Chassezac : les petites gorges de l'Ardèche

Publié par Philippe Bourget  |  Mis à jour le

Au pied des Cévennes ardéchoises, tout au sud du département, près des Vans, le Chassezac se mue en gorges navigables. Le canoë file entre de hautes falaises de calcaire, dans ce canyon spectaculaire où langues de sable et dalles rocheuses invitent à la halte et à la baignade. Moins fréquentées que celles de l'Ardèche, elles gagnent à être descendues en début d'automne.

Tôt le matin, la rivière en exclusivité...

Installé dans un pré au bord de la rivière sur la commune de Chassagnes, 4 kilomètres en aval des Vans, le parc de canoës de Ceven'Aventure Passion est conséquent – ce sont de vieux routiers du Chassezac. Bateau traîné jusqu'à l'eau, il ne reste plus qu'à s'asseoir dedans et à glisser dans le courant. Partir tôt le matin est un avantage. La plupart des familles ne sont pas arrivées et si celles déjà sur place décident de musarder, on se retrouve vite en pôle position sur la rivière, offerte alors en exclusivité.

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L'entame du parcours est tranquille. La mise en bouche dévoile des berges gentiment boisées, des petites plages isolées et, traversée. surtout, l'absence de trafic sur les rives, dépourvues de routes et de sentiers. Une petite heure s'écoule à ce rythme, loin de l'affluence que connaissent les rives de l'Ardèche, une trentaine de kilomètres au nord. Le niveau d'eau n'est pas très élevé, le coup de pagaie devient régulier, adultes et enfants sont prêts à « affronter » les premiers rapides, qui n'ont rien d'impressionnants mais qui pimentent agréablement la descente.

Après le passage du rapide de Rouchetou, voici poindre celui des Dalles. Il faut pagayer plus fort jusqu'au premier temps fort du parcours : l'arrêt au pied d'une falaise en « escaliers », dont les marches sont autant de plongeoirs naturels pour s'élancer dans la rivière. Plus profonde, l'eau est ici propice à la baignade. Un vrai plaisir que de nager en se laissant pousser par le courant… Ce spot est parfait pour un arrêt sur les dalles en pierre calcaire, chauffées par le soleil.

La suite est plus spectaculaire. Après le rapide de l'Île, le Chassezac glisse au pied de hautes falaises qui ferment la rive gauche. Stratifiées en couches superposées, ces parois s'affinent au sommet en pics esseulés. Un vent frais remonte de l'aval, accéléré dans le corridor. Des oiseaux volent au ras de l'eau (des martins-pêcheurs ?), tandis que des buses à l'affût tournoient dans le ciel. À la sortie d'une boucle, marquée par le rapide de la Truite, la vallée s'élargit. Tout en haut, rive droite, c'est le bois de Païolive, terre de randonnées. À gauche, d'autres ressauts de falaise s'affichent comme autant de plongeoirs naturels.

Pont de Mazet, terme de la balade

Il est temps de s'arrêter pour goûter, patauger ou farnienter. Le franchissement du rapide du Mazet, dernier « obstacle » de la descente, signe l'arrivée imminente au pont de Mazet, terme de la balade. À droite, un immense bloc rocheux sert de sautoir aux ados du coin, en quête de sensations fortes. Encore quelques coups de pagaie et il faut accoster rive gauche, remonter son canoë sur une esplanade et se déséquiper. Rodées, les équipes de Ceven'Aventure ont mis en place des navettes routières pour revenir au point de départ.

En pagayant constamment, il faut moins de 2 heures pour effectuer la descente, estimée à 7 kilomètres. Mais avec le pique-nique, les enfants et les arrêts impromptus, mieux vaut compter la journée. Un temps que le Chassezac mérite pleinement.

Païolive, le bois étrange

Près des Vans, cette forêt de chênes blancs et de rochers sculptés dévoile aux promeneurs un petit univers mystérieux. Après avoir vu les gorges du Chassezac d'en bas (lors d'une balade en canoë), il est recommandé de les voir « d'en haut ». C'est l'un des intérêts du circuit de la corniche, 4 kilomètres en boucle et une heure et demie de randonnée tracée sur le plateau calcaire au-dessus du canyon, dans un paysage tantôt secret ou vertigineux. Comme lors du premier tiers de l'itinéraire qui flirte avec le bord de falaise.

Depuis le parking de Lestong, situé sur la D901 entre Les Vans et Saint-Paulle-Jeune, le sentier de garrigue rejoint la lisière du plateau et ouvre des vues plongeantes sur la rivière, les bancs de sable et de graviers, et sur les falaises de la rive opposée.

D'en bas remontent les cris des canoéistes, en proie avec la fureur du cours d'eau. On plaisante bien sûr, car le Chassezac, aux beaux jours, est « un long fleuve tranquille »… Quelques oiseaux de proie profitent des courants ascendants pour rester en vol stationnaire et repérer ainsi leur futur repas. Aérien et ombragé, cet itinéraire reste spectaculaire, mais il est à déconseiller avec de jeunes enfants car il n'y a pas de rambardes de protection. La suite est d'une autre nature.

Le sentier quitte le bord de falaise pour s'enfoncer dans le sous-bois. Là, changement de décor ! Cet espace naturel sensible et Zone Natura 2000 dévoile un univers ombragé de chênes, scandé de blocs rocheux déformés par l'érosion. Un mélange végétal-minéral à l'ambiance assez joyeuse mais un brin déconcertante, prétexte aux fantasmes. Il flotte ici sous l'ombre fraîche une atmosphère brocéliandesque, façon terre de fées (les « fados », en provençal) et de légendes.

Tout le monde n'est pas obligé d'être touché par la grâce. Mais au moins cette forêt a le mérite d'offrir à ses visiteurs des motifs de contemplation, voire de relaxation. Et lorsque les grosses chaleurs font leur retour, le bonheur de cheminer à couvert est indicible. C'est ainsi qu'après avoir déambulé 45 minutes en sous-bois, l'on retrouve le parking de départ. Le bois de Païolive propose de nouveaux itinéraires – ceux-là sont en revanche possibles avec des plus petits. Il y a le circuit de la Vierge, celui de Saint- Eugène… Chacun étant une parenthèse enchanteresse et « écolo » dans cette Ardèche méridionale.

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