Les 10 abbayes à voir absolument en Provence

Publié par Philippe Bourget  |  Mis à jour le

La Provence est une des régions les mieux loties de France en abbayes. Derrière le trio de tête cistercien Sénanque, Silvacane et Le Thoronet, le territoire abrite d'autres lieux de recueillement qui témoignent de la vigueur monastique d'hier à aujourd'hui. 

Notre-Dame de Sénanque, une star en Vaucluse

La photo du champ de lavande étendu devant l'abbaye a fait le tour du monde. Image de la Provence religieuse, l'abbaye Notre-Dame de Sénanque, à côté de Gordes, près du massif du Luberon, représente la quintessence de l'architecture cistercienne. Edifiée au XIIème siècle, elle connait son âge d'or aux XIIIème et XIXème siècle. Elle possède alors des moulins, des troupeaux, un hôpital à Arles, des maisons à Marseille, Carpentras, Cavaillon. Toujours animée par des frères cisterciens, sa visite dévoile la pureté des lignes de son église, cloître, dortoir, réfectoire...  

Silvacane, l'austérité cistercienne

Située sur la commune de La Roque d'Anthéron (Bouches-du-Rhône), près des rives de la Durance, l'abbaye de Silvacane ne déroge pas à la règle d'austérité des monastères cisterciens. Le dépouillement de ses lignes et des espaces intérieurs, dépourvus de tout décorum, illustre la doctrine de cet ordre, voué à la prière et à l'ascétisme. Cela donne tout son charme aux espaces visitables (église, cloître, réfectoire…), empreints de solennité. Le site, désacralisé, accueille aussi de nombreux évènements culturels et expositions. 

Le Thoronet, du style et de l'art

C'est la troisième abbaye cistercienne majeure de Provence et aussi, probablement, la plus ancienne. Fondée par les moines de l'Ordre de Citeaux à partir de 1160, elle présente au cœur d'un site boisé de l'arrière-pays varois, entre Brignoles et Draguignan, une remarquable homogénéité de style, avec les proportions harmonieuses de ses bâtiments conventuels. Dans ce lieu « hors du monde », la visite dévoile aussi l'acoustique parfaite de l'église, hôte de nombreux concerts et manifestations artistiques. Quand l'art se marie au sacré, le public applaudit ! 

Abbaye de Saint-Victor, quinze siècles à Marseille

Ses deux tours carrées, tournées vers le Vieux-Port de Marseille, lui donnent l'allure d'une forteresse médiévale. C'est pourtant bien d'une ancienne abbaye dont il s'agit, déployée du XIème au XIIIème siècle sur un site paléochrétien du Vème siècle, fondé en mémoire d'un martyr. Son aspect fortifié arrivera plus tard, initié par le pape en Avignon Urbain V, également abbé de Saint-Victor, pour renforcer les défenses de la ville. Des cryptes à sarcophages (vestiges du Vème siècle) aux chapelles et à l'église, l'abbaye offre une rare plongée dans l'Histoire.  

Notre-Dame de Montmajour, à travers les siècles…

Fondée au Xème siècle par des moines bénédictins, l'abbaye, posée sur une colline près d'Arles, abrite des édifices préromans et romans. Vestige des origines : la chapelle semi-troglodyte St-Pierre, bâtie sous un rocher. Des XIIème et XIIIème siècle, la partie romane comprend l'abbatiale, les bâtiments des moines et le cloître, joyau du lieu : son statuaire, ses bas-reliefs et ses colonnes aux 48 chapiteaux sculptés sont uniques. Rajouté au XIVème, le donjon lui donne un air militaire, alors qu'un autre monastère du XVIIIème, ajoute un touche néoclassique.

Saint-Michel-de-Frigolet, une grande dans la Montagnette

100% néo-gothique. Les deux clochers fins dominant la garrigue du massif de la Montagnette, près d'Avignon, illustrent le style de cette abbaye des Prémontrés, dont l'imposante basilique du XIXème siècle cache des origines remontant au XIIème. En grimpant dans ce sanctuaire, les visiteurs découvriront ce qui constitue le cœur sacré du lieu : la chapelle Notre-Dame du Bon Remède, où les fidèles viennent prier la Vierge-Marie depuis 900 ans. La communauté produit aussi une liqueur, que l'on peut acheter dans la boutique. 

Ganagobie, les bénédictins de Haute-Provence

Dominant sur un plateau la vallée de la Durance, entre Manosque et Sisteron, l'abbaye est un prieuré clunisien fondé au Xème siècle. L'art roman déployé au XIIème siècle fonde son identité, illustrée par l'église, dotée d'un magnifique portail et par le cloître, merveille d'harmonie. L'abside de l'église est pavée de belles mosaïques d'influence orientale. Délaissée après la Révolution, le monastère fut restauré à la fin du XIXème, avant que les bénédictins de l'abbaye d'Hautecombe, en Savoie, n'y installent une communauté en 1992. 

Boscodon, la mémoire chalaisienne

Cette abbaye romane du XIIème siècle profite d'un beau cadre de montagnes, posée à 1 150 m d'altitude près d'Embrun et du lac de Serre-Ponçon. Sa spécificité tient à son lien passé avec l'ordre de Chalais, une congrégation proche des cisterciens influente dans le sud-est de la France jusqu'au XIVème siècle. Rattachée ensuite aux bénédictins, elle perd sa vocation religieuse après la Révolution… jusqu'aux années 1970, où une association la restaure. Eglise abbatiale et cloître accueillent régulièrement des manifestations culturelles.  

Chartreuse de Bonpas, l'hospitalité par le vin

Bâtie au XIIème siècle par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, cette chartreuse des bords de la Durance, proche d'Avignon, occupe un site clef, jadis frontière entre la Provence et le Comtat Venaissin. Lieu de passage sur la rivière, ce couvent fortifié fut ensuite transmis aux Chartreux puis connut un essor intense avec la vigne et les oliviers. Depuis 2003, c'est à nouveau sa vocation et la visite dévoile autant l'univers monastique que celui du vin, à travers la chapelle, le Grand Cellier, la salle de lecture et la cave. 

Valsaintes, la vie en roses

Près du village de Simiane-la-Rotonde, dans les Alpes-de-Haute-Provence, Valsaintes présente les vestiges réhabilités d'une ancienne abbaye cistercienne. L'église et les bâtiments, restaurés par des propriétaires privés, se doublent d'un jardin et d'une roseraie uniques en Haute-Provence. Cultivé en mode agroécologique, le parc présente plus de 550 variétés de roses (fête « L'Abbaye en Roses », chaque année en mai-juin), un jardin sec et un potager. Du chant grégorien est fréquemment proposé à l'église.