Le Rayol, un jardin exotique au-dessus de la Méditerranée

Publié par Florence Donnarel  |  Mis à jour le

Sur la corniche des Maures, le domaine du Rayol invite le visiteur à se perdre dans une collection de paysages méridionaux et subtropicaux. Des puyas du Chili aux pavots de Californie en passant par les dragonniers des Canaries, ce jardin est un paradis exotique de 20 hectares suspendu au-dessus de la mer entre Le Lavandou et Saint-Tropez.

L'Hôtel de la Mer.

À l'entrée du domaine du Rayol ce ne sont pas les plantes qui nous interpellent mais la Méditerranée, azur immense qui occupe tout l'horizon. On la contemple depuis la terrasse de l'Hôtel de la Mer, cette grande demeure d'inspiration classique, typique de l'architecture balnéaire de la Riviera avec ses murs ocre et ses balustrades. Au début du siècle dernier, c'est Alfred Courmes, un lettré et grand voyageur qui fait élever dans un vallon sauvage de 40 hectares, une ferme, une pergola, l'Hôtel de la Mer, un puits, un bastidon et la villa Rayolet que l'on distingue plus loin entre les frondaisons. L'homme a parcouru le monde et il se plaît à créer un jardin composé d'essences exotiques, palmiers-dattiers, bambous ou araucaria de Bidwill. Ainsi naît le destin paysager du vallon du Figuier. Un second propriétaire, Henri Potez, enrichit le jardin dans les années 1940 mais le site restera ensuite quinze ans à l'abandon avant son acquisition, en 1989, par le Conservatoire du littoral.

Voyage végétal

Le jardin d'Amérique.

Soucieux de le soustraire à l'appétit des promoteurs et de préserver ses richesses naturelles dans un espace ouvert à tous, le Conservatoire du littoral a confié son aménagement au paysagiste Gilles Clément. « Il a fait le choix de composer un jardin avec des espèces inféodées aux climats de type méditerranéen », explique Tao Ramsa, le chef jardinier du site. Un voyage du maquis provençal au matorral du Chili, en passant par le chaparral de Californie ou le fynbos d'Afrique australe s'annonce. La première escale ? Les Canaries, où nous sommes accueillis par des plantes succulentes et des dragonniers au port bien dessiné évoquant des parasols. Toute proche, la sèche Californie nous offre les fleurs blanches, délicates comme du crêpe, de ses Romneya, de grands pavots arbustifs dont le foisonnement nargue la rectitude des yuccas aux feuilles dures. Des genêts et des lentisques se sont invités. « Nous laissons les espèces indigènes se mêler aux espèces introduites, éclaire Tao Ramsa. Gilles Clément est un précurseur dans la gestion écologique des espaces jardinés. Il défend l'idée du jardin en mouvement où on laisse les végétaux se déplacer naturellement. »

Figuier de Barbarie.

Sur les hauteurs, l'Australie prend ses aises avec ses bosquets d'acacias à la spectaculaire floraison hivernale en boules jaunes, ses eucalyptus qui parfument l'air et ses rince-bouteilles aux goupillons vermillon. On cherche en vain un cartouche qui déclinerait l'identité des arbres qui nous interpellent. « Le domaine du Rayol n'est pas un jardin botanique, mais un jardin de paysages. Il est pensé pour immerger le visiteur dans des ambiances comme le ferait une promenade dans la nature », précise notre guide. Une profusion de cactus, d'agaves, de yuccas qui ont conservé leur jupe, de figuiers de Barbarie colonise la barre de roche schisteuse de l'Amérique aride avec, pour totem, un cactus cierge d'une centaine d'années.

On dirait le Sud

À droite, l'Hôtel de la Mer, et à gauche, la villa Le Rayolet.

L'Afrique du Sud est notre prochaine destination. Elle borde la majestueuse descente d'escaliers encadrée d'ifs qui plonge au creux du vallon depuis la pergola. Des Strelitzia nicolai, immenses oiseaux de paradis, et des pruniers du Natal, dont les fleurs blanches en étoile distillent une senteur subtile, nous transportent dans l'hémisphère Sud.  L'allée centrale nous conduit au Chili d'altitude. L'explosion florale des puyas en juin est l'un des points d'orgue du jardin. Les spectaculaires inflorescences bleues ou jaune incandescent de ces broméliacées ne réjouissent pas que les visiteurs. Des abeilles et des bourdons viennent savourer leur nectar et font vibrer la lande. L'œil se repose dans le maquis qui occupe tout l'est du parc, entre chênes-lièges, arbousiers et daphné garou. Il s'achève sur la colline des cistes qui conserve une collection de dix espèces de cette plante emblématique de Méditerranée. Tout près, au-dessus de la falaise surplombant la mer, la villa Rayolet récemment restaurée dévoile à nouveau ses atours de villégiature bourgeoise et accueille de nombreuses activités de formation.

De l'Asie à l'Amérique

Le jardin de Nouvelle-Zélande.

Une ambiance plus humide caractérise le jardin de l'Asie subtropicale étendu autour d'un puits avec une cascade, des chênes verts enrubannés de glycines et de lianes. Les premiers propriétaires du domaine avaient introduit les plantes exotiques non méditerranéennes que l'on retrouve ici : cycas du Japon à l'opulente couronne de feuilles, bambouseraie centenaire, ginkgos bilobas... Le ruisseau qui alimente la cascade en hiver file dans le creux du vallon. Il distille sa fraîcheur dans le luxuriant jardin de Nouvelle-Zélande en contrebas, envahie par les fougères aigles et les oreilles d'éléphant. Le son des vagues qui roulent sur la plage s'élève jusqu'à nous. On cédera plus tard à l'appel de la mer. Il reste l'Amérique subtropicale à explorer, un jardin arrosé qui forme une bulle verte au cœur du domaine avec ses grandes nolines proches du yucca. Enfin, l'image des prairies d'alstroémères du jardin du Chili, ces « lys des Incas » qui tissent un éclatant tapis orange, restera gravée dans nos mémoires. « Chaque saison est belle au Rayol compte tenu de la diversité des espèces », souligne le chef jardinier. Il faudra revenir...

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