Ce qu'il faut voir à Toulon : le week-end idéal

La fontaine de la Fédération, place de la Liberté. Cette œuvre monumentale delafindu xixe siècle trône au cœur du carré hauss- mannien de la haute ville. Ses trois statues symbolisent la Justice, la Force et la Liberté. - © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

Publié le par Tuul Morandi

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • La visite débute au musée de la Marine, installé dans un ancien portail monumental de l’arsenal de Toulon. On y découvre l’histoire du plus grand port militaire français en Méditerranée, base du porte-avions Charles-de-Gaulle.
  • Le centre historique, autrefois surnommé le "Petit Chicago", renaît grâce à une vaste rénovation : rues piétonnes, galeries d’art, places animées et hommages à Raimu ponctuent la balade.
  • Le marché du cours Lafayette offre une explosion de saveurs et de couleurs provençales, avant une immersion dans les ruelles médiévales menant à la cathédrale Notre-Dame-de-la-Seds et aux halles Art déco.

Jour 1.

9 h : le musée de la Marine

La journée commence place Monsenergue où nous avons rendez-vous avec Martine Vigneron, guide-conférencière amoureuse de sa ville. D’emblée, elle attire notre attention vers l’attrait principal de la place, le musée de la Marine, imposant monument au magnifique portail Louis XV flanqué de quatre colonnes en marbre. « Imaginez que ce gigantesque portail a été déplacé en 1974. À l’origine c’était la porte d’entrée de l’arsenal de Toulon », explique-t-elle en pointant l’immense base navale qui s’ouvre à proximité du musée.

Dix kilomètres de quais, 268 hectares de superficie, une dizaine de bassins... l’arsenal, qui ne se visite pas, est le port d’attache du porte-avions Charles-de-Gaulle, fleuron de la Marine nationale. Avec sa situation particulièrement favorable, grâce à deux rades abritées de la houle, le port de Toulon était déjà un poste stratégique maritime important dès l’Antiquité avant de devenir le plus grand port militaire français en Méditerranée. Le musée de la Marine retrace minutieusement cette histoire.

10 h : le quartier de la rue des Arts

Les terrasses ombragées pullulent sur les agréables placettes toulonnaises.
Les terrasses ombragées pullulent sur les agréables placettes toulonnaises. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

Réputée pour abriter l’un des plus grands arsenaux de France, la capitale du Var a bien d’autres cordes à son arc. Son cœur historique, longtemps délaissé et délabré, a fait l’objet d’un vaste programme de rénovation, une « patrimonialisation » de premier ordre. « La vieille ville avait mauvaise réputation, à l’image du quartier surnommé le “Petit Chicago”, dont les immeubles vétustes servaient d’antres aux bars malfamés et à la prostitution », explique Martine.

Quittant le port, nous arpentons les ruelles de la vieille ville, jadis délabrée et surnommée le « Petit Chicago ». Aujourd’hui, le quartier résolument branché est devenu le repaire des artistes locaux
Quittant le port, nous arpentons les ruelles de la vieille ville, jadis délabrée et surnommée le « Petit Chicago ». Aujourd’hui, le quartier résolument branché est devenu le repaire des artistes locaux. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

Difficile à imaginer en observant la place de l’Équerre, le cœur de l’ancien « Chicago » où s’alignent désormais terrasses de restaurants, cafés et bars branchés. La rue Pierre-Sémard, rebaptisée la « rue des Arts », allusion à ses nombreuses galeries et boutiques de créateurs, témoigne de cette métamorphose. Avec ses rues piétonnes encadrées d’immeubles colorés, le vieux Toulon séduit. De là, on flâne dans le dédale des rues, on déambule jusqu’à la place du Globe. En son centre, un globe terrestre en acier fait office de fontaine, une agréable pause fraîcheur pour contempler les façades ocre, jaunes et roses qui entourent le lieu. Dans un angle, la silhouette de deux bagnards rappelle que Toulon accueillait le plus grand bagne de France, de 1748 à 1873. Passages voûtés et ruelles labyrinthiques agrémentent la traversée de la rue du Noyer qui débouche sur la place Raimu. En ville, nombreux sont les hommages rendus à l’acteur Jules Auguste Muraire dit « Raimu », né à Toulon en 1883, comme ici avec une sculpture de bronze représentant la partie de cartes entre César et Panisse d’après Marcel Pagnol, deux chaises restant libres, comme une invitation.

La rue du Noyer et sa gigantesque fresque murale.
La rue du Noyer et sa gigantesque fresque murale. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

11 h : le cours Lafayette

En longeant la rue Henri-Seillon depuis la place Raimu, on tombe sur le cours Lafayette et son célèbre marché provençal. « Il y a tout au long des marchés de Provence / Qui sentent, le matin, la mer et le Midi / Des parfums de fenouil, melons et céleris / Avec dans leur milieu, quelques gosses qui dansent [...] », chantait Gilbert Bécaud, cet autre artiste natif de Toulon.  Plus de 80 étals aux mille couleurs s’étendent sur cette voie qui part du front de mer, place Louis-Blanc, et se prolonge jusqu’à la rue de Lorgues et la place du Pavé-d’Amour, ancien lieu de rendez-vous des dames de petite vertu qui venaient y exercer un autre genre de commerce... Avalanche de fruits et de légumes, mais aussi friperie, mercerie et autres gadgets... tout s’y vend. De même, les spécialités locales ne manquent pas, comme la bourride, genre de bouillabaisse à base de poissons blancs, ou la cade toulonnaise, fine galette à base de farine de pois chiche et d’huile d’olive cuite au four à bois. La recette aurait débarqué dans le Var au XIXe siècle dans la musette des travailleurs immigrés italiens, quand les cris « è caldo » (« c’est chaud ») des vendeuses ambulantes animaient le marché.

On quitte à regret cette ambiance en empruntant la rue de la Cathédrale pour une immersion médiévale. Certainement le quartier le plus ancien de la ville, avec la cathédrale Notre- Dame-de-la-Seds construite sur la base d’une église primitive du Ve siècle, lorsque Toulon était un siège épiscopal. Aujourd’hui, l’édifice primitif a disparu, mais on peut encore distinguer l’église romane du XIe siècle, et notamment la chapelle Saint-Joseph, « elle était le cœur de l’ancienne église avant les travaux d’agrandissement du XVII e siècle qui ont tout modifié », précise notre guide. À deux pas de là, en prenant la rue des Boucheries, nous découvrons la place des Halles et son bâtiment Art déco qui abrite un marché convivial où quelque 25 artisans et commerçants des métiers de bouche rivalisent de talent pour attirer le chaland, de quoi se sustenter dans un décor moderne et chaleureux.

14 h : de place en place

Le quartier des Halles, ancien centre médiéval de la ville. Ici, la place Vincent-Raspail, dont le sol est recouvert d’œuvres de street art.
Le quartier des Halles, ancien centre médiéval de la ville. Ici, la place Vincent-Raspail, dont le sol est recouvert d’œuvres de street art. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

Le vieux centre est agrémenté d’innombrables places pittoresques souvent embellies de fontaines, à l’image de la charmante place Vincent-Raspail située derrière les halles. Mais l’une des plus populaires reste la place Puget, avec sa fontaine des Trois-Dauphins évoquant un jardin suspendu foisonnant de mousses et de fougères. À l’ombre de ses platanes, les terrasses des cafés, brasseries et hôtels semblent ne jamais se désemplir. Au XIXe siècle, cette place était le principal lieu d’arrivée et de départ de Toulon. Parmi les illustres voyageurs figuraient George Sand, qui fit escale ici lors d’un séjour de convalescence, ou encore Victor Hugo, qui s’est largement inspiré du bagne de Toulon pour son chef-d’œuvre Les Misérables.

La place Victor-Hugo et l’Opéra, splendide bâtisse néo-classique.
La place Victor-Hugo et l’Opéra, splendide bâtisse néo-classique. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

La place Victor-Hugo justement, la plus belle de la vieille ville, abrite l’Opéra de Toulon aux allures de temple grec. Le monument de style néoclassique, jadis nommé le « Grand Théâtre », s’enorgueillit d’avoir été inauguré en 1862, soit treize ans avant l’Opéra Garnier de Paris. Sa façade nord donne sur le boulevard de Strasbourg qui marque la frontière entre la basse ville, où s’enchevêtrent ruelles et placettes ombragées, et la haute ville, à l’architecture haussmannienne. En prenant le boulevard sur la gauche, la place de la Liberté est toute proche. Spacieuse et aérée, elle déroule son esplanade et son imposante fontaine de la Fédération. En toile de fond, le Grand Hôtel, ravissant édifice Belle Époque, rappelle un temps où les aristocrates venaient nombreux sur la Côte d’Azur. Aujourd’hui, l’emblématique bâtisse héberge le Théâtre Liberté, codirigé par Charles Berling.

15 h : le musée d’Art

Pause détente dans le jardin Alexandre-I . Cette bulle de verdure, ancienne propriété de la Marine royale, est idéalement située en plein centre-ville.
Pause détente dans le jardin Alexandre-I . Cette bulle de verdure, ancienne propriété de la Marine royale, est idéalement située en plein centre-ville. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

En suivant le boulevard de Strasbourg qui devient le boulevard du Maréchal-Leclerc, un arrêt s’impose au musée d’Art de Toulon. Sa façade monumentale percée par des grands arcs de plein-cintre rehaussée de médaillons polychromes ne passe pas inaperçue ! Ce grand « palais de la connaissance », comme l’appelait Henri Dutasta, maire de Toulon (1878-1888) à l’origine de sa construction, dispose d’un fond d’art particulièrement riche comprenant des œuvres de paysagistes provençaux et orientalistes. On y vient aussi pour admirer son impressionnante bibliothèque lambrissée qui abrite plus de 40 000 ouvrages. À la sortie du musée, le jardin Alexandre-Ier, poumon vert de plus d’un hectare, est un havre de verdure bienvenu.

17 h : le mont Faron

Inauguré en 1959, le téléphérique du Mont-Faron est 100 % électrique. Il est reconnaissable à ses jolies cabines rouges au look rétro.
Inauguré en 1959, le téléphérique du Mont-Faron est 100 % électrique. Il est reconnaissable à ses jolies cabines rouges au look rétro. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

En fin d’après-midi, notre guide suggère de prendre de la hauteur. À la station Péri/Obs, on saute dans le bus de la ligne 40 direction la station de téléphérique du Mont-Faron. Rapide, silencieux et 100 % électrique, c’est le moyen de transport le plus écologique pour gravir les 584 mètres vers le mont Faron. Le trajet de six minutes est une expérience en soi. Dans une cabine au look rétro, les larges baies vitrées et le sol transparent permettent de profiter de vues époustouflantes et vertigineuses.

À l’arrivée, un autre panorama exceptionnel sur Toulon et sa rade nous attend. À deux pas de là, installé dans un ancien fort militaire, le Mémorial du Débarquement et de la Libération en Provence propose une scénographie de qualité et des expositions interactives autour de ce temps fort de la Seconde Guerre mondiale.

JOUR 2.

9 h : balade dans la rade

À bord d'un bateau-bus, nous rejoignons en moins de 20 minutes e 20 min La Seyne-sur-Mer où nous attend le fort Balaguier, tour défensive du XVIIe siècle qui abrite désormais un musée maritime.
À bord d'un bateau-bus, nous rejoignons en moins de 20 minutes e 20 min La Seyne-sur-Mer où nous attend le fort Balaguier, tour défensive du XVIIe siècle qui abrite désormais un musée maritime. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

La rade de Toulon est « la plus belle et la plus sûre d’Europe », disait Vauban. Pour saisir la beauté si particulière de ce site, direction la gare maritime pour grimper à bord du bateau-bus 18M du réseau Mistral en direction de La Seyne- sur-Mer. Nombreux sont les Toulonnais qui utilisent quotidiennement ce mode de transport pour se déplacer. À mesure que le bateau-bus s’éloigne du quai, Toulon se dévoile sous un autre angle. Les barres d’immeubles du front de mer semblent plaquées sur le mont Faron qui déchire l’horizon. Le va-et-vient des voiliers, des bateaux de pêche ou des ferries en partance pour la Corse forment un décor maritime inédit.

La tour Royale, à l’entrée de la rade, tient toujours son rôle de sentinelle. Bientôt appa- raissent des cabanes sur pilotis qui servaient autrefois d’ateliers aux mytiliculteurs et dont les frêles silhouettes contrastent avec les villas cossues qui bordent les rivages du quartier de Tamaris. La rade ressemble ici à une mer intérieure fermée à l’est par la presqu’île de Giens et, au sud, par celle de Saint-Mandrier qui la sépare de la pleine mer. Après dix-huit minutes de traversée, on débarque sur l’isthme des Sablettes, large bande de sable reliant La Seyne-sur-Mer à la presqu’île de Saint-Mandrier-sur-Mer. Revégétalisée dans le sillage du parc Fernand-Braudel, la plage des Sablettes – réputée pour son sable fin et ses eaux limpides – invite au farniente face au cap Sicié et aux emblématiques Deux Frères, deux rochers alignés en pleine mer sur la ligne d’horizon. De l’ancienne station balnéaire de la fin du XIXe siècle, il subsiste quelques vestiges, à l’instar du Grand Hôtel où exhale encore un parfum de la Belle Époque. 

La traversée passe par le quartier résidentiel de Tamaris, au sud de La Seyne-sur-Mer, où d’anciennes cabanes sur pilotis de mytiliculteurs voisinent les villas cossues de la corniche Michel-Pacha.
La traversée passe par le quartier résidentiel de Tamaris, au sud de La Seyne-sur-Mer, où d’anciennes cabanes sur pilotis de mytiliculteurs voisinent les villas cossues de la corniche Michel-Pacha. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

11 h : retour en ville

vue sur le port et la préfecture maritime de Méditerranée (xixe) depuis le quai Cronstadt, voie de prome- nade qui abrite des restaurants et boutiques en tout genre.
Vue sur le port et la préfecture maritime de Méditerranée (XIXe) depuis le quai Cronstadt, voie de promenade qui abrite des restaurants et boutiques en tout genre. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

Sur le quai Cronstadt, la statue du Génie de la navigation, dite de « Cuverville », rescapée des bombardements de 1944, se dresse fièrement, regard vers l’horizon et « cul vers la ville » comme aiment plaisanter les Toulonnais par allusion au patronyme de l’amiral Jules Cuverville, commandant en chef de l’escadre de la Méditerranée lors de l’inauguration de la statue en 1847. Offrant un cadre pittoresque sur la mer, le quai, lieu de promenade prisé, permet de flâner entre les terrasses des cafés et les boutiques de souvenirs. Entièrement démoli en 1944, le port a été rebâti dans les années 1950 par l’architecte Jean de Mailly avec notamment la Frontale, cet ensemble de quatre barres d’immeubles qui se reflètent dans les eaux de la Vieille Darse. S’ils sont parfois décriés par les habitants qui leur reprochent de « boucher la vue sur la mer », ces bâtiments classés ont le mérite d’avoir dégagé la circulation du front de mer dédié aujourd’hui uniquement à la promenade. Fortement inspirés des principes du Mouvement moderne, ils furent considérés comme un modèle de réussite urbaine et architecturale avec un sens du détail notable à l’exemple des persiennes avec des réglettes modulables brevetées qui permettent de tamiser la lumière.

La Frontale, un front de mer 100 % piéton, et ses barres d’immeubles typiques de l’après-guerre, aujourd’hui labellisées « Patrimoine du XXe siècle ».
La Frontale, un front de mer 100 % piéton, et ses barres d’immeubles typiques de l’après-guerre, aujourd’hui labellisées « Patrimoine du XXe siècle ». © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

14 h : le quartier du Mourillon

Les plages du Mourillon, quartier sud de la ville très apprécié des Toulonnais.
Les plages du Mourillon, quartier sud de la ville très apprécié des Toulonnais. © Tuul et Bruno Morandi / Détours en France

À la station Mayol, situé à cinq minutes de marche du port, on attrape le bus de la ligne 3. Seulement dix minutes de trajet, et nous voilà arrivés au port Saint-Louis du Mourillon. Ancien village de pêcheurs, le Mourillon a su conserver son âme d’antan malgré son intégration à la ville de Toulon. Ses rues étroites et ses maisons colorées, typiques de l’architecture provençale, rappellent son passé maritime. Au fil des ans, le Mourillon est devenu un lieu de résidence recherché où il fait bon vivre. Les Toulonnais viennent ici en fin de journée profiter de ses restaurants gastronomiques et de ses bars « branchés », certains les pieds dans l’eau.

Les anciennes criques de galets ont été remplacées dans les années 1970 par des plages de sable artificielles. Bordées de jardins paysagers, cet ensemble de petites anses de sable doré labellisées « Pavillon Bleu » appellent irrésistiblement à la baignade. La journée se termine par une promenade sur le sentier littoral qui nous mène d’abord jusqu’à la tour Royale. Là, un point de vue imprenable sur la rade de Toulon se dévoile. Puis, insatiables, nous suivons le sentier le long de la côte jusqu’au port.

Déjeuner au bord de l’eau dans un creux confidentiel de l’anse Méjean au cours d’une balade sur le sentier du littoral qui doit nous mener jusqu’à la tour Royale.
Déjeuner au bord de l’eau dans un creux confidentiel de l’anse Méjean au cours d’une balade sur le sentier du littoral qui doit nous mener jusqu’à la tour Royale. © tuel et Bruno Morandi / Détours en France

Sources