« Il pointa son doigt vers les hauteurs, une suite de pinacles déchiquetés se présentait devant nous comme une muraille invincible. Vues à distance, les aiguilles de Bavella me firent penser à une réplique des Grandes Jorasses, version locale. » Écrivain et grand marcheur, Bernard Berrou, dans le carnet de notes de son aventure sur le mythique sentier de grande randonnée (La Haute Route. Carnet du GR20, aux éditions Géorama), marque le pas au pied de la difficulté ascensionnelle qui l’attend. Au col de Bavella, comme lui, les randonneurs se retrouvent devant la statue de Notre-Dame-des-Neiges, Vierge de Miséricorde honorée d’ex-voto en marbre, de suppliques propitiatoires ou de simples cierges ou offrandes. Une protection céleste est-elle donc nécessaire ? Une curieuse aquarelle, dédiée à la sainte, attire l’attention car représentant dans un style d’inspiration que l’on dirait asiatique les Aiguilles. Mais une légende indique : « À l’égal des montagnes Jaunes, Chine. » Une recherche sur internet nous donne une réponse rapide. Les monts Jaunes, ou Huangshan (« huang » pour jaune et « shan » pour montagne), sont cinq montagnes sacrées situées dans la province orientale de l’Anhui, non loin de Shanghai. Les pics de granit effilés, les murailles rocheuses impressionnantes, les conifères malmenés par le vent et les lumières qui métamorphosent la physionomie du paysage au gré du soleil et des brumes, autant de points communs entre ces deux sites frères distants de plus de neuf mille kilomètres.
Randonnée alpine
En dehors des randonneurs qui « font le GR20 » et des grimpeurs chargés de cordes, baudriers et mousquetons, presque personne ne s’enfonce dans le sous-bois où s’alignent les marques du sentier. Ce dernier ne s’engage pas dans les Aiguilles, mais en fait le tour. C’est la « Variante Alpine » que le topoguide présente ainsi : « Cet itinéraire est plus sportif que le GR et comporte un passage rocheux. » Concrètement, on prévoira une marche de six heures et demie à sept heures, dont trois pour traverser les Aiguilles. Cette variante donne accès aux voies d’escalade qui ont donné aux aiguilles de Bavella leurs lettres de noblesse dans le monde de la grimpe. Pour le randonneur sans prétention, le paysage est tout simplement sublime, très différent selon le côté qu’il contemple. À l’est, c’est la vallée profonde au pied des à-pics de la Punta di San Gio Agostino; à l’ouest, une longue croupe nue, desséchée, qui s’élève vers le Monte Incudine (2 134 m), masse triangulaire telle une enclume dont le GR20 fait facilement l’ascension.
À l’ombre des pinèdes
Le sentier présente quelques passages qui exigent « qu’on y mette les mains » pour descendre parmi les rochers : un passage est même facilité par une chaîne. Enfin, comme on arrive face au Monte Incudine, le sentier plonge vers la vallée de l’Asinao, en une descente longue et facile dans le maquis puis la pinède. Ayant rejoint le GR20, on le prendra sur la gauche pour revenir au col de Bavella en contournant le massif par son pied.
Curiosité géologique au Trou de la Bombe
Enfin, si vous voulez contempler de superbes panoramas et même voir une curiosité géologique, optez pour la balade du trou de la Bombe. Elle offre un faible dénivelé et elle s’effectue agréablement à l’ombre de la pinède. Et comme le raconte Bernard Berrou : « Sur le GR20, il y a toujours un décalage entre l’impression de mur infranchissable (...) et la difficulté réelle qui s’atténue dès que l’on se présente devant l’obstacle. »