En 1611, Antoine de Roquelaure, maréchal de France et fidèle compagnon d'Henri IV, se remarie avec Suzanne de Bassabat : il a 67 ans, elle en a 18. Antoine n'est pas gascon pour rien ! Édifié sur les ruines du château des comtes d'armagnac par les architectes Pierre Souffron et Pierre Levesville, Lavardens, unique en son genre, mêle le classique que l'on affectionne en ce début de XVIIe siècle et la facture féodale.
Le maréchal est amoureux. Il a hérité en 1585 d'un vieux château décrépi à Lavardens, dont il s'est peu soucié. Ragaillardi par ses nouvelles épousailles, le voilà qui se lance dans la rénovation de l'édifice pour faire plaisir à sa très jeune femme. Mais l'entreprise n'est pas une mince affaire : le château féodal occupe l'extrémité d'une arête calcaire et l'espace est plutôt réduit.
L'architecte de Lavardens a donc accompli des prodiges, mariant la pierre et le rocher. Pour rattraper la dénivellation, il bâtit un rez-de-chaussé élevé avec des entresols voûtés, ajoute de puissants contreforts et, autour des deux tourelles carrées, fait courir un long balcon : aujourd'hui disparu, celui-ci apportait à ses habitants l'agrément d'un superbe panorama sur la campagne environnante.
En position dominante sur le village, le château ressemble à un gigantesque vaisseau. Le toit presque plat, fait de tuiles canal, adoucit l'ensemble. L'intérieur vaut bien votre visite, même si le mobilier a été dispersé depuis longtemps. Un grand escalier rampe sur rampe conduit à des pièces majestueuses. Et regardez où vous mettez les pieds : des dalles de pierre de calcaire et des briques roses dessinent sur le sol de beaux motifs géométriques.
Lavardens, qui appartint un temps à Mirabeau, a connu après la Révolution une histoire mouvementée. Vendu à une douzaine de familles, il a commencé à tomber en ruines. Aujourd'hui géré par une association de copropriétaires, il a retrouvé de sa prestance, grâce notamment à des expositions.
Et le maréchal, me direz-vous ? Gagna-t-il avec ce château l'amour de sa belle ? L'histoire ne le dit pas, mais elle lui fit quand même… douze enfants !