Elizabeth II : Stéphane Bern se confie sur sa relation avec la reine d'Angleterre

Publié par Dominique Roger  |  Mis à jour le

Stéphane Bern fait partie des rares privilégiés à avoir partagé des moments avec la reine d'Angleterre, décédée jeudi 8 septembre.

On n'imagine pas ce qu'elle a accompagné comme évolutions pour que l'Angleterre avance sans heurts

Vous avez eu le privilège de rencontrer Sa Gracieuse Majesté Elizabeth Il à plusieurs reprises? Quels souvenirs en conservez-vous?

J'ai eu effectivement l'immense plaisir de rencontrer la reine Elizabeth II cinq fois, je crois. Mais je vais vous raconter deux souvenirs très personnels que je garde ancrés dans ma mémoire. En juin 1992, Elizabeth, accompagnée du prince Philip, est en voyage officiel en France. À cette occasion, en tant que journaliste au Figaro, j'ai la chance d'être parmi les invités au dîner organisé à l'Élysée par le président François Mitterrand en l'honneur de la reine. Ce fut surtout l'occasion qu'elle me reçoive en audience à l'hôtel de Marigny, résidence des hôtes étrangers du président de la République. L'entretien débute et, là, je fais la gaffe de ma vie ! Alors qu'Elizabeth me dit dans un français irréprochable : « Je crois que vous travaillez pour le journal Le Figaro, expliquez-moi », je lui détaille que j'écris des articles pour les suppléments du quotidien qui est un peu comme The Sunday Times, grand tabloïd du dimanche distribué au Royaume-Uni. À ce moment même, je constate que la reine esquisse une moue qui en disait long. En effet, le journal venait juste de faire paraître le livre Diana sa vraie histoire ! Quelle gaffe ! Cette légère moue royale, une très rare manière qu'avait la reine de manifester ses émotions, était finalement assez sympathique.

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Stéphane Bern

 

De ce que vous nommez « gaffe de votre vie », elle ne vous en a, en tout cas, pas voulu puisqu'elle vous fera quelques années plus tard l'honneur de vous décerner une distinction très honorifique ?

Le 5 juin 2014, alors que la reine Elizabeth est en France pour commémorer le 70e anniversaire du Débarquement en Normandie, je suis effectivement convié à une cérémonie de remise d'une décoration à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris. Je conserve un souvenir personnel très fort. Des mains de la reine, j'ai eu le très grand honneur d'être élevé au rang de chevalier de l'ordre de l'Empire britannique. Pour moi, être décoré par la reine d'Angleterre, c'était une sorte de Graal, d'aboutissement dans mon parcours ; cela fait près de quarante ans que je défends les monarchies. Un moment d'émotion d'autant plus intense qu'il y avait près de moi mon papa, disparu en février dernier... J'ai pu échanger quelques minutes avec la reine. Je lui ai dit que j'avais récemment fait une émission de Secrets d'Histoire qui lui était entièrement dédiée, elle m'avait répondu « Sur moi ? Mais je ne suis pas morte! » Je lui ai répondu « Oui madame, mais vous êtes entrée vivante dans la légende. » Elle avait un vrai et grand sens de l'humour et de l'autodérision. Et en même temps un sens politique très amusé. Ses relations avec nombre de nos présidents de la République l'ont notamment montré.

Comment voyez-vous l'avenir de la monarchie britannique?

De toute évidence, une page de l'Histoire se tourne, celle d'un monde même. Le monde change et l'on s'en rend compte chaque jour. La reine Elizabeth a tout traversé, rencontré les plus grands personnages de notre temps. C'est assez fascinant de penser qu'elle a accompagné, toutes les évolutions, toutes les révolutions de la société britannique. Elle est née au temps du cinéma muet, les ordinateurs n'existaient pas, les smartphones non plus ; elle a appris à tweeter, à être présente sur les réseaux sociaux, à envoyer des e-mails. On n'imagine pas ce que, de son manteau d'hermine, elle a accompagné comme évolutions, pour le faire pacifiquement, pour que l'Angleterre avance sans heurts. Elle est entrée avec chacun de ses sujets dans la modernité sans qu'ils n'aient eu à s'inquiéter de la stabilité politique de leur pays. Malgré les conflits et les crises, elle a tenu un rôle discret mais essentiel d'équilibre, d'union, de continuité.

Charles Ill sera-t-il un bon roi ou plus précisément le roi qu'attendent les Britanniques?

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je crois que Charles III sera un grand roi. Les Britanniques sont loyalistes, ils reviendront vers lui. Il sera très différent de sa mère, en rupture avec le règne d'Elizabeth, même s'ils ont en commun de partager des convictions extrêmement solides. C'est un fin politique. Je pense qu'il va réduire la monarchie à sa plus simple expression. Il a d'ailleurs annoncé que ses frères n'auraient plus aucun rôle. Il a prévenu que la monarchie, ce sera le roi et la reine consort, William et Kate et les trois petits. Et que les branches collatérales devraient travailler, arrêter de vivre dans les palais, qu'il n'y aurait plus de gardes du corps, bref, que chacun devrait se débrouiller.

Sera-t-il «un roi écolo  »?

Tant dans ses déclarations, que l'on se rappelle son discours lors de la COP 26 (en novembre 2021, ndlr), que dans ses actions, Charles est en prise avec les sujets brûlants de l'actualité concernant le dérèglement climatique, les énergies propres, la déforestation. De toute évidence, Charles III est un roi de transition, mais il a sa carte politique à jouer.