Inscrivez-vous à la newsletter hebdomadaire
Reportages, photos, bons plans: partez à la découverte des régions françaises avec notre newsletter !
Votre email pour recevoir vos newsletters :
Les informations vous concernant sont destinées à l'envoi des newsletters afin de vous fournir ses services, des informations personnalisées et des conseils pratiques. Elles sont conservées pendant une durée de trois ans à compter du dernier contact. Ces informations pourront faire l’objet d’une prise de décision automatisée visant à évaluer vos préférences ou centres d’intérêts personnels. Conformément à la loi française « Informatique et Libertés » n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée et au Règlement Européen 2016/679, vous pouvez demander à accéder aux informations qui vous concernent, pour les faire rectifier, modifier, ou supprimer, pour vous opposer à leur traitement par mail à dpo@uni-medias.com ou par courrier à l'adresse suivante : Uni-médias, à l'attention du DPO, 22 rue Letellier - 75015 - Paris, ou pour demander leur portabilité, en écrivant par courrier à l'adresse suivante : Uni-médias, à l'attention du DPO, 22 rue Letellier - 75015 - Paris ou par mail à dpo@uni-medias.com. Vous pouvez également définir les conditions d'utilisation, de conservation et de communication de vos données à caractère personnel en cas de décès. Pour toute demande relative à vos données personnelles, vous pouvez contacter le délégué à la protection des données à l’adresse mail suivante : dpo@uni-medias.com, ou introduire une réclamation auprès de la Commission Nationale Informatique et Libertés.

Les Monédières, un massif porté aux sommets

Par Philippe Bourget
source : Détours en France N°221

Pays de la bruyère et des myrtilles, ce massif corrézien aux marges du plateau de Millevaches a été bouleversé par l’exploitation forestière. Terre de sucs et de puys arrondis, elle a aussi vu naître ou s’accomplir d’illustres personnages. De Jean Ségurel à Marc Sangnier en passant par Jacques Chirac, itinérance dans cette montagne rurale berceau de destins singuliers.

suc-au-may-massif-monedieres-limousin-det_19-424.jpg

Suc au May, massif des Monédières (Limousin)
Le Suc au May du massif des Monédières, culminant à 908 mètres. 

« Lorsqu’au retour d’un exil volontaire, je vois au loin se dresser dans les cieux vos sommets gris aux contours envieux, je vous salue oh chères Monédières. » Ainsi chantait Jean Ségurel, enfant du massif né à Chaumeil, accompagné de son fidèle accordéon. Ségurel est l’un des fils prodigues de ce territoire dont la singularité s’affiche en plein cœur du département. Singularité ? Il suffit de monter au Suc de May, à 908 m, pour s’en convaincre. À l’heure vespérale, quand l’air rafraîchi calme la morsure du soleil, une lumière douce découpe les mamelons boisés si particuliers du massif. Ici et là, des parcelles de landes témoignent du paysage originel, qu’un enrésinement dans les années 1950 a hélas perverti. « On est passé d’une culture de bergers chantée par Ségurel à l’industrie du bois », regrette François Teyssier, enfant du pays, propriétaire de chambres d’hôtes à Treignac. Et c’est vrai qu’elles devaient être belles, ces collines dodues, lorsque la bruyère violette enflammait leurs contours. Un territoire connu aussi pour son élevage ovin et ses myrtilles sauvages, que les paysans s’empressaient de ramasser au cœur de l’été. Au Suc au May, classé zone Natura 2000, un programme d’aménagement vise à ressusciter ces landes primitives. D’autres artisans du terroir veillent aussi à les faire revivre.

Une église unique en France 

eglise-saint-martial-lestards-massif-monedieres-det_19-460.jpg

L'église Saint-Martial de Lestards, dans le massif des Monédières
Saint-Martial de Lestards (fin du XIIe siècle, début du XIIIe siècle, modifiée au XVIe siècle), seule église de France à être couverte de chaume.

Emprunter les petites routes des Monédières est un bonheur de conduite buissonnière. Circulation nulle, silence étourdissant. Entre les sapinières touffues, des prés herbeux accueillent des troupeaux de vaches rousses. Des geais filent au ras des portières. Et il n’est pas rare de croiser des chevreuils au bord des talus ou au pied de fûts coupés. Le dépeuplement rural a donné au massif des allures de sanctuaire et ce paysage transformé a du charme. Au cirque de Freysselines, entre Madranges et Chaumeil, l’amphithéâtre de croupes vertes piquées de résineux porte beau. Mais les hommes, où sont-ils ? On en croise, dans de rares villages. À Lestards, moins d’une centaine d’habitants, ils n’ont aucun mal à se rassembler dans l’église Saint-Martial et son inédit toit de chaume. Ce serait la seule en France de ce type. À Chaumeil, petite capitale du massif aux francs airs montagnards, la mémoire de Jean Ségurel draine un public de nostalgiques. Ils découvrent la maison natale du troubadour et celle des Monédières, espace de découverte du massif et d’exposition sur l’artiste. De l’animation, on en trouve un peu à Treignac, à la pointe nord du territoire. Un village gigogne qui joue avec le relief et étale ses quartiers des bords de la Vézère (ville basse) jusqu’au revers du plateau (ville haute). Pour l’aspect paysager, mieux vaut dévaler le talweg. Sous la massive église Notre-Dame-des-Bans, la rue Champseix aux belles maisons de pierres dégringole le versant jusqu’à franchir la rivière sur un pont à trois arches. Esthétisme garanti.

Des hommes marquants

treignac-vezere-massif-monedieres-det_19-508.jpg

Treignac, village au bord de la Vézère dans le massif des Monédières
Le village médiéval de Treignac séduit avec son patrimoine architectural et naturel qui lui vaut d'être labellisé « Petite cité de caractère ».

Pour l’aspect historique, la ville haute, anciennement fortifiée, se prête au jeu avec son ancienne chapelle au clocher tors, sa halle marchande mentionnée dès le XIIIe siècle, sa tour rescapée d’un hôtel particulier et de belles demeures du XVIe siècle. L’une d’elles est la maison de famille Lachaud-Sangnier. Petit-fils de Charles Lachaud, avocat corrézien célèbre, le journaliste catholique progressiste Marc Sangnier, qui y séjourna, est le fondateur des Auberges de jeunesse en France. Mais s’il est un homme que les Monédières et ses abords ont marqué – et inversement ! –, c’est Jacques Chirac. En 1966, Georges Pompidou veut reconquérir des bastions de gauche et envoie un bataillon de « jeunes loups » se frotter au terrain des législatives. Chirac est l’un d’eux, orienté vers la Corrèze et Ussel pour ses origines familiales : l’un de ses grands-pères était de Sainte-Féréole, près de Brive, où il a passé des vacances. « C’était un fief communiste réputé imprenable. Tout le monde pensait qu’il n’avait aucune chance. Et il a gagné ! », se rappelle Jean-Paul Merpillat, élu de Sarran, fils de l’ancien maire de cette commune située au sud du massif. Bernadette Chirac, propriétaire avec son mari du château de Bity, y est toujours conseillère municipale.

L'ascension d'un gars jovial !

treignac-pont-vezere-massif-monédières-det_19-516.jpg

Pont sur la Vézère à Treignac, dans le massif des Monédières
Le Vieux Pont médiéval de la cité de Treignac (XIIIe siècle) sur la Vézère, au pied des Monédières.

Celui que Pompidou surnommait « mon bulldozer » n’avait pas ménagé sa peine. « Les gens ont découvert un gars jovial, avec du charisme. Tous les week-ends, il venait en Corrèze, sillonnait les villages en Peugeot. Quand les Chirac ont acheté Bity, [en 1969], il venait voir mon père, allait chercher du bois, lui demandait d’aller boire un coup au village avec lui. Même des communistes étaient chiraquiens ! », sourit Jean-Paul Merpillat. S’il en est une qui se souvient bien de l’ex-président, c’est Gisèle, gérante de l’antique bar-alimentation de Sarran. Derrière son incroyable comptoir années 1950, elle l’a reçu plus d’une fois. Dans l’arrière-boutique, on le voit en photo avec des habitants, trinquant derrière les tables en formica. « De gauche, de droite, tout le monde buvait ensemble ! », se souvient Julien, retraité, autre élu à la mairie de Sarran. Aujourd’hui, la mémoire de Jacques Chirac est entretenue par le musée du Président. L’espace, dessiné par le cabinet Wilmotte & Associés, a ouvert en 2001. Une collection de 5000 objets étonnants rappelle sa vie diplomatique et protocolaire, à travers les cadeaux officiels reçus du monde entier. Cadeaux dont Jacques Chirac lui-même a su user, au long de sa carrière, pour s’arroger les bonnes grâces de Corréziens dont beaucoup étaient acquis à sa cause.

musee-jacques-chirac-sarran-correze-det_19-609.jpg

Musée du Président Jacques Chirac de Sarran, en Corrèze (Limousin)
À Sarran, le musée du Président-Jacques-Chirac, imaginé par l'architecte Jean-Michel Wilmotte.