Les phares sont des fabriques à rêves. Et celui de l’île Vierge, longue colonne de pierre arrimée sur quelques arpents de roches entre la mer d’Iroise et la Manche, ne déroge pas à la règle. En cette journée de juin, la mer fixe dans notre rétine l’image d’un édifice trônant sur des eaux lisses taguées de nuances marines. La sentinelle, à 1 500 mètres des côtes, fascine. Haut de 82,5 mètres, le phare de l’île Vierge est le plus élevé d’Europe. Quand on débarque face au géant, il faut se tordre le cou pour observer la lanterne qui a une portée de 50 kilomètres. C’est pour atteindre de tels records qu’il est bâti au tournant du XXe siècle. Le premier phare de l’île, datant de 1845, modeste tour blanche située dans son ombre, ne mesure que 33 mètres. Sa base carrée abritait la maison des gardiens. En octobre 2010, l’idée a germé d’y établir un gîte pour les amoureux de la mer.
Gîte dans une maison insolite
En poussant les portes de l’ancien phare, on découvre un hébergement confortable et contemporain. Au rez-de-chaussée, le sol en granit et des voûtes blanches servent d’écrin à un salon et à une salle à manger au décor rustique chic : table en bois, vieilles malles, luminaires en laiton chinés sur des bateaux. Les détails sont soignés : belle vaisselle, interrupteurs à l’ancienne, bouquets de fleurs séchées... À l’étage au parquet en chêne à chevrons, quatre chambres, dont deux avec des lits clos, et des fenêtres qui ouvrent sur des tableaux vivants. La brise marine et les ricanements des oiseaux emplissent la pièce dès qu’on entrouvre les battants de verre. Derrière une porte dans l’escalier, le vent joue une autre musique. Un mystérieux sifflement guide les curieux vers le sommet du vieux phare qui accueillait autrefois la lanterne. Derrière les vitres chauffées par le soleil, le regard divague sur cette île de 6 hectares ceinturée de rochers.
Entre juin et septembre, des visites guidées dévoilent les secrets du géant bâti en kersantine. À l’intérieur, un interminable escalier s’enroule contre les parois aux reflets bleutés. Au sommet, sur le chemin de veille balayé par le vent, le sentiment d’altitude s’impose. Les bateaux ne sont que des points minuscules. « Par temps clair, on peut voir jusqu’à l’île de Batz à l’est et Ouessant à l’ouest, souligne Dominique Cardinal, ancien marin et animateur de visite. Le phare a toujours fonctionné sauf pendant l’Occupation. Les Allemands l’allumaient quand leurs bâtiments croisaient dans les parages. » Bien d’autres histoires viendront nourrir les rêveries sur cette île le temps d’une nuit.