3 idées week-end dans les Hauts-de-France

Publié par Philippe Bourget  |  Mis à jour le

Les paysages du Nord de la France n'ont pas toujours bonne presse. Quelle erreur ! C'est un territoire aux multiples facettes, riche de sites naturels prodigieux. La preuve par trois.

Escapade naturaliste en Baie de Somme

Destination prisée des Franciliens, la baie de Somme réserve encore des surprises. À condition de randonner et d'ouvrir grand ses sens, ce sanctuaire de nature et de traditions dévoile les richesses de son écosystème, cachées dans les schorres, les slikkes et les mollières... Un beau week-end détente en perspective.

Que faire en baie de Somme ?

Une traversée de la baie à marée basse

Étendu sur 72 km2, l'estuaire de la Somme se découvre deux fois par jour. Ce flux permet d'y glisser ses pas et de découvrir un autre monde : le schorre, étendue de maigre végétation, inon- dée seulement aux hautes marées ; la slikke, chenaux vaso-sableux aux courants parfois puissants ; les mollières, prairies émergées sur lesquelles broutent des moutons de prés salés. Et ce milieu grouille de vie. Selon les saisons et l'heure, on y aperçoit des chasseurs se rendant dans des huttes flottantes s'élevant au gré de la marée – la chasse aux canards est ici une longue tradition, des pêcheurs de crevettes, des ramasseurs de coques, des mytiliculteurs... Plus original, on rencontre aussi, tôt le matin, des cueilleurs d'aster (ou oreille de cochon) et de salicorne. Une centaine de professionnels vit encore de cette activité. La récolte est vendue à des restaurateurs locaux ou exportée, notamment aux Pays-Bas. Goûtez, c'est succulent !

Observer les oiseaux, les phoques et pratiquer la pêche à pied

Reconnue Grand Site de France, la baie de Somme est l'un des plus importants lieux de passage des oiseaux migrateurs (voir parc de Marquenterre). Avec de la patience et une bonne paire de jumelles, les guides vous emmènent à des points d'observation pour débusquer canards siffleurs, tadornes de Belon, chevaliers gambettes, courlis cendrés, huîtriers pies... Il est aussi possible d'approcher cette avifaune en kayak, avec le club de kayak de mer et de va'a de la baie des Phoques, à Saint-Valery. C'est d'ailleurs ici, du côté de la pointe du Hourdel, que se trouve la plus grande colonie française de phoques. 400 veaux marins et une centaine de phoques gris y ont élu domicile. L'association Picardie Nature veille sur eux et assure des séances d'observation. Enfin, pour les mordus de pêche, Sylvain Labbé, seul moniteur spécialisé de la baie, emmène ses clients pêcher à pied (crevettes, coques, couteaux...) et s'initier en bord de mer au surf-casting, une technique consistant à lancer sa ligne au-delà des premières vagues.

Balade sur la Côte d'Opale

La Route des caps relie Boulogne à Calais en passant par les caps Gris-­Nez et Blanc­-Nez. Un territoire aérien et spectaculaire composé de falaises, de dunes, de villages et de bocages agricoles. À découvrir en itinérance sur quatre roues, ainsi qu'à pied par un bout du GR®120, emprunté dans sa partie la plus vertigineuse.

Quel itinéraire sur la Côte d'Opale ?

Boulogne comme point de départ

Boulogne-sur-Mer est un bon point de départ. Étonnante ville. Populaire, façonnée par la pêche, son image n'est pas à la hauteur de son intérêt. Près du port et du marché aux poissons, les maisons mitoyennes du quartier de la Beurière – deux à trois rues en escalier – rappellent la vie sociale des marins d'autrefois. Surtout, la ville haute cache un centre ancien méconnu, ceint de remparts et doté d'un château. Qui sait que le beffroi est aussi inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco ?

De Wimereux au cap Gris-Nez

Halte à Wimereux, station qui vit au rhttps://www.detoursenfrance.fr/patrimoine/patrimoine-urbain/les-5-plus-beaux-beffrois-du-nord-8441ythme d'un tourisme semi-bourgeois, avec ses villas chics et ses cabanes de plage. Au loin, Ambleteuse et son fort dansent à travers les embruns. L'édifice témoigne d'une intervention de Vauban, qui, au XVIIe siècle, fit protéger l'entrée du port par ce beau fortin. L'étape suivante s'appelle Audresselles. Un joli village aux maisons basses à volets bleus. La route s'enfonce ensuite dans les terres, livrant un beau patchwork agricole. Tracteurs crottés, parcelles maraîchères, vaches laitières et gros corps de fermes : voilà pour le décor vers Audinghen et Tardinghen. Les fans d'histoire s'arrêteront au musée du Mur de l'Atlantique, ceux de géographie à la Maison du site des Deux-Caps. Le Gris-Nez est à deux pas. Garé au parking du cap, il suffit de suivre le court chemin vers le belvédère pour embrasser le détroit, le phare, les falaises blanches du Kent (par beau temps)...

Randonnée au cap Blanc-Nez

Passé Wissant, où une plaque apposée sur une maison rappelle que de Gaulle séjourna ici, voici le hameau de Strouanne. Un petit parking jouxte la route, à gauche. Le GR120 dévoile son intérêt : la mer et son inlassable travail de sape, l'estran humide à marée basse, au loin, le trait sec de la falaise de craie du cap Blanc-Nez, le damier vert-brun des labours et prairies. Le sentier progresse ainsi jusqu'à un pied de paroi, au Cran d'Escalles. Puis remonte sèchement vers Blanc-Nez. À droite, le village d'Escalles, niché dans un creux de vallon, vaut le coup d'œil. Arrivé au cap, il reste à voir l'obélisque planté en plein vent, souvenir de la Première Guerre mondiale. Et le flot incessant des navires, au large du port de Calais. Le retour au parking s'effectue en bus.

Navigation dans le marais audomarois

À Saint­-Omer, dans le Pas­-de­-Calais, ce territoire est considéré comme le dernier polder maraîcher de France. Même en baisse, l'activité agricole perdure tandis que les touristes découvrent en bacôve (bateau) cet étonnant écosystème de canaux et de champs, classé réserve de biosphère par l'Unesco depuis 2013.

Rapide historique

Pour rappel, le marais remonte au IXe siècle, quand les moines ont asséché une partie de cette zone humide pour la rendre cultivable. Au XVe siècle, un réseau dense de canaux est créé, afin de desservir les parcelles et faciliter la circulation... en bateau. Aujourd'hui, sur 3 700 ha, environ 400 ha restent cultivés par une trentaine de familles de maraîchers. S'y ajoutent une activité d'élevage ainsi que de la grande culture.

Que voir dans le marais audomarois ?

La vie « hors sol » des canaux

C'est donc en bateau qu'il faut péné­trer le polder. 170 kilomètres de canaux et fossés (les wateringues et les watergangs) des- servent plus de 13 000 parcelles. À bord d'une bacôve, une grande barque de 9,60 m de long utilisée jadis pour transporter les récoltes, on sillonne ce dédale à la rencontre d'une vie humaine et animale insolite. Maisons basses et longues, typiques de l'Audomarois, passerelles sur canaux, portes à crémones pour réguler les écoulements, treuils de mise à l'eau, champs étroits et longs (les lègres) rendus aux saules et aux roseaux, jardins de terre organique, casiers (ensemble de parcelles) supportant des habitations... le paysage est déroutant, silencieux. Une poignée de résidents vit en permanence dans ce labyrinthe. Certains utilisent toujours leur bacôve pour rejoindre un bout de jardin ou un champ. Aux dernières nouvelles, une factrice livre encore le courrier de ces résidents en barque, c'est la dernière en France !

La faune du marais audomarois

Intégré au parc naturel régional des caps et marais d'Opale, le marais audomarois est également un sanctuaire de nature. La balade en bateau le prouve. Au fil des canaux, nous traversons l'Aa canalisé, voyons s'envoler des canards, faisons fuir un héron. Grenouilles vertes, aigrettes, foulques, colverts... sont ici chez eux. Dans la réserve du Romelaëre, accessible à pied depuis le village de Clairmarais, il est possible d'observer le rare blongios (petit héron), Graal des ornithologues.