Une première particularité de la cathédrale d’Amiens est d’avoir été édifiée en un chantier continu selon une inspiration unique. À l’origine se trouve en effet l’architecte Robert de Luzarches qui ouvre le chantier de 1220 à 1223. Lui succède son assistant Thomas de Cormont entre 1223 et 1228, son fils Renaud assurant l’essentiel de la construction qui s’étend jusqu’en 1288.
Deux fois plus grande que Notre-Dame de Paris
Luzarches avait accepté la commande d’une cathédrale géante : deux fois le volume de Notre-Dame de Paris. Et de fait, il ouvrit le chantier d’un édifice qui atteindrait 145 mètres de long, doté d’un transept portant sa largeur maximale à 70 mètres, avec une hauteur de nef vertigineuse : 45 mètres ! Quant au décor : les trois porches totalisent 3 000 statues. Ce serait non seulement la plus haute de son époque, mais aussi la plus lumineuse. On peut s’étonner que le plan initial ait été suivi par les deux successeurs de son auteur, et surtout que le chantier d’un monument aussi audacieux n’ait duré que soixante-huit ans.
Deux innovations techniques considérables
La rapidité d’exécution des plans tracés par Robert de Luzarches tient pour une bonne part au fait qu’il avait standardisé la taille des pierres selon quatre gabarits, ce qui permit une production « à flux tendu » des éléments de construction. Mais la durabilité de l’édifice est à mettre au crédit du maître-maçon Pierre Tarisel qui, en 1498, prévint un affaiblissement de la croisée en consolidant cette dernière par un chaînage métallique !