Le trésor de l'Abbatiale de Conques

Par Détours en France
source : Hors Série - Secrets de lieux sacrés, 2012, p.78
Publié le 05/08/2015

Au coeur de l’Aveyron, dans le village de Conques se cachent des reliques aux valeurs inestimables et au passé mouvementé. Découverte d'un lieu sacré où siègent les reliques de Sainte Foy.

Abbaye

Un trésor exceptionnel

La petite histoire mentionne des cavaliers agenais lancés à bride abattue sur les traces du voleur, un aveugle recouvrant la vue au contact des reliques, une source sacrée naissant à leur point de stationnement…. Une fois arrivées à destination, elles furent veillées nuit et jour et très vite dotées d’un reliquaire à la hauteur.

La foule des pèlerins était telle, mentionne le chroniqueur Bernard d’Angers, que les bâtiments du monastère, pourtant vastes (deux stades de longueur, soit 250 mètres), n’étaient pas capables de les accommoder tous. Une nouvelle basilique fut consacrée dès 940. Un siècle plus tard, elle était déjà mise à bas et reconstruite sous l’apparence de l’actuelle abbatiale.

Reliques 1 - « En la voyant pour la première fois, toute en or, étincelant de pierres précieuses et ressemblant à une figure humaine, il parut à la plupart des paysans qui la contemplaient que la statue les regardait d’une manière vivante et qu’elle exauçait de ses yeux leurs prières.» Bernard d’Angers, XIe siècle.
2 - Parmi les vestiges les plus précieux, on doit noter les émaux translucides, rouges ou verts, sur fond d'or (plaquettes arrondies, à la face ou au revers), d'époque carolingienne ; d'autres émaux, bleus, blancs, rouges sont opaques et cloisonnés, aux ailes des oiseaux, au revers ; on les date du XIe siècle.

Dans le même temps, l’une des pièces d’orfèvrerie les plus célèbres d’Occident, la Majesté de sainte Foy, qui aura bientôt un millénaire d’âge, était ciselée pour accueillir une pluie de pierres précieuses et, surtout, le chef de la sainte. Dans les moments de grand péril, les habitants surent toujours cacher habilement les reliques si chèrement acquises.

La Majesté décryptée

Plus somptueuse statue-reliquaire d’Occident, la Majesté de sainte Foy, (IXe et Xe siècles), a souvent été décrite comme une idole, à mi-chemin entre foi chrétienne et idôlatrie païenne. Haute de 85 centimètres, dotée d’yeux en verre bleu, elle est constituée d’une âme en bois d’if, recouverte d’or et ornée de pierres précieuses, d’émaux et de camées. Lors de la restauration de 1955, on s’est aperçu que la tête de la statue était indépendante, sans doute une tête d’homme provenant d’une statue antique – peut-être un empereur ! C’est à l’intérieur de cette tête creuse qu’a été placée la relique principale : la partie supérieure du crâne de la sainte.

Lorsque les protestants incendièrent le monastère de Conques en 1561, une partie fut dissimulée dans un pilier de l’abbatiale… si efficacement que ce « lot » ne fut retrouvé qu’en 1875 ! De même, en 1791, la perquisition des autorités ne donna rien : les reliques avaient été « volées » par les habitants, la nuit précédente, à la faveur d’un orage.
Elles ne réapparurent que « lorsque la tourmente révolutionnaire fut apaisée » selon les mots de l’abbé Servières, auteur d’une monographie détaillée à la fin du XIXe siècle.

Assiette de Charlemagne

Il en résulte que le trésor de Conques est, en ce début de XXIe siècle, l’un des plus riches et complets d’Europe. Depuis 1910, il est exposé dans un bâtiment dédié, dans l’ancien cloître. Y sont réunis la Majesté à côté des autres pièces majeures : le A de Charlemagne, le reliquaire de Pépin, la lanterne de Bégon, un bras reliquaire de saint Georges, moine devenu évêque de Lodève en 877.

Coffre En bois recouvert de cuir clouté d'argent, orné de trente et un médaillons d'émail, il est daté de l'abbatiat de Boniface (vers 1110-1130) par une inscription gravée sur la tranche d'un médaillon et contient de nombreux ossements du corps de sainte Foy.

En 1955, Conques joue un rôle pionnier en renouvelant la présentation de son trésor, ce qui en fera l’un des moteurs de la grande exposition de 1965 « Trésors des églises de France » au musée des Arts décoratifs de Paris.

Visite virtuelle

Il est possible de faire une visite virtuelle de l'Abbatiale de Conques : cliquez-ici .

On compte aujourd’hui plus de 250 trésors ecclésiastiques en France, mais celui de Conques bénéficie d’une aura particulière, attirant plus de 100 000 visiteurs par an. Sans perdre pour autant son lien avec la foi : chaque deuxième dimanche d’octobre, pour la fête de sa sainte, la Majesté sort de sa vitrine et parcourt la ville en procession. Comme il y a mille ans…

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