Que faire aux Saintes, en Guadeloupe ?

Publié le par Philippe Bourget

Il est possible de devenir dépendant… d'une dépendance. Archipel de neuf îles égrenées au sud de Basse-Terre, dont deux seulement sont habitées, les Saintes sont une « destination dans la destination » si pittoresque que l'addiction guette chaque visiteur. Dans un décor de rêve, des airs de village flottent, légers et entêtants…

Profiter de la traversée en bateau vers les îles

Embarquer est depuis toujours synonyme d'aventure et de temps suspendu. La traversée vers Les Saintes ne déroge pas à la règle, petite navigation ensoleillée où Saintois et touristes cohabitent pour rallier ce que beaucoup considèrent comme une Terre promise. A Trois-Rivières, à Basse-Terre, deux compagnies maritimes se font concurrence pour desservir Terre-de-Haut. Le matin sur le port, c'est la foire d'empoigne automobile. Gare à celui qui arrive en retard ! L'embouteillage guette et faute de trouver une place de stationnement – rares -, il faudra attendre le bateau suivant…

Plusieurs navires desservent Les Saintes. Ceux qui permettent de s'installer sur les ponts à l'air libre sont bien sûr les plus intéressants. A bord, on reconnait aisément les locaux. Peaux métissées, yeux parfois verts et cheveux tirant vers le blond, ce sont les Saintois. Rien de plus normal, la majorité des habitants de l'archipel descend de colons Normands, Bretons et Angevins. Avec son climat sec, Les Saintes n'ont jamais été une terre de canne à sucre. Conséquence, l'esclavage y a été très limité et les îles se sont peuplées de Français ayant très tôt fait de la pêche leur principale activité. Ils y excellent toujours.

Un petit regard en arrière sur Basse-Terre vous permettra peut-être d'apercevoir le sommet de la Soufrière. Elle se dégage rarement des nuages mais quand c'est le cas, le spectacle mérite une série de clichés. Des photos, il faut en prendre aussi lorsque le bateau – la traversée depuis Trois-Rivières dure une vingtaine de minutes – entre dans la baie de Terre-de-Haut. Certains l'ont classé parmi les « plus belles du monde ». C'est sans doute exagéré mais il faut reconnaitre que l'écrin, avec ses mamelons boisés dominant le tapis de toits rouges des maisons du village, est remarquable. Ne reste plus qu'à le découvrir à terre…

Se balader dans le village de Terre-de-Haut

Pour ceux qui connaissent, l'ambiance au débarcadère de Terre-de-Haut ressemble à celle que l'on rencontre en haute saison à l'île de Porquerolles, lorsque le bateau arrive de la presqu'île de Giens. Même effervescence, même foule bruyante agglutinée sur la place, même rabatteurs… sous un soleil de plomb. Il faut laisser passer l'orage… Quand chacun s'est éclipsé du village en direction des plages ou du fort Napoléon, Terre-de-Haut retrouve un semblant de calme.

On prend alors plaisir à observer les maisons de pêcheurs colorées posées les pieds dans l'eau, les voiliers au mouillage dans la baie, les belles villas créoles à étages, l'ambiance commerçante des rues Jean Calot et Benoît Cassin, le beau clocher recouvert de bois de l'église, la mairie jaune-bleue-rouge et cette nonchalance proverbiale propre à toutes les « îles à pied » - en dépit de la furia des scooters aux mains des ados…

A l'arrière du port, les rues du Marigot, de Fréminville, de la Marine ou Théodore Samson sont plus tranquilles. Les gourmands n'auront pas à s'inquiéter : les restaurants de poissons ont pignon sur rue (La Saladerie, ruelle de l'Anse Mire, est excellent) et ils dégusteront aussi le célèbre tourment d'amour, gâteau local fourré à la noix de coco, vendu partout. Ou bien un ice-cream chez Cesibon, le meilleur glacier de l'archipel, rue Jean Calot.

Visiter le fort Napoléon

Il domine l'entrée de la baie des Saintes. Principal site patrimonial de l'île, c'est un lieu de visite incontournable. Cela grimpe pour y aller (comptez 30-40 mn à pied depuis le débarcadère) mais on peut louer vélos électriques, scooters et voiturettes de golf (voir ci-dessous). Et même prendre un taxi.

Ce fort raconte d'une certaine manière l'histoire mouvementée des relations entre la France et l'Angleterre. Les deux pays se sont longtemps disputés la Guadeloupe. De 1759 à 1763, les Britanniques occupent les Saintes et une partie de Basse-Terre et de Grande-Terre. Le Traité de Paris, en 1763, restitue l'ensemble à la France. A la place d'une vieille redoute, les Français édifient alors un fort sur ce morne, à partir de 1777. Objectif : protéger l'accès à la rade. Le dispositif est complété par le fort de la Reine, bâti en face sur l'îlet à Cabrit. Mais en 1782, nouvel affrontement avec les Anglais : la bataille maritime des Saintes est suivie, moins de 30 ans plus tard, par les guerres napoléoniennes. Les Anglais réoccupent les Saintes et rasent le fort. Après le nouveau Traité de Paris de 1814, qui remet la Guadeloupe entre les mains des Français, il sera reconstruit de 1816 à 1840, puis renforcé de 1844 à 1867.

Jamais utilisé à des fins strictement militaires, il servira de camp d'internement pendant la seconde guerre mondiale puis de site d'accueil pour des colonies de vacances. Le bâtiment central est désormais un musée, dédié à l'histoire des Saintes (old fashion mais instructif), doublé d'un jardin botanique où se baladent parfois des iguanes. On peut effectuer à pied le tour des bastions et profiter ainsi de beaux panoramas sur les Saintes.

Circuler en vélo électrique ou en scooter (voire en voiturette de golf)

Amis marcheurs, aux Saintes, il fait chaud, très chaud. Et le relief n'est pas celui de la Belgique… Du coup, l'idée de louer un deux roues s'impose sans trop de difficultés. Aux vélos classiques, parfaits pour ceux qui souhaitent perdre… des litres d'eau, les prestataires ajoutent désormais une offre de VAE, les fameux Vélos à Assistance Electrique. Evidemment opportun lorsqu'on sait que les routes sont plutôt abruptes. Mais l'assistance ne fait pas tout et il faut toujours pédaler… Alors, il y a les scooters. Le défilé des couples – plutôt jeunes – pétaradant sans effort dans les côtes pour atteindre le fort Napoléon, alors que les piétons suent sang et eau à côté, est assez marquant pour envisager cette option. Elle permet en prime de faire en une seule journée le tour de l'île, pas si grande au demeurant – 522 ha. Ainsi pourra-t-on se rendre sans effort au Marigot et à la plage de Pompierre, du côté de l'Anse Rodrigue et de la plage de Grande Anse, et même pousser à l'ouest en direction de la Pointe de Bois Joli, face à Terre-de-Bas.

Ceux que le deux-roues indispose (ou bien les familles de 3 à 4 personnes) ont une dernière option : la voiturette de golf. On peut en louer près du débarcadère, histoire de circuler plus confortablement, protégé du soleil par la capote. A la journée, compter 10-12 € le vélo, environ 20 € le VAE, 30 à 45 € le scooter (selon la cylindrée) et 60 à 80 € la voiturette de deux à quatre places.

Se prélasser sur la plage de Pompierre

Pompierre est l'une des plages cultes de la Guadeloupe. Autant dire que si l'on décide de partir à la journée aux Saintes, il convient d'embarquer serviette, maillot et crème solaire ! Pompierre est facile d'accès depuis le débarcadère. Deux itinéraires sont possibles : par la rue Jean Calot à gauche puis la route de Maison Blanche et la rue de la Saline (cela grimpe un peu) ; par les rues Breta, Samson et du Marigot, en « coupant » à travers le village (c'est plus facile). Reste ensuite à descendre la rue de Pompierre en longeant le stade jusqu'à la barrière d'accès menant à la plage.

Le site est idyllique, creusé au fond d'une baie quasi fermée. Une forêt de cocotiers au premier plan invite à étendre sa serviette, avant de goûter au plaisir de la baignade dans une anse protégée de la houle par un immense rocher formant un verrou au large. Quelques tables et bancs en bois sont disposés pour les déjeuners pique-nique. Il peut y avoir du monde mais rarement une foule compacte. Le seul problème survient lorsque les algues brunes – les détestables sargasses – se glissent dans la baie. Leur amoncellement sur la plage fait fuir les baigneurs. Il reste alors la solution de longer les rochers par la droite. En 5 à 10 mn, on rejoint une plagette de sable vierge, depuis laquelle on rejoint facilement en nageant, voire en marchant (il y a banc de sable), le fameux rocher protecteur. Quoiqu'il arrive, ne pas quitter Les Saintes sans avoir vu Pompierre !

Grimper à pied au Chameau

Le Chameau : tel est le nom du point culminant de Terre-de-Haut, une bosse (une seule !) dont l'intérêt naturaliste et patrimonial n'est pas exceptionnel mais qui offre l'avantage d'offrir une vue panoramique sur tout l'archipel des Saintes, et même au delà. Et puis l'homme est ainsi fait : dès qu'il voit un point culminant quelque part, il faut qu'il s'avise de le vaincre ! Vous ne devriez donc pas être seul à entreprendre l'ascension, même si la pente, raide, dissuade beaucoup de visiteurs. Depuis le débarcadère, le sommet se trouve à environ 3,5 km. Il faut s'échapper du village par la rue Benoit Cassin (au sud) et rejoindre la route du Bois Joli, en direction de la plage du Pain de Sucre. Puis, alors que la route entre dans un secteur boisé, il convient de prendre à gauche celle qui monte « dré dans l'pentu », comme diraient les savoyards (panneau « Le Chameau », s'il est toujours là…). Le goudron guidera ainsi vos pas jusqu'au sommet, après avoir avalé 6 à 7 lacets (prévoir de l'eau et un chapeau) à travers la forêt sèche. En chemin, il est possible d'apercevoir des iguanes et des cabris sauvages. Côté flore, des frangipaniers et des grandes centaurées jalonnent le parcours. Au sommet, occupé par une vieille tour carrée en pierre, la vue à 360° est époustouflante sur les Saintes (Terre-de-Bas, Grand Îlet, Îlet à Cabrit), Basse-Terre, Marie-Galante et, au sud, par beau temps, sur l'île de la Dominique. C'est la récompense d'une grimpette monotone et plutôt fastidieuse.

S'échapper à Terre-de-Bas

Depuis Trois-Rivières (sur Grande-Terre), en desserte directe ou via Terre-de-Haut, des bateaux font la liaison avec Terre-de-Bas, « l'île oubliée ». On dit cela car comparée à Terre-de-Haut, sa voisine très fréquentée, Terre-de-Bas se targue d'avoir conservé une véritable authenticité saintoise. L'île est plus grande (945 ha), plus sauvage, plus « nature », avec des plages – sans vouloir vexer les Saintois de Terre-de-Haut -, peut-être encore plus belles. On peut toujours y croiser quelques anciens, torses nus, portant le traditionnel salako, ce couvre-chef typiquement local (fabriqué sur l'île, il reste un artisan) protégeant du soleil autant que de la pluie – quand elle tombe, ce qui est rare aux Saintes. Bref, un peu à l'écart de l'agitation touristique, Terre-de-Bas, réputée aussi pour son activité de pêche et pour ses spots de plongée, est l'incarnation de l'île intègre. Pour se déplacer, il ne faut pas hésiter à emprunter les minibus qui font la liaison entre les deux villages de Grand Anse (où arrivent les bateaux) et de Petite Anse. De là, vous pourrez aisément marcher vers les plages ou emprunter l'un des quatre sentiers de randonnées balisés. Terre-de-Bas, un vrai dépaysement !

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