Chamonix : l'appel des cimes

Publié le par Vincent Noyoux

Les eaux torrentueuses de l'Arve, descendue du col de Balme, traversent Chamonix à vive allure. En arrière-plan, les sommets mythiques de la vallée exaltent les randonneurs. À Chamonix, l'esprit de conquête est aussi pur que l'air qu'on respire.

Elle dévale du col de Balme, gonflée des eaux de fonte delaMerde Glace : l'Arve traverse Chamonix, puis toute la Haute-Savoie.

Le mont Blanc est au centre de tout, à Chamonix. Il a son avenue, sa place, son hôtel, sa boucherie, son agence immobilière, son chocolat et son parfum de glace... C'est vers lui que tendent tous les regards. Est-il bien dégagé ? A-t-il la tête dans les nuages ? Devant l'office de tourisme, les visiteurs scrutent le toit de l'Europe (4 810 mètres). Et parfois le confondent avec le dôme du Goûter, qui lui ressemble comme un frère. Il faut un peu de temps pour se familiariser avec les cimes qui se déploient tout autour : l'aiguille du Midi, le glacier des Bossons, les aiguilles de Chamonix, les Drus, l'aiguille Verte... Toute une mythologie de sommets qui fait battre le cœur des alpinistes.

 

C'est d'ailleurs à deux pas de l'office de tourisme que se trouve le quartier général des montagnards. Derrière son austère façade grise, la Maison de la montagne fourmille de personnages hauts en couleur : les guides de la Compagnie des guides de Chamonix. Visages taillés à la serpe et burinés par les éléments, le verbe haut parfois, ils ont l'habitude de retrouver leurs clients chaque jour à 18 heures sur le parvis. Les plus belles ascensions se préparent ici, à l'ombre du clocher à bulbe de l'église Saint-Michel.

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Sous le Brévent, la baroque église Saint- Michel : le bulbe de son clocher rénové en 2003 brille de toutes ses écailles de titane ! À côté, la Maison de
la montagne occupe un ancien presbytère.

Sur la place Balmat, la sculpture est signée Jules Salmson. Réalisé en 1887, ce bronze magnifie les alpinistes pionniers du mont Blanc : Balmat montre une direction que de Saussure semble chercher des yeux.

Les palaces Belle Époque

L'appel des cimes n'est jamais retombé depuis l'époque d'Horace-Bénédict de Saussure et de Jacques Balmat, les deux alpinistes statufiés au centre du bourg. Le premier avait promis une importante prime à celui qui atteindrait le premier le sommet du mont Blanc. Le second, un cristallier chamoniard, décrocha la cagnotte le 8 août 1786 en compagnie du docteur Michel Paccard. L'exploit lança le tourisme à Chamonix et dans sa vallée. D'abord les romantiques, fascinés par les séracs de la Mer de Glace, alors nommées « glacières de Savoye ». Puis les touristes de la Belle Époque, venus par la route (grâce à Napoléon III) ou par le chemin de fer à partir de 1901.

Une autre vue de la place Balmat.

De beaux souvenirs

Le centre du bourg a conservé de remarquables vestiges de cet âge d'or. Les têtes couronnées descendaient à l'actuel casino (ancien hôtel Royal), de facture néoclassique, sur la place Balmat. Presque en face, le café La Terrasse, drôle de fantaisie Art nouveau, voisine avec l'architecture Art déco de la banque Laydernier et du Kursaal (café La Potinière). Une clientèle huppée et internationale séjournait dans les trois palaces de Chamonix : la Résidence (qui abrite le musée Alpin), le Savoy (actuel Club Med) et surtout le Majestic (centre des congrès) dont les rondeurs Art nouveau de la façade répondent aux stucs, miroirs et bas-reliefs de l'intérieur, typiques des années folles.

Le lac des Gaillands est artificiel, mis en eau dans l'excavation d'extraction du remblai pour la ligne de chemin de fer Saint-Gervais–Vallorcine au début du siècle dernier. Les pêcheurs y font toujours de bonnes prises.

D'autres folies chamoniardes

Poussons un peu plus loin jusqu'au « lac à l'Anglais », au hameau des Gaillands. À la fin du XIXe siècle, un sujet de sa majesté, lord Sinclair, tomba amoureux de ce petit étang qui reflète le mont Blanc. Pour ajouter une touche romantique au site, il creusa une grotte artificielle, fit élever de faux rochers et une ruine factice de chapelle gothique. Il planta même des érables, essence fort peu alpine ! La falaise des Gaillands surplombe cette ravissante imposture. Défrichée et nettoyée par Roger Frison-Roche lui-même, cette falaise est devenue une véritable école d'escalade. Les guides ont pris l'habitude de venir avec leurs clients pour évaluer leur niveau de grimpe.

Détail de la fresque des guides qui couvre tout le pignon d'une maison sur laquelle on voit Louis Lachenal, Lionel Terray, Jacques Balmat, Marie Paradis (première femme sur le mont Blanc vers 1808) et 17 autres pionniers de la haute montagne.

À Chamonix, tout est vertical... même les hommages. Celui aux guides de haute montagne les plus emblématiques est en trompe-l'œil, sur un mur de la rue du Docteur-Paccard. Bien des alpinistes en herbe que l'on voit parader dans le bourg, piolet à la main, aimeraient se retrouver, eux aussi, en haut de l'affiche... Plus de 220 ans après, le rêve de Horace-Bénédict de Saussure vit encore.

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