Les 5 phares de l'île d'Ouessant

Publié par Philippe Bourget  |  Mis à jour le

Cinq phares éclairent les navires croisant dans les parages redoutés d'Ouessant. Deux sont à terre, le Stiff et Créac'h. Trois en mer, Nividic, La Jument et Kéréon.

Le phare du Stiff, signé « Vauban »

Phare « Vauban » avec ses deux tours rondes accolées à l'est de l'île, le Stiff surveille la Manche depuis 1700. Automatisé en 1993, son dernier gardien, Michel Berthelé, est décédé en 2020. La fin d'une époque... Une fois les 104 marches gravies, la vue s'ouvre sur la côte et la mer d'Iroise. Par beau temps, on voit même le continent. À côté trône un sémaphore militaire et la disgracieuse tour radar. Perchée à 72 mètres de haut, elle a été mise en service en 1982 après le naufrage de l'Amoco Cadiz. Gérée par le Cross (Centre régional opérationnel de Surveillance et de Sauvetage), c'est une vigie d'observation du rail d'Ouessant, couloir emprunté par plus de 50 000 navires par an.

Le phare du Créac'h, l'un des plus puissants au monde

Cap à l'ouest, vers le phare du Créac'h. Avec sa robe rayée noire et blanche, cette autre sentinelle terrienne est l'un des plus puissants phares d'Europe. À 55 mètres de haut, ses éclats blancs portent à 32 miles (plus de 50 km). Pour tous les bateaux croisant dans le secteur, il marque la frontière entre Manche et Atlantique. Les raisons de cette intensité lumineuse sont expliquées au Musée des Phares et Balises, dans l'ancienne salle des machines. Un espace est entièrement consacré aux optiques et aux lentilles. Le dernier gardien à avoir occupé le Créac'h, Patrick Richard, a tiré le rideau en 2017.

Le phare de Nidivic et le phare de la Jument 

Le phare de Nidivic doit son nom au rocher sur lequel il est construit : le Leurvaz an Ividig.

Les trois phares marins ne sont pas accessibles. Nividic est le plus occidental de France. Sur un rocher au large de la pointe de Pern, son faisceau balaye l'horizon depuis 1936. Au sud-ouest, celui de la Jument est auréolé d'histoire. Après avoir échappé à un naufrage en 1878, un rentier, M. Potron, finança sa construction, achevée en 1911. Ses trois éclats rouges portant à 30 kilomètres pouvaient dès lors trouer la nuit. Renforcé au fil des ans, il vit au rythme des tempêtes. En 1974, une déferlante brise la lanterne et noie l'escalier dans l'eau – les gardiens s'étaient réfugiés dans la cuisine. En 1989, des images exceptionnelles d'hélicoptère montrent le phare encerclé par des paquets de mer, tandis que le gardien se tient tranquillement sur le pas de la porte... Automatisé en 1991, il est désormais télécommandé depuis le Créac'h.

Le phare de Kéréon, contre le Fromveur

Reste le phare de Kéréon. Seul à ne pas guider les bateaux sur le rail d'Ouessant, il alerte sur la dangerosité du passage du Fromveur. Un courant très violent peut atteindre ici 16 km/h. Jonché de récifs, ce corridor a vu le naufrage de nombreux navires dont celui, dramatique, du Drummond Castle, en 1896 (lire aussi Molène, p. 24). Fromveur ne signifie-t-il par « grande frayeur », en breton ? Construit à partir de 1907, électrifié grâce à une éolienne et automatisé, ce phare de 41 mètres de haut est le symbole de ces vigies ouessantines qui, depuis des siècles, veillent sur la vie des marins.

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