Pins parasols majestueux, oliviers centenaires, lauriers en fleurs… depuis Six-Fours-les-Plages, la route sinueuse qui mène au port du Brusc traverse la forêt de Janas, près de 400 hectares classés Natura 2000 et peuplés de hauts pins d’Alep et de chênes. Au point culminant du massif du Cap-Sicié se dresse, à 352 mètres d’altitude, la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Garde (appelée aussi Notre-Dame-du-Mai), bâtie au XVIIe siècle sur l’emplacement d’un « farot » (feu de garde) veillant sur la côte. Les murs du petit sanctuaire sont tapissés de centaines d’ex-voto. Notons que de la chapelle part un sentier de découverte passant par la Lèque. Via la pointe du Grand Gaou, on arrive au Brusc, ancien village de pêcheurs devenu une station estivale prisée des plaisanciers.
Gaou, petit éden
Un petit quart d’heure de marche le long du quai Cor-des-Îles et vous voilà prêts à franchir une passerelle surplombant un étroit bras de mer dont les eaux translucides laissent entrevoir des bancs de posidonies. Sur l’autre rive, l’île du Gaou, petit écrin de rochers et de végétation couvert de pins parasols et bordé de récifs entaillés. Emprunter son sentier botanique jalonné de buissons d’immortelles, de cistes et de genêts (cueillette interdite) est un enchantement. Dans chaque anfractuosité se love une baie de galets, spot de départ pour une observation sous-marine avec masque et tuba. De la pointe ouest, la crique du Gaou touche presque de ses rochers l’île des Embiez en face. Un petit détroit que l’on pourrait aisément traverser à pied, si ce n’était rigoureusement prohibé afin de préserver la faune et la flore sous-marines.
Les Embiez, le plein de nature
Retour au port du Brusc pour embarquer à bord de la navette maritime. Dix minutes de navigation et vous foulez le sol de l’île des Embiez. Depuis 1958, elle appartient à la famille de Paul Ricard, industriel à l’origine de la célèbre boisson anisée, qui en fit un lieu engagé dans la préservation de l’environnement et dans la recherche en biologie marine. Le fort Saint-Pierre accueille l’Institut océanographique Paul-Ricard, pôle scientifique qui a également pour mission de sensibiliser le public à la protection du milieu marin. Ici, point de voiture. Tout trajet se fait à pied, à vélo ou en petit train touristique.
Au débarcadère, plutôt que d’emprunter le « tortillard », nous préférons opter pour une découverte en toute liberté à vélo. Depuis port Saint-Pierre, direction les marais salants puis montée progressive jusqu’à la pointe sud de l’île. La boucle au fil du littoral s’étire sur quelque 6 kilomètres, idéale pour une balade tranquille qui permet d’explorer à son rythme ce paradis naturel.
Plages, criques et piscines naturelles se déclinent
Avec ses 95 hectares, l’île offre une variété de paysages étonnants : trait de côte dentelé, plages secrètes et criques rocheuses, intérieur de l’île tapissé de vignobles et de pinèdes. Les criques isolées incitent à mettre souvent pied à terre. L’eau limpide déploie sa palette, du bleu turquoise au vert émeraude. Les plages du Coucoussa ou des Allemands nous propulsent du côté des tropiques… Les rochers, polis par les vagues, forment des piscines naturelles.
Plus loin, à la tour de la Marine, le point culminant de l’île (64 m), se découvre un panorama à 360° : toute l’île des Embiez avec le Gaou et le Grand Rouveau – ses « cailloux » satellites –, le massif de Sainte-Baume et, en toile de fond, la chapelle Notre-Dame-du-Mai qui domine le cap Sicié. Le soir venu, l’île se vide peu à peu, et seuls les murmures de la nature accompagnent les quelques chanceux qui s’attardent. À la tombée de la nuit, le ciel s’embrase de couleurs or et rose avant de laisser place à un manteau étoilé. Ici, loin des lumières de la ville, la voûte céleste est un spectacle à elle seule.
Le sel de la vigne
Le climat méditerranéen, sec et ensoleillé, ainsi que les sols sablo-argileux et calcaires offrent des conditionsidéales pour la culture de la vigne. La tradition viticole sur l’île remonte au XVIe siècle, date des premières plantations de ceps par les moines. Aujourd’hui, les 10 hectares de vignes font partie intégrante du paysage insulaire. Laurent David, le responsable du domaine des Embiez, nous invite à le suivre. « Les embruns maritimes et le microclimat sec peuvent rendre les tâches difficiles, il faut toujours surveiller de près l’évolution pour agir en conséquence tout en respectant ce milieu fragile », explique-t-il en scrutant un pied de vigne. Après avoir travaillé dans l’Aude, ce jeune ingénieur s’est ancré aux Embiez avec le défi de gérer la salinité, le vent et l’irrigation tout en travaillant en bio. Entre 25000 et 30000 bouteilles sont produites chaque année, « un rendement peu élevé pour le volume du vignoble ». Ses rosés, vinifiés à partir des cépages cinsault, grenache, syrah et ugni blanc, font partie de l’appellation AOP côtes-de-Provence.