Albertville : l'Olympie des Alpes

Par Vincent Noyoux
source : Détours en France n°176, p. 66

Porte d’entrée de la vallée de la Tarentaise, la ville a su aller de l’avant pour devenir un carrefour alpin entre le val d’Arly, le massif des Bauges, le Beaufortain et le pays du mont Blanc. Et n’oublions pas Conflans, jolie petite cité médiévale qui appartient depuis 1835 à la « ville d’Albert », le roi de Piémont-Sardaigne.

Place de l'Europe à Albertville


Sous les arcades de la place de l’Europe en forme de U se côtoient magasins et restaurants. Au bout se trouve Le Dôme qui abrite un théâtre à l'italienne, une médiathèque et un cinéma.

Le souvenir des Jeux olympiques

Souvenez-vous : le 8 février 1992, les feux médiatiques sont braqués sur Albertville. Deux milliards de spectateurs découvrent, ébahis, le ballet féerique de Philippe Découfé lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver. La bourgade que les vacanciers en route pour Courchevel, Méribel ou Val d’Isère traversaient sans un regard, tient la vedette. Les deux semaines de compétition se dérouleront sans faux pas, sous un grand ciel bleu. Vingt-deux ans plus tard, que reste-t-il du rêve olympique ? La halle olympique, qui fait actuellement peau neuve, l’anneau de vitesse (transformé en stade d’athlétisme), le mât des cérémonies et la grande flamme, trompette d’Inox made in Savoie. « Il reste surtout un grand élan populaire. Les Jeux olympiques d’Albertville furent le projet d’une vallée tout entière, et la mobilisation, qui fut considérable (8 647 volontaires !), n’est jamais retombée », remarque Claire Grangé, directrice de la maison des Jeux olympiques. Situé dans le centre-ville, ce musée revient en détail sur les riches heures (sportives) d’Albertville. On y voit la médaille d’or de Grospiron, la torche signée Philippe Starck, les costumes surréalistes de Philippe Guillotel...

Façades colorées dans le quartier de l'Europe


Façades colorées du quartier de l'Europe.

Les façades se colorent

En 1992, Albertville profite des Jeux pour faire venir le TGV et l’autoroute, mais aussi pour faire peau neuve. Le quartier de la poste est entièrement repensé. Une longue place néo-antique, à la manière du quartier Antigone de Montpellier, mène au centre culturel Le Dôme. Si vous passez la soirée en ville, courez-y ! Le théâtre de 650 places est un écrin de bois à l’acoustique unique. Michel Petrucciani regrettait de ne pas y avoir enregistré d’album. Tout autour, les maisons du quartier de l’Europe forment un curieux décor. Des façades turquoise, violettes ou vertes pistache, décorées de trompe-l’œil, côtoient des immeubles flanqués de coursives en bois. Un aspect carton-pâte qui n’est pas sans charme. À deux pas de là, les rues de la République et Gambetta conservent quelques pépites : le cinéma Gambetta et sa façade maçonnique, l’église Saint-Jean-Baptiste de style néogothique troubadour ou encore l’hôtel Geny, immanquable avec ses colonnes et son fronton antiquisants. C’est ici que le roi de Piémont- Sardaigne Charles-Albert aurait eu l’idée de réunir les deux bourgs de l’Hôpital (l’actuel centre-ville) et de Confans pour créer Albertville, en 1835.

Rue Gambetta et église Saint-jean-Baptiste


À deux pas du quartier de l’Europe et de ses maisons à façades colorées, la rue Gambetta, commerçante, mène à l’église Saint-Jean- Baptiste.

Conflans, l'autre Albertville

Sur la rive opposée de l’Arly, Confans domine le centre-ville du haut de son promontoire rocheux. À la fin du Moyen Âge, cette petite cité fortifiée fut l’équivalent d’Annecy et de Chambéry grâce à ses foires et à son marché. C’est aujourd’hui un quartier résolument à part que l’on explore à partir de la porte de Savoie ou de la porte Tarine. Ici, les ruelles sont pavées et les maisons arborent des tours (la maison Ramus), de vieux volets en métal contre les incendies, des fenêtres à meneaux et des enseignes d’un autre temps : bourrelier, rémouleur, herboriste ! Ces métiers ont disparu, mais une poignée d’artistes et d’artisans tiennent encore boutique autour de la grande place. C’est ici, au cœur de Conflans, que l’on peut se rafraîchir à la terrasse d’un café.

La Grande-Place de Conflans


Sur la Grande-Place de Conflans, la Maison Rouge, aujourd’hui musée d’art et d’histoire, fut construite en XIVe siècle dans le style des maisons de l’Italie du Nord.

Trônant sur ses larges arcades du XIVe siècle, la Maison Rouge, tout en brique, semble s’être échappée du Midi-Toulousain. Elle accueille un petit musée d’art et d’histoire, qui contient quelques belles pièces d’art sacré et d’objets de piété. Plus spectaculaire, la chaire en noyer de l’église Saint-Grat exprime tout le faste du baroque. Mais notre coup de cœur va à la tour Sarrasine. Vestige d’un ancien château, elle est romantique à souhait avec son lierre grimpant et ses jardins en balcon au-dessus de la vallée de l’Arly. Arrêtons-nous un instant sous la treille pour découvrir le panorama : la combe de Savoie, le massif de la Chartreuse, le sommet de la Belle Étoile, Albertville et, tout en contrebas, les tours carrées du château Manuel de Locatel (XVIe siècle). Nature et histoire, urbanisme et montagne. En un seul regard, Albertville s’offre à nous. La flamme n’est pas éteinte...