Entre terre et mer, le Bassin d’Arcachon

Publié par Sophie Denis  |  Mis à jour le

À une heure de Bordeaux, le bassin d'Arcachon dessine un monde à part, fait de stations balnéaires familiales, de petits ports ostréicoles, de plages de sable blond et de cabanes authentiques où déguster des huîtres. Il est aussi un milieu fragile, soumis aux colères de l'océan et aux caprices de l'homme.

Côté mer

Le Bassin d'Arcachon est à découvrir par exemple à bord d'un catamaran, pour une croisière à fleur d'eau. Avec ses 23 mètres de long, 12 de large, 25 tonnes de coque et de voiles, le Tip Top Too se fait remarquer aux abords de la jetée Thiers à Arcachon. Ce catamaran aux allures de grand oiseau embarque pour une virée autour du bassin et de ses merveilles. Le bateau est spacieux, permettant de circuler aisément et peut accueillir jusqu'à 80 personnes. Il n'y a pas longtemps à attendre avant de s'activer : à quelques encablures de la jetée, une belle brise se fait sentir. « On va hisser la voile ! », annonce Sam, un des guides. Le vent s'engouffre dans la grand-voile – 180 mètres carrés, quand même – et le bateau prend aussitôt de la vitesse. Désormais il n'y a plus que le chant de la brise, le rêve peut commencer. À notre gauche, la côte déroule les quartiers d'Arcachon et ses villas Belle Époque, le long des pins un trait blond annonce les plages de Pereire et du Moulleau, autrefois lieu de villégiature du poète Gabriele d'Annunzio. Le guide évoque la présence d'une jolie chapelle, Notre-Dame-des-Passes (XIXème siècle) et de pépites Art déco blotties sous les pins, qu'il faudra découvrir au retour sur la terre ferme.

Une dune modelée par l'érosion marine

Dos rond et blond sous le soleil, voilà la dune du Pilat, la star du bassin qui attire chaque année deux millions de visiteurs. Classée grand site national, elle mesure tout de même 2 700 mètres de long sur 500 de large pour 100 de haut. « Vous avez sous les yeux 60 millions de mètres cubes, formés par l'action du vent et de l'océan. » Si impressionnante soit-elle, la dune n'a pas toujours été là ! Sa formation remonte à huit mille ans, mais sa forme actuelle est due à un énorme banc de sable qui s'étendait au XVIIème siècle en avant de la côte. Le sable a été déposé patiemment par les courants, séché par le vent et est venu se bloquer contre la forêt de La Teste. Sans cesse en mouvement, elle continue à être modelée par le vent et l'érosion marine, qui la fait avancer de trois mètres par an vers l'est. En parlant de vent, voilà qu'il souffle plus fort, l'eau se fait moins lisse. Les passes où les eaux du bassin et l'océan se rencontrent se profilent à l'horizon, passages un peu redoutés par les bateaux. En face de la dune, le guide indique un trait pâle sur le gris-bleu des flots, le banc d'Arguin, petit bout de désert échoué sur l'Atlantique de 4 kilomètres de long, 4 300 hectares et à peine 150 à marée haute. Oiseaux, ostréiculteurs et estivants se partagent ce petit paradis aux allures de plage des Caraïbes. « Chacun y a son bout, car le banc est une réserve naturelle, lieu de reproduction pour la sterne caugek et d'hivernage pour près de 30 000 oiseaux, surtout des limicoles. » Les ostréiculteurs le vénèrent, car les huîtres y poussent plus vite qu'ailleurs. L'été, les bateaux se pressent pour débarquer les familles amatrices d'eaux azuréennes et de coups de soleil carabinés : l'ombre y est rare !

Direction Cap-Ferret

Retour sur le bassin, cette fois-ci en longeant la côte Noroît de la presqu'île. D'abord, le Cap-Ferret et ses villas cachées qui font rêver. Surgissant au-dessus des pins, la silhouette blanche coiffée de rouge du phare en est le point culminant. La presqu'île est une suite de bonheurs de petits ports ostréicoles que nous distinguons à bâbord : L'Herbe, le plus charmeur, Le Canon, Piraillan, Piquey, Claouey. À tribord, les deux célèbres silhouettes se précisent. Perchées sur leurs échasses, en équilibre entre le ciel et l'eau, les cabanes tchanquées – de chanca, échasse en gascon – annoncent l'île aux Oiseaux. Elles étaient autrefois habitées par les gardiens des parcs à huîtres. Il y en a deux, gérées par la mairie de La Teste, la plus ancienne (1883) ayant disparu dans une tempête en 1943. Construite en 1948, la 53 aux volets blancs, endommagée par la tempête de 1999, a été détruite, puis rebâtie. Plusieurs bois ont été utilisés : exotique pour les pilotis, chêne pour le plancher, pin maritime pour les cloisons. La numéro 3, marron aux volets rouges, devrait aussi être réhabilitée à la fin de l'année, grâce à une campagne de financement lancée par la mairie de La Teste.

Une vie de Robinson

L'île se précise, plate, recouverte d'une végétation rase, d'où émerge de temps en temps un pin esseulé. Au fur et à mesure du tour par le nord et l'est, d'autres cabanes, non tchanquées, apparaissent. On compte une cinquantaine de baraques d'ostréiculteurs, noires aux volets de couleur, réparties en six hameaux disséminés. Elles sont louées pour une durée de sept ans suivant un règlement drastique à quelques privilégiés qui ont montré patte blanche. Sans électricité, de l'eau qui vient du ciel, sans wi-fi, l'endroit attire les amateurs de vie sauvage. Enfin, il est l'heure de rentrer.

 

Côté terre

S'il est vrai que ce bout de bassin a un petit air de paradis, le chemin qui y mène peut ressembler à l'enfer certains jours d'été. Oubliez votre voiture pour vous y rendre et embarquez sur la navette Transbassin au départ de la jetée Thiers à Arcachon. Vous ne regretterez pas les 30 minutes de traversée jusqu'à Bélisaire, au milieu des voiliers, des pinasses et des mouettes. Le Cap-Ferret est un endroit à part et lui rendre visite en bateau est un hommage naturel à son caractère quasi insulaire. Ici, il n'y a rien à visiter, excepté le phare. On tombe sur des maisons de particuliers, des pins à foison, des parcs à huîtres dans les eaux de baignade, des cabanes, des bassins de décantation, des collecteurs sur le sable… et se mêlent de puissants effluves, mélanges d'iode, de senteurs balsamiques et de fragrances de coquilles d'huîtres qui sèchent au soleil. Le charme opère, ou pas. Ceux qui aiment ouvrent grands leurs yeux, hument, goûtent une lumière à marée basse ou un envol d'aigrettes, écoutent le grondement sourd de l'océan, toujours en arrière-fond, ont une brusque envie de balades à vélo ou de randos photo. Certains se contentent de rêvasser, tout simplement, le nez sous les pins, guettant le passage d'une famille d'écureuils… Le Cap, on l'aime ou pas, c'est instantané. À votre arrivée à Bélisaire, vous avez le choix ! À pied ou à vélo ? Les deux-roues ont ici la vie belle, sur les 200 kilomètres de pistes cyclables ou même sur les petites routes, où elles sont toujours prioritaires, même devant les Porsche et les SUV rutilants !

La belle demeure de Jean Anouilh

De Bélisaire à la pointe, il faut compter dix kilomètres aller-retour. Incroyable, mais au début du XXème siècle un tramway reliait les deux ! À gauche de la jetée, traversez les terrasses des deux restaurants et rejoignez la promenade, rebaptisée Jean-Anouilh, en hommage au dramaturge bordelais, amoureux du bassin. Il avait acheté en 1957 une maison sur la plage. Imposante avec son toit à débord soutenu par des colonnettes, la villa Les Pêcheurs est toujours là, à gauche de la placette en face de l'église. C'est là que l'auteur d'Antigone partageait avec son ami Marcel Aymé, lui aussi un fou du bassin, virées en mer sur son voilier, le Tamarisk, dégustation d'huîtres et parties de billard. Continuez par la plage ou par le « boulevard » de la Plage, qui colle au plus près le rivage. Voici le quartier des pêcheurs et ses cabanes de poupée, qui font les coquettes avec leurs volets colorés, leurs toits en forme d'étrave de bateau et leurs terrasses croulant sous les fleurs. Flirtant avec l'eau, la route de la Conche mène droit au Mimbeau, un des plus beaux endroits de la presqu'île. Séparée du bassin par une langue de sable, une lagune, qu'ici on appelle « lugue », est habitée d'oyats, de tamaris et d'oiseaux qui viennent picorer dans les herbes découvertes par la marée.

Les 44 Hectares

Un sentier fait le tour de la Conche et continue jusqu'au restaurant Chez Hortense. Suivez-le et ouvrez les yeux ; vous avez devant vous, jouant à cachecache sous les pins, les plus belles villas de la pointe. Parmi les plus anciennes : Les Courlis, dont la façade s'orne d'un motif avec deux oiseaux ; à côté, La Ruche, typique avec sa construction de plain-pied, ses toits de tuile et ses volets vert clair ; Isabelle, qui affiche un air presque normand et un superbe jardin paysager ; La Pagode, elle, se veut coloniale avec sa toiture à quatre versants soutenue par de fines colonnes ; enfin, la très belle Marie-Jeanne, construite en 1908, première maison en dur de la pointe, avec ses deux pignons surplombant deux vérandas reliées par une galerie. Vous êtes dans le saint des saints, les fameux « 44 Hectares » à la pointe du Cap ; à l'origine, en 1905, un lotissement dévolu à une cinquantaine de particuliers, aujourd'hui repaire de fortunés et de people en quête de naturel. Après Chez Hortense, il devient difficile de suivre le sentier. Le littoral est sans cesse grignoté par les courants violents des passes. Rejoignez la route qui mène à la plage de la Pointe. Bienvenue au bout du bout, face à l'océan.

Sujets associés