Cette abbatiale est surnommée la chapelle Sixtine poitevine

Vue aérienne de l'abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe surmontée de sa flèche gothique de près de 80 mètres de haut édifiée au XIVe siècle et reconstruite au XIXe siècle. - © Francis Leroy/Hemis.fr

Publié le par Dominique Le Brun

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • À 40 km de Poitiers, l’abbaye de Saint-Savin abrite un exceptionnel ensemble de fresques romanes du XIe siècle, couvrant 412 m² à 16 m de hauteur. Une véritable « Bible en images » qui plonge les visiteurs dans un récit biblique vivant et coloré.
  • Ces peintures, réalisées par un même atelier, offrent une unité de style rare. Leurs compositions élégantes, expressives et sobres illustrent la tradition médiévale de l’église « enseignante » par l’image.
  • La crypte, plus sombre, évoque le martyre de saint Savin et de son frère Cyprien, deux frères macédoniens du Ve siècle dont le refus d’abjurer leur foi les mena à la décapitation sur les rives de la Gartempe.

Quarante kilomètres à l’est de Poitiers, l’abbaye de Saint-Savin dresse son abbatiale et ses imposants bâtiments conventuels sur la berge de la Gartempe, un paisible affluent de la Creuse. On appréciera l’équilibre de l’église de pur style roman poitevin ; on s’étonnera de la voir surmontée d’une fine flèche gothique (mais reconstruite au XIXe siècle), pointant à 80 mètres ; mais le plus beau ne réside pas dans ce coup d’œil pourtant rare. L’exceptionnel se trouve dans l’abbatiale : un hallucinant décor de peintures murales exécuté entre 1080 et 1110. L’état de fraîcheur de ces œuvres émerveille en plongeant d’emblée le visiteur dans une véritable fantasmagorie. Mais si on s’immerge de manière aussi irrésistible dans ce récit biblique illustré, c’est parce que toutes ces peintures ont été brossées par des artistes qui appartenaient au même atelier. Leur facture affiche ainsi une parfaite unité de style, faisant de Saint-Savin un exemple frappant de la tradition médiévale qui voulait que les églises soient peintes, afin d’initier les fidèles à l’histoire sacrée. Ce décor se découvre aussi comme un témoignage de l’art de représenter et de peindre dans l’Occident médiéval chrétien.

Une bible en bande dessinée 

C’est l’Apocalypse qui inspire les scènes du narthex, tandis que la Genèse et l’Exode voisinent sur la voûte. Prodigieuse vision puisque les peintures couvrent 412 mètres carrés à 16 mètres de hauteur. Si on cherche à y déchiffrer un récit, il faut savoir que les artistes ont privilégié l’élégance de la composition, sans souci de respecter une quelconque chronologie. Dans le trait, on note une volonté de traduire la vie et le mouvement ; c’est ainsi que les mains, généralement disproportionnées, paraissent très expressives. Quant aux couleurs, on note la sobriété de la palette : ocres jaune et rouge, vert. Cette gamme donne une grande douceur à l’ensemble, qui reste lumineux grâce aux contrastes obtenus par l’usage du noir et du blanc. Dans les thèmes abordés comme dans sa facture, le décor de la crypte marque une rupture avec le reste de l’abbatiale. Pour évoquer le martyre de saint Savin et de saint Cyprien, les artistes ont choisi des couleurs plus sombres et un dessin plus affirmé. Peut-être parce qu’ils savaient que ces peintures seraient vues de plus près ? En tout cas, la démarche prouve leur sens abouti de la communication par l’image.

La légende de l'abbaye Saint Savin 

Au Ve siècle en Macédoine, Savin et Cyprien, deux frères, sont torturés par les Romains pour avoir refusé d’adorer les idoles païennes. Résistant à tous les supplices, ils refusent d’abjurer la foi chrétienne, et parviennent à s’échapper avant leur exécution. Leur fuite les conduit en Gaule, sur les berges de la Gartempe où ils se trouvent de nouveau condamnés comme chrétiens. Cette fois, ils n’échappent pas à la décapitation, Savin étant inhumé dans les environs. Quatre siècles plus tard, il donne son nom à une première abbatiale édifiée en ces lieux.

Sources

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