Chinon sous le prisme de Rabelais

Par Suzanne METHE

Chinon, à la croisée de l’Anjou, du Poitou et de la Touraine, fût un site stratégique doublé d’un haut lieu de pouvoir. Toute une galerie de personnages rythme son histoire et celle de la France. Loin des sentiers touristiques trop fréquentés, Chinon cultive aussi l'esprit bon vivant sous l’œil bienveillant de Rabelais.

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La ville de Chinon

Posée sur un éperon escarpé, la forteresse royale de Chinon domine la ville et la Vienne. La forteresse constituée de trois châteaux sur cinq cents mètres de longueur, est pratiquement inchangée depuis le XVIème siècle. Restaurée depuis peu, elle a conservé son style médiéval qui lui permet d'intégrer notre classement des plus beaux châteaux forts de France. Un pan de l’histoire de France et de l’Angleterre s'est déroulé ici : Henri II Plantagenêt, Aliénor d’Aquitaine, Richard Cœur de Lion, Jean Sans Terre, Les Templiers, Jeanne d’Arc, Charles VII et la belle Agnès Sorel, sa favorite.

Au pied du château, le centre-ville de Chinon s’est construit contre la roche jusqu’aux rives de la Vienne. Les caves troglodytes s’enfoncent dans le tuffeau, cette pierre calcaire douce et lumineuse qui signe l'identité du Val de Loire. Le long des rues pavées et des ruelles s’alignent des hôtels particuliers, des maisons médiévales aux petites tours et aux fenêtres ornées. Rue Saint Maurice, l’église du XIIème siècle et sa place témoignent du passé médiéval de la ville d’Art et d’Histoire. « Chinon, Chinon, Chinon, petite ville, grand renom assise sus pierre ancienne, au haut le bois, au pied la Vienne. » disait Rabelais, humaniste né à Chinon en 1485. Une plaque indique encore l’emplacement de la maison familiale au numéro 15 de la rue de la Lamproie. Quai Jeanne d’Arc à l’entrée de ville, sa statue érigée en 1882, le représente assis, en habit de médecin, tenant une plume à la main. 500 ans plus tard l’esprit de l’enfant du pays flotte toujours sur la ville.

Bon vivant et amateur de la dive bouteille

Sa littérature se mêle au patrimoine et au bien vivre. L’auteur des aventures extraordinaires de Pantagruel et Gargantua, est un bon vivant. « À boire ! À boire ! À boire ! », furent les premiers cris du nouveau-né Gargantua. Ce sera du chinon, l’appellation locale. La Confrérie des Entonneurs Rabelaisiens perpétue les idées humanistes de Rabelais à travers le vin de Chinon, l’expérience se déroule dans les Caves Painctes. L’appétit gargantuesque se nourrit aussi de la gastronomie locale : asperge du Véron, fromage de Chèvre Sainte-Maure de Touraine, fouées, fouace, safran, truffe, rillons et rillettes. Il fait bon vivre en Rabelaisie.

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Centre ville de Chinon

Les paysages du Chinonais imprègnent l'oeuvre de Rabelais. Ils sont aujourd’hui protégés par le parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine et inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. On profite des vues sur Chinon et ses environs du haut de la forteresse ou depuis le quai Danton sur l’autre rive de la Vienne. Au fil de l’eau, on vogue sur la Vienne jusqu’à la confluence de la Loire et Candes-Saint-Martin. On visite La Devinière à Seuilly, la maison natale de François Rabelais devenue le musée Rabelais. De là on part sur le circuit pédestre des Guerres Picrocholines, un des passages les plus connus du fameux roman Gargantua, qui relie la Devinière à l'Abbaye de Seuilly, où il fait ses premières études avec les moines.

Début novembre le festival annuel « Les Nourritures Élémentaires » convie les bons vivants et les curieux à découvrir Chinon sous le prisme de Rabelais. Le festival qui rassemble des artistes, des philosophes et des vignerons se fonde sur l'idée que Chinon, ses paysages et ses vins sont au cœur de l'humanisme développé par l’auteur. « Croyez-le, si voulez; si ne voulez, allez y voir. » Rendez-vous est pris du jeudi 1er au dimanche 4 novembre 2018.