Stendhal, écrivain italophile s’il en est, nous questionne dans ses Voyages en Italie : « Comment peindre un bonheur fou ? » Et si une partie de la réponse se trouvait ici... Bouquets de cyprès aux ramures fuselées, hameaux de pierre blonde et de tuiles canal ocre, petites routes sinueuses où la chaleur fait vibrer l’air et ce ciel d’un bleu uniforme qui fait songer au pastel des teinturiers, plus connu sous le nom de Bleu de Lectoure.
Lectoure, la "ville bleue"
Haut perché sur son éminence rocheuse, Lectoure marque votre entrée en Lomagne. Depuis la route qui vient d’Agen, la tour de plan carrée (XVe siècle) de la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais est un repère immuable. Autour de l’ancien château des comtes d’Armagnac et au gré de la rue Nationale se trouvent, le plus souvent à l’abri d’imposants portails, de nombreux hôtels particuliers (XVIIe-XVIIIe siècles). Mais aussi la tour du Bourreau (XVe siècle), la fontaine romaine Diane près des remparts sud, la Maison des Clarinettes... Si Lectoure évoque pour les gourmets un fameux melon de plein champ gorgé de sucre, il symbolise également le « Bleu de Lectoure », ce pastel inimitable issu de la production de pigments extraits de la culture de l’isatis tinctoria, une plante crucifère tinctoriale qui forgea la réputation de ce « pays de Cocagne » à la Renaissance. Depuis les années 1990, une entreprise artisanale a remis au goût du jour les techniques de teintures ancestrales.
La Romieu, sur la route de Saint-Jacques
Reprenons la route en direction du village médiéval de La Romieu. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco dans le cadre de l’inscription des chemins de Compostelle, sa collégiale Saint-Pierre est constituée d’un ensemble architectural du XIVe siècle rassemblant une église et sa longue nef unique, un cloître gothique et deux tours, dont l’une ménage un passage secret menant à un incroyable escalier à double révolution. Étape majeure pour tous les pèlerins en route pour Saint-Jacques, La Romieu, l’un des « Plus Beaux Villages de France », possède également les jardins de Coursiana, vaste parc propice au repos voire à la méditation.
Fleurance, fleuron gascon
Quittons ce « chemin des étoiles » cher aux jacquaires pour observer de près ces objets célestes ! La bastide gasconne de Fleurance est l’étape idéale pour scruter les astres. À l’intérieur des murs de la cité, une typique « ville nouvelle » comme le Sud-Ouest en érigeait au XIIIe siècle avec son plan urbanistique en damier tiré au cordeau, sa place et sa halle centrales, son quartier de belles demeures. Si les Guerres de Cent Ans et de Religion ont blessé profondément la bastide originelle, l’église Saint-Laurent (XIIIe-XVe), aux dimensions de cathédrale, abrite des vitraux Renaissance signés du maître-verrier Arnaud de Moles. Restez le nez levé vers le ciel et rejoignez, implanté au cœur d’un site naturel exceptionnel, le Hameau des étoiles. Un dôme d’exploration ouvert sur la voûte céleste et un planétarium, un parcours d’observation... vous permettront de vous familiariser avec le baudrier d’Orion, la Chevelure de Bérénice, la Licorne, la Grande Ourse... Et sur une ligne de crête, sous un ciel pur dépourvu de pollution lumineuse, la Ferme des étoiles vous fera passer quelques nuits inoubliables les yeux rivés sur l‘infini firmament.
Sarrant, une bastide en miniature
Vue du ciel, Sarrant s’apparente à ces constructions miniatures qui constituent certaines maquettes. Un cercle quasi parfait avec une église au centre et une farandole de maisons lovées tout autour. Appartenant au cercle privilégié des « Plus Beaux Villages de France », on entre dans cette petite bastide circulaire par une porte fortifiée surmontée d’une tour carrée du XIVe siècle. À l’intérieur, deux rues bordées d’un ensemble de maisons à encorbellements et colombages (XVIe). Construite entre le XIIIe (seul reste le chœur) et le XIXe siècle, l’église Saint-Vincent abrite un mobilier remarquable : châsse de Sainte-Catherine de Toscane, reliquaire de saint Vincent et des gravures du Jugement. Des illustrations, vous en découvrirez d’autres au gré de votre visite. Sarrant a développé un pôle culturel et artistique, avec la création d’une Maison de l’Illustration. Avant de quitter Sarrant, faites un détour par le sentier des Pigeonniers, le point de vue sur le paysage toscan – pardon, de Lomagne – est magnifique.
Sous la halle de Cologne
« En contemplant ces collines chargées d’arbres qui s’avancent jusque sur la ville, éclairées par cette lumière silencieuse au milieu de ce ciel étincelant, je tressaillais. » Sous la plume de Stendhal, voilà bien une description, voire un état d’âme, qui convient parfaitement au paysage traversé en direction de notre dernière étape, Cologne. La pépite de cette bastide est sa grande halle médiévale implantée au milieu d’une des plus vastes places du Gers. Reposant sur des piliers de pierre et de bois, elle ceint un édifice à colombage, surmonté d’un petit beffroi, couvert en poivrière. Tout autour, la place offre un ensemble de superbes couverts en brique rose, sur piliers en bois. Comme au Moyen Âge, un grand marché du terroir anime la halle et la place une fois par semaine (le jeudi). Mais la Lomagne ne se limite pas à notre sélection de bastides « coups de cœur ». Ce territoire à découvrir tout en tours et détours vous mènera aussi par les bastides, sauvetés et castelnaux, de Saint-Clar, l’Isle-Bouzon, Avezan, Tournecoupe...