Les poules du Queyras, dit-on, picorent des étoiles. C’est un si haut pays… Les montagnes qui encadrent ses vallées sont si escarpées que leurs cols se trouvent pris, dès l’automne, sous des mètres de neige. En hiver, la seule voie d’accès reste un canyon étroit : la combe du Queyras. Depuis Mont-Dauphin, dont la citadelle contrôle la Durance au sud de Briançon, la route grignote patiemment la pente, virage après virage. Puis elle s’accroche entre les eaux du Guilet les parois de la gorge. Une fois engagé dans les chicanes et les surplombs de la combe du Queyras, on finit par oublier que le ciel existe. Enfin la vallée s’élargit. Sur ses pentes s’étale un patchwork d’alpages et de forêts de conifères. On y repère, çà et là, les cubes sombres des chalets d’estive. En altitude, des hameaux alignent maisons et bergeries au-dessus du vide, face au sud pour profiter d’un maximum de soleil. Plus haut s’allongent des crêtes acérées, successions de dents de scie à 3000 mètres d’altitude. Elles délimitent le Queyras. Et de ces sommets, des torrents cascadent, ouvrant chacun leur vallée comme autant de microcosmes.
Tourisme pittoresque en altitude
Pour découvrir le plus secret du Queyras, la remontée de la vallée du Guil offre une bonne approche. Après Château-Queyras et sa forteresse médiévale, le Guil roule des eaux assagies, la route s’élargit, voici Aiguilles. Le bourgne laisse pas de surprendre : un petit château façon Belle Époque, de grandes maisons bourgeoises, une mairie cossue avec crépi coloré et pierres de taille… Au milieu du siècle dernier, découragés par l’incendie du village – le feu a toujours été la hantise des villages queyrassins quelques habitants s’expatrièrent en Amérique du Sud. Les fortunes acquises en Argentine, au Brésil et au Chili financèrent ces petites folies. Abriès annonce aujourd’hui le fond du Queyras et la haute vallée du Guil. Ici, nous faisons un saut à travers les siècles : dans le bois de Praroussin, les énormes mélèzes filent droit vers le ciel. Leur écorce épaisse, grenue, fait penser à la peau d’animaux préhistoriques. Il est vrai que lorsqu’il atteint 200 ans, le mélèze fournit un boisde charpente quasi imputrescible, comme en témoignent les chalets de Saint-Véran. D’Abriès, nous poursuivons par la montée aux lacs du Malrif, à 2500 mètres d’altitude, mais facile d’accès. Passer sur la rive droite du torrent, monter en haut du village et suivre le sentier du chemin de croix, qui rejoint le GR58. D’oratoire en oratoire, on s’élève au-dessus du Gui puis du torrent du Malrif. On atteint le hameau de Malrif et la cabane des Bertins. Ici, la pente devient raide et l’on grimpe de lacet en lacet avant d’atteindre le premier lac : le Grand Laus. Il faut une rude ascension pour atteindre le Petit Laus et le lac Mézan. Mieux vaut donc redescendre vers Aiguilles via le Serre de l’Aigle, en suivant la variante du GR58. On passe par la bergerie du Lombard, le hameau des Eygliers et le chalet de la Pause. Pour revenir à Abriès, soit on a laissé une voiture à Aiguilles avant de partir ; soit on revient en longeant le Guil. Le plus rapide est de suivre la D947. Mais il est plus agréable, au deuxième pont, de se diriger vers l’aire de camping du Gouret, de la traverser et de poursuivre jusqu’à Abriès par la piste qui longe la rive gauche du Guil.
Saint-Véran, l'un des plus beaux villages de France
Parce que, perché à 2040 mètres d’altitude, c’est la plus haute commune d’Europe, Saint-Véran est envahi toute l’année. Le coup d’œil vaut le détour cependant, d’autant plus que le village est interdit aux voitures. On admire ainsi à loisir les plus fantastiques des chalets : on croirait que des architectes se sont abandonnés au délire pour superposer balcons et galeries, et développer les toitures des granges au-delà du raisonnable. Certaines de ces demeures tiennent pourtant debout depuis le XVIIe siècle ! Et leur couleur noire est la teinte que prend naturellement au fil des années le mélèze dont ils sont construits.