Ancienne base sous-marine au port de la ville
Trois cents mètres de long, des murs de quatre mètres d’épaisseur... Au cœur du port de Saint-Nazaire, l’ancienne base sous-marine allemande en impose. Bâti sur les quais d’où, avant-guerre, les paquebots à vapeur appareillaient pour l’Amérique, ce gigantesque bloc de béton a abrité de 1941 à 1945 les redoutables U-Boote de la Kriegsmarine, tapis dans 14 alvéoles remplies d’eau... « Dernière ville française libérée par les Alliés, Saint-Nazaire est sorti de la Seconde Guerre mondiale détruit à 80 % par les bombardements, mais cette base sous-marine a tenu bon. En 2000, la Ville a décidé d’en faire un atout », explique Stéphane Le Naour, technicien responsable des espaces publics de Saint- Nazaire. Comment ? En y créant Escal’Atlantic, un musée à la gloire des paquebots de légende sortis des chantiers de l’Atlantique comme le Normandie ou le France. Sitôt franchie la passerelle d’embarquement, la porte du grand hall s’ouvre. Luxe, calme et nostalgie. Dans les pas des passagers d’autrefois, les visiteurs explorent les ponts, les coursives, les cabines, les salons reconstitués avec leur mobilier d’origine... Puis ils grimpent sur le toit-terrasse de la base pour profiter de la vue panoramique. À l’Est, l’estuaire de la Loire et la « forme B » des Chantiers de l’Atlantique, où est actuellement construit le paquebot géant World America ; à nos pieds, le bassin et ses bateaux de pêche.
Colosses de métal
Voilà un émouvant point de départ pour une balade de 10 kilomètres qui va nous mener de la ville aux plages. Emboîtant le pas à nos guides d’un jour, Stéphane Le Naour et Xavier Dupont, bénévole de la Fédération française de randonnée, on suit les quais pour découvrir les architectures métalliques du pont levant et du pont tournant, l’usine élévatoire des eaux et sa cheminée en briques puis la place du Commando. « Son nom célèbre le souvenir de l’opération Chariot, lancée en mars 1942 par les Britanniques, reprend Stéphane. L’objectif était de rendre inutilisables les infrastructures du port occupé par l’ennemi grâce à un cheval de Troie, un destroyer maquillé en navire allemand et bourré d’explosifs. Bilan : quelque 300 morts des deux côtés, beaucoup de confusion et un premier coup porté au mur de l’Atlantique. » Aujourd’hui, face à la mer, les terrasses de café ont poussé à l’ombre des pins et la guerre paraît bien loin. Un coup d’œil aux trois sculptures monumentales – Le Pied, le Pull-over et le Système digestif –, installées au pied de la jetée par l’artiste Daniel Bewar, puis on remonte l’avenue des Sables, dans le quartier des Antilles. Ses demeures cossues, ornées de balcons et de dentelles, disent la fortune des familles d’armateurs nazairiens, héritée de l’époque du commerce triangulaire...
Une pause déjeuner au Papillon, bar sur la plage de Villès-Martin, et nous voilà repartis sur les premiers kilomètres du fameux GR34, qui longe les côtes bretonnes sur deux mille kilomètres. Voilà belle lurette qu’on n’y croise plus de douaniers, casquette vissée sur la tête, scrutant le large à l’affût des contrebandiers. Mais que l’escapade est plaisante sur ce sentier qui se faufile sous les chênes verts, à flanc de falaise. Kerlédé, Kerloupiots, Bonne Anse, Porcé... Dans chaque trouée de verdure, les criques invitent à la baignade, la mer scintille.
Le paradis des pêcheurs
En chemin s’égrènent de nombreuses pêcheries, ces cabanes sur l’eau typiques de la côte Atlantique. Près de la plage de Trébézy, Roland Dupont, ingénieur retraité, a acheté la sienne il y a quelques années et y vient presque tous les jours à vélo. Pour actionner son carrelet, il lui suffit de tourner la manivelle : sous nos yeux, le voilà qui remonte dans ce grand filet une poignée d’éperlans. À n’en pas douter, le sentier des Douaniers est le paradis secret des pêcheurs et des randonneurs du coin. Pas si simple pourtant de l’entretenir pour les services techniques de la Ville. « Le système racinaire de la végétation et l’écoulement des eaux pluviales, aggravé par l’urbanisation du secteur, fragilisent les falaises de gneiss, une sorte de granit compacté, explique Stéphane. Pour sécuriser le GR, on a dû consolider certaines des parois avec des systèmes de filets. Et l’unique moyen pour dégager les branchages sur les criques, c’est d’y aller à marée basse, avec des chevaux de trait ! »
Passé le phare d’Aiguillon, construit au XVIIIe siècle, nous voici arrivés à la pointe de l’Ève, qui s’avance en promontoire à la jonction de l’estuaire de la Loire et de l’océan Atlantique. Sur la lande surgissent d’étonnants vestiges de batteries, assorties de toits en pignons. Construites par les Français, elles ont été transformées par les Allemands pour évoquer de loin des silhouettes de maisons... Ces leurres cachent une fourmilière de salles et de couloirs souterrains. « C’est d’ici que la Kriegsmarine a pilonné la flottille britannique lors de l’opération Chariot, en 1942 », précise Stéphane.
Le parc éolien au loin
Au large se dessinent les silhouettes blanches du parc éolien en mer de Saint-Nazaire. Longeant la plage de la Courance, le GR34 arrive sur la plage de Saint-Marc-sur-Mer. C’est dans cette croquignolette station balnéaire que Jacques Tati tourna en 1951 Les Vacances de M. Hulot, film devenu culte. Penchée à la terrasse de l’Hôtel de la Plage, la statue en bronze du cinéaste, chapeau sur la tête et pipe au bec, semble surveiller le large...