L'Iris, les harenguiers de la mer

Par Détours en France

Dès le Moyen Âge, la pêche au hareng a fait la fortune des ports de la Manche orientale et de la mer du Nord. Pour capturer ce poisson qui se déplace en bancs innombrables, on a conçu des bateaux aux qualités marines irréprochables capables de résister aux conditions de navigation en mer du Nord et assez importants pour tenir la mer pendant plusieurs jours de chalutage.

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L'Iris arrive en rade abri lors des Fêtes Maritimes de Brest 2012.

Le ketch Iris est l’un des derniers survivants des voiliers haranguiers, présentant, pour nous Français, la particularité de posséder une coque métallique. La construction navale hollandaise a su très tôt utiliser l’acier comme matériau de construction pour des coques de petit tonnage, alors que les pays voisins préféraient le bois. La facilité de s’approvisionner en matière première explique ce choix. C’est sous le nom de Pallas qu’il accomplit ses premières campagnes, avec un certain succès puisque l’on sait qu’en 1916, il réalisa cinq marées fructueuses au nord des îles Shetland. Mais en définitive, son destin ne fut pas celui d’un pêcheur, mais d’un caboteur. C’est ainsi qu’en 1920, il se retrouva doté d’un moteur et armé au cabotage avec pour nouveau nom Aage. Après une période de bornage entre le Danemark et la Suède, il fut acheté par un Hollandais qui le ramena aux Pays-Bas en le rebaptisant Geese Van Urk. Tel qu’on le connaît depuis 2001, sous le nom d’Iris, le vieux bourlingueur a retrouvé son gréement d’origine et navigue au charter dans des conditions de confort qui laisseraient sûrement stupéfait son premier équipage de pêcheurs.

À chacun son hareng

Non seulement dense et riche en protéines, la chair du hareng reste longtemps consommable après avoir subi un double traitement : la salaison et le fumage. À l’époque où la religion catholique imposait plusieurs dizaines de jours « maigres » par an et où les moyens de conservation étaient inexistants, le hareng saur constituait un mets recherché, dont les ports nordiques faisaient un commerce florissant. Ainsi, une fois pêché, le hareng était stocké dans des barils de saumure. Puis, le bateau étant revenu au port, le poisson était d’abord séché puis sauri, c’est-à-dire fumé.

Chaque contrée, chaque port possédait ses propres techniques, de telle sorte que la même espèce de poisson donnait, ici, le gendarme (raide et très salé), là, le craquelot (légèrement fumé), ailleurs, le bukkling (fumé à chaud), le kipper (salé, fumé et présenté ouvert), le rollmop (mariné)... Non seulement la pêche au hareng employait de nombreux équipages, mais son traitement à terre ainsi que sa commercialisation demandait une main-d’œuvre nombreuse. On peut donc dire qu’il exista une véritable économie harenguière, et il se dit même qu’au Moyen Âge, ce poisson miraculeux servit parfois de monnaie d’échange !

 

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Fiche technique - type : ketch - pays : Pays-Bas - port d'attache : Rotterdam - lancement : 1916 - longueur : 28,50m/36m - largeur : 6,70 m - équipage : charter.
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