture près de la Maison du Littoral et fait les premiers pas en direction du gouffre. Le « gouffre de la baie de l'Enfer », étend sur 11 hectares son somptueux rivage découpé, ses tombolos et ses amas rocheux vieux de 610 millions d'années. On peut tiquer devant une telle appellation. Car de gouffre, il n'est en effet question ici que d'une large faille taillée entre les rochers… Ce sont les jours de tempête que ce nom se justifie. La faille est alors envahie par des paquets d'eau de mer. À marée basse, le sentier file ensuite à travers une succession de gigantesques champs de pierre découverts, bordés de grèves et de landes sauvages où s'agrippe çà et là le chou marin. Les plages sont de galets. Quelques pins maritimes mènent jusqu'à la pointe du Château, cernée d'une mer grêlée de rochers.

Plus accueillante, Pors Hir est l'étape suivante : une belle plage de sable, une poignée d'embarcations échouées et d'autres maisons dressées près des rochers. Voilà son décor. Le retour s'effectue par les terres du village et ses champs d'artichauts. Garrec, Kericu, Soul, Keravel… Plougrescant livre là les hameaux-clichés d'une Bretagne rurale mutée en espace résidentiel pour urbains épris de grand air. Si les masures ont gardé leur belle physionomie paysanne, leur entretien soigné et fleuri dévoile leur nouvelle fonction d'agrément. Le sentier rejoint à nouveau le rivage sur la grève de Poul Stripo avant de retrouver le gouffre et la Maison du Littoral.

Les petits secrets de la Vallée du Léguer

Et si l'on quittait un temps les rivages bretons, même splendides, pour s'immiscer dans les replis de l'Argoat, ces terres intérieures souvent délaissées par les touristes ? Elles offrent aussi de magnifiques occasions de balades nature. Une dizaine de kilomètres au sud de Lannion, on oublie donc le mirage littoral pour pénétrer cette campagne bretonne humide, vallonnée, scandée de multiples hameaux agricoles isolés. Dans le pays de Trégor, cette boucle tracée depuis le château de Tonquédec dévale le vallon où coule ce fleuve côtier labellisé « Site Rivières Sauvages ». Là se trouve le château de Tonquédec, puissante forteresse dont l'origine remonte au XIIème siècle. Posé au-dessus du Léguer, ce bastion seigneurial tour à tour démantelé, reconstruit puis restauré, est le point de départ d'une randonnée facile en boucle dans la vallée. Bienvenue dans les replis ombragés d'un joli fleuve côtier. Du château, il faut descendre la route et rejoindre la rivière. Puis franchir le pont sur l'eau noire et prendre à gauche le chemin qui remonte la rive vers l'amont. Pendant une trentaine de minutes, tout n'est que tranquillité fluviale. Sous la frondaison apaisante, l'eau s'écoule entre les rochers, tantôt ralentie, tantôt torrentielle, et s'anime d'une petite vie animale. À droite, des prairies profitent de l'humidité pour produire une herbe grasse.

Le chemin se poursuit menant à une noble bâtisse ruinée, portant au-dessus de sa porte en ogive une inscription murale et une date, 1578. C'est l'imposant logis du moulin de Kergrist, dont quelques pans de murs subsistent à côté. À l'intérieur, une vaste cheminée témoigne de l'importance passée du site. Après un nouveau cheminement en sous-bois, cette fois rive droite et toujours vers l'amont, un gros chêne annonce la remontée dans le vallon. Quelques mètres plus loin surgit, à droite, une fontaine de dévotion très bretonne. Surmontée d'une croix, sa fonction chrétienne ne fait aucun doute. Pourtant, l'atmosphère assez mystérieuse du lieu, avec le glouglou de l'eau et les pierres moussues, nous fait penser qu'elle pourrait tout aussi bien avoir des origines celtiques. Plus haut, un gros bloc de granite, le rocher de la Vierge, a d'ailleurs longtemps eu une fonction « surnaturelle ». Jadis, les mères dont les enfants marchaient avec difficulté venaient implorer les puissances divines de les guérir de leur infirmité. La marche se poursuit et conduit hors du vallon, au hameau de Kerrivoalan. Arrêt devant sa très jolie chapelle, également en granit mais cette fois symétrique, car en « triangle ». Elle est devancée par une croix-calvaire qui donne à l'ensemble un cachet très « Bretagne intérieure ». On dépasse le hameau de Kernalégan et son lavoir caché dans la végétation, où l'on remarque la présence d'un immense gunnera, plante à larges feuilles originaire du Mexique. Par des chemins creux recouverts d'arbres, le chemin redescend pour franchir un ru affluent du Léguer, remonte au milieu des prairies en traversant les hameaux de Kerbabu et Kerbastel, avant de retrouver les imposantes fortifications de Tonquédec.