Dans les années 1960-70, quand Électricité de France développa un programme de centrales hydroélectriques dans le massif alpin, elle fit la fortune des communes à qui elle versait les taxes impliquées par ses installations. La plupart d’entre elles investirent les sommes ainsi perçues dans la création de stations de ski. Elle aussi bénéficiaire de rentes généreuses, Bonneval-sur-Arc avait tous les atouts pour se transformer en station: l’altitude, qui l’avait jusqu’alors toujours maintenu à l’écart de tout, lui garantissait une neige abondante d’un bout à l’autre de la saison. Et disposant d’espaces libres considérables, rien ne l’empêchait donc de couvrir ses pentes de téléskis et de pistes.
À l'avant-garde
Pourtant, certains eurent alors assez de recul pour considérer qu’il y avait quelque chose d’artificiel et de pas forcément durable dans cette nouvelle façon de pratiquer la montagne. La commune n’en refusa pas pour autant de créer sa station de sports d’hiver. Mais elle décida de tout créer à l’extérieur du village. Remontées mécaniques et logements furent ainsi installés un peu plus en amont, de l’autre côté du virage tracé par la route qui monte au col de l’Iseran. Dans le même temps, les subsides versés par EDF furent employés à améliorer encore l’esthétique du village où, effectivement, les lignes électriques et téléphoniques furent enterrées. Et les habitants décidèrent de ne pas stationner leurs véhicules dans Bonneval. À l’incompréhension parfois méprisante affichée à l’époque par d’autres stations et professionnels de la montagne, succède aujourd’hui l’admiration et peut-être un peu de jalousie. Comme si les gens de Bonneval avaient bénéficié de dons divinatoires, alors que, en réalité, ils avaient simplement refusé de vendre leur âme.
Avancée rectiligne maurienne
S’enfonçant sur huit kilomètres dans la montagne à partir de la vallée de l’Arc, le vallon creusé par le torrent d’Avérole offre un paysage alpin typique : on y passe par étapes nettes du monde tranquille de la plaine à celui, plus rude, de la haute montagne. Entre le beau village de Bessans et le sévère refuge d’Avérole, on ne mesure pourtant qu’une différence d’altitude de 500 mètres ! Arrivant de Bonneval-sur-Arc, vous descendez la route D902 en direction de Bessans jusqu’à la chapelle Notre-Dame-des-Grâces (à gauche de la route) et au pittoresque hameau du Villaron (à droite). Guettez alors la route à gauche, au niveau du centre de randonnées La Bessannaise. Vous entrez dans la vallée d’Avérole dont vous longez la rive droite du torrent. Si la route reste rectiligne – chose assez rare en montagne –, elle est aussi très étroite, bordée de mélèzes au-dessus desquels apparaissent les parois escarpées de la pointe de Charbonnel et ses glaciers suspendus. Le premier hameau traversé est La Goulaz, où on remarque de beaux chalets en cours de restauration ou de construction. Un peu plus tard à Vincendières, on notera que les ruines sont plus nombreuses que les maisons habitables. Enfin, à Avérole, où la route s’arrête, il n’y a plus qu’une église restaurée et une maison. Un peu en amont, ce qui fut un village réparti au long d’une rue n’est plus que murs à demi effondrés sous des souvenirs de toitures…
Incroyable hameau
Encore plus en amont dans la vallée de l’Arc, à cinq kilomètres de Bonneval et 2030 mètres d’altitude, le hameau de l’Écot donne à qui s’y aventure la sensation de remonter dans le temps. Car ses maisons ont été restaurées avec une grande discrétion et le désir de ne pas dénaturer le lieu. D’ailleurs, on n’y accède pas en voiture mais par un sentier de randonnée, les voitures stationnant plus bas. Le mieux est d’y venir à pied depuis Bonneval, par le sentier qui longe la rive droite de l’Arc depuis Tralenta, le quartier « moderne » du village. On arrive en bas de la « rue » au long de laquelle s’alignent les maisons du bourg. Compter trois heures pour l’aller-retour.
Randonnée ascendante jusqu'au refuge
Ici commence la partie pédestre de la balade. Ayant laissé le véhicule à l’entrée du bourg, passer à droite de l’église pour traverser le hameau. Au-delà, la piste monte en épousant les plis du relief. Là où elle descend vers le torrent qu’elle franchit par un pont, on tournera à gauche, ce qui donne l’impression de s’éloigner du but. L’arrivée au refuge est besogneuse avec une rude pente à gravir et un détour obligatoire à faire pour arriver enfin. Le refuge d’Avérole est prisé des grimpeurs qui fréquentent les massifs de l’Albaron (3 637 m) et de la Bessanèse (3592 m). Hormis le sentier qui grimpe au passage du Colerin, ces pentes ne sont pas à la portée de randonneurs non équipés de cordes. Quant au Colerin, il donne sur le glacier italien de Pian Gias, réservé aux alpinistes. Mais qu’importe, y compris depuis le refuge, le coup d’œil est simplement sublime.