Pier-Luigi Mara est un architecte romain, véritable spécialiste du style rustique toscan. Fasciné par cette « aventure tivolienne en pleine campagne nantaise », il s’est proposé de nous guider dans notre découverte. Sur les bords de la Sèvre Nantaise, la végétation arbore une physionomie des plus méditerranéennes: pins maritimes, peupliers d’Italie, platanes majestueux et même quelques touffes d’oliviers. Pier-Luigi resitue la genèse de ce paysage. En fait, l’aventure « toscanisante » de Clisson débute à la fin de la Révolution française, en 1798. La guerre de Vendée a ravagé toute la contrée, Clisson en tête. Les soldats des généraux Hoche et Turreau laissent la cité exsangue. Deux Nantais, le peintre Pierre Cacault et son frère François, diplomate, collectionneur d’art et sénateur du département, décident de partager leur passion pour l’Italie. Ils fondent à Clisson, où les rives nonchalantes de la Sèvre leur rappellent les alentours de Tivoli (là où se trouvent la villa d’Este et ses extraordinaires jardins), une sorte de musée-école où sont regroupées les collections de François. Nombre d’artistes se déplacent à Clisson et y prennent une « grande bouffée d’Italie ».
Inspiration palladienne
Les frères Cacault veulent reconstruire la ville, lui offrir un écrin autre que les ruines qui sont son quotidien. François-Frédéric Lemot (1771-1827), sculpteur lauréat du grand prix de Rome, adhère à ce projet déraisonnable. Sur un coup de foudre, il acquiert le bois de la Garenne, ancienne réserve de chasse des seigneurs de Clisson, et le vieux château fort (XIIIe-XIVe siècles). Avec Pier-Luigi, nous grimpons la pente du coteau en surplomb de la rivière, face à la ville, il commente: « On arrive à la villa Lemot qui va voir le jour à partir de 1824. C’est le type même
de la villa néoclassique d’inspiration palladienne : symétrie de la façade (côté Sèvre), galerie à arcades en plein cintre, loggia, bustes à l’antique et colonnade en hémicycle. »
Le domaine du jardinier
Plus frappant encore est la maison du jardinier, située à l’entrée du domaine, où l’artiste aménagea son atelier. C’est une architecture « copier-coller » du castello toscano, dit également « casa colonica toscana », peuplant la campagne toscane : plusieurs corps de bâtiments, un logis de maître, des dépendances, une haute tour-pigeonnier. C’est le règne des petites briques appareillées, de la tuile canal. Le parc de la Garenne-Lemot constitue également un vrai voyage. Conçu comme un lieu de méditation et d’inspiration artistique, il multiplie les « fabriques », « folies », rochers et grottes artificielles, vrais-faux vestiges de l’Antiquité, temples, colonnes, bornes, statues... le tout faisant référence à la campagne romaine. « Le parc visait un point : sublimer l’esprit de l’architecture de Tivoli. À admirer cette nature ordonnée, idéalisée, empreinte d’harmonie sereine, je ne peux que songer à certaines grandes toiles de la série des Quatre saisons de Nicolas Poussin... », souligne Pier-Luigi. La ville même de Clisson va céder à l’italianisation de son cadre de vie. Chaque nouveau Clissonnais se bâtit une demeure néoromaine. L’engouement est si fort que les fermes alentour, les filatures et tanneries, les relais de poste se raccordent parfaitement à l’ambiance transalpine.