Passages couverts : les raccourcis romantiques

Par Dominique Le Brun et Dominique Roger
source : Détours en France n°156, p. 50
Publié le 09/09/2014

Ils sont nés au début du XIXe siècle entre les grands boulevards et le quartier du Sentier. Avant que les chantiers d’Haussmann ne chamboulent les lieux et modifient les zones de chalandises, Paris en comptait environ cent cinquante. Aujourd’hui, il en reste une trentaine. Nous vous proposons de découvrir les plus beaux.

Verdeau, Jouffroy, Des Panoramas : Au bonheur des premiers magasins

Le passage Jouffroy

Dès l’entrée dans un passage, le monde change. Au vacarme succède un calme ouaté, tandis qu’on oublie le temps qu’il fait dehors. Des verrières tombe une lumière diffuse, relayée par les éclairages des boutiques. On se sent bien, la notion du présent s’estompe, le décor est d’une autre époque.


Le coude du passage Jouffroy
Le passage Jouffroy, créé en 1846. Des merveilles vous y attendent, à commencer à l’ex-librairie Paul Vulin, dont l’interminable présentoir montre des livres d’art et catalogues d’exposition que l’on ne verra pas ailleurs. Le plus étonnant est plus loin, là où le passage fait un coude : quelques marches conduisent à la sortie du musée Grévin, et immédiatement sur votre gauche, voici l’hôtel Chopin, si coquet qu’on croirait un décor de film. Se succèdent encore d’autres commerces incroyables : La Boîte à joujoux (maisons de poupées), M&G Segas (objets rares et cannes de collection), la Maison du roy (décoration). Lorsque l’on sort sur le boulevard Montmartre, il faut se réhabituer à la frénésie du XXIe siècle !

Entrée du passage Verdeau
Le déphasage se ressent d’autant plus dans le passage Verdeau (ouvert en 1847): se succèdent un marchand de vieux appareils photos, la célèbre librairie La France ancienne où l’on trouve l’introuvable, celle de Roland Buret, truffée d’éditions originales de BD, la Galerie Mallard qui possède notamment de superbes bois gravés, et Le Bonheur des dames, véritable temple de la broderie au point de croix. Il y a même un excellent café-restaurant : Le Bistrot, aux tarifs plus que raisonnables. D’un côté, il mène au Faubourg-Montmartre ; de l’autre, il débouche sur les grands boulevards. Pratique !

Passage des Panoramas
Dans l’axe du passage Jouffroy s’ouvre celui des Panoramas : drôle de nom pour une galerie. Il vient du spectacle que l’on venait y admirer en 1799 lorsque l’Américain William Thayer fit construire ici deux tours circulaires dont les parois intérieures étaient tapissées de vues panoramiques représentant des paysages ou des scènes historiques. Jusqu’en 1830, date de leur destruction, les spectateurs avaient ainsi la sensation de voyager dans le monde ou dans le temps ! Ce fut la première période de gloire du passage des Panoramas. Tel qu’on le connaît aujourd’hui, il résulte des transformations effectuées en 1830, et il connut une seconde époque d’intense fréquentation lorsqu’Offenbach donna ses fameux opéras bouffes au théâtre des Variétés, voisin immédiat du passage. Enfin, le théâtre et le passage ont acquis la célébrité littéraire lorsque Zola en a choisi le cadre pour son roman Nana (1879). Le fond du passage s’ouvre sur des galeries perpendiculaires. Donnant accès au théâtre qui lui a donné son nom, la galerie des Variétés abrite le sympathique restaurant Les Coulisses. Plus loin, il faudra voir aussi les galeries Feydeau, Montmartre et Saint-Marc, plus commerçantes que pittoresques, mais que l’on ne peut s’empêcher de trouver sympathiques.

Choiseul, Colbert, Vivienne : les galeries cultes et cultivées

La galerie Choiseul

Le passage Choiseul a changé lorsque le prix de l’immobilier a chassé les petites entreprises du centre de Paris, tandis que sur nos bureaux, les articles de papeterie étaient remplacés par les claviers et les écrans d’ordinateurs. C’est ici que l’on venait commander papiers à en-tête et timbres en caoutchouc, cartes de visite et agenda. La maison Lavrut maintient une tradition de belle papeterie, mais aujourd’hui, les boutiques de chaussures ne cessent de gagner du terrain.

La galerie Colbert
Rotonde de la galerie Colbert
Splendeur du
 2e arrondissement, la galerie Colbert a été sauvée de la ruine par la Bibliothèque nationale qui assuma les frais de sa restauration en 1985. Au centre, sa rotonde et la statue de bronze sont une ode à l’élégance, à peine voilée par le faux marbre de ses colonnes. Elle offre un décor de prestige à des établissements universitaires de haut niveau dont la liste intimide. Elle donne aussi accès au restaurant Le Grand Colbert, qui a conservé son décor Art nouveau des années 1880.

La galerie Vivienne
Le bistrot Vivienne
La galerie Vivienne, 1826. Trois tronçons et trois entrées, rue des Petits-Champs, Vivienne et de la Banque. Elle totalise 176 mètres de longueur et montre une élégance assez rare, avec ses verrières, ses mosaïques, sa rotonde, son escalier. Les commerces de prêt-à-porter et de décoration haut de gamme y sont dans leur élément. La galerie est ouverte tous les jours. On notera d’ailleurs qu’avec l’arrivée de la haute couture grâce à Jean Paul Gaultier, la galerie Vivienne apparaît pour beaucoup comme un nouveau temple du luxe.

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