Après avoir été « une des plus belles villes de la Gaule », si l’on en croit César, Bourges devient, au haut Moyen Âge, une très importante métropole religieuse. De fait, en couronnant Louis VII dans sa cathédrale en 1137, son archevêque met la capitale de la Champagne berrichonne au même niveau que Reims et Chartres pour le sacre des rois. Et la cathédrale Saint-Étienne témoigne bel et bien de son rang. Un rang qu’elle tiendra par la suite lorsque Henri de Sully, archevêque de Bourges, décide d’édifier une cathédrale prestigieuse, destinée à afficher la puissance du roi Philippe-Auguste au sud de la Loire. Elle prendra pour modèle Notre-Dame de Paris ! Nous sommes alors en 1195. Mais quatre ans plus tard, à Sully succède Guillaume de Dangeon, ancien abbé d’une abbaye cistercienne, et par conséquent plus sobre de goût.
Visite simple et grandiose...
La cathédrale va être construite en deux temps, à partir de l’église romane préexistante, ce qui posera de nombreux problèmes techniques dus au manque d’espace alors que le plan de la nouvelle église prévoit des dimensions généreuses. Une première tranche de travaux, de 1195 à 1215, permet de construire le chevet et le chœur, auxquels on adjoignit une église basse destinée à combler un creux dans le terrain dédié à la construction. Le chantier est alors interrompu pendant dix ans, une seconde campagne s’étendant entre 1225 et 1260 : la nef romane disparaît et apparaît la nef que l’on connaît aujourd’hui, longue de 124 mètres pour 41 de large, et dotée de quatre collatéraux. Bourges est ainsi la cathédrale gothique la plus large de France. N’étant pas dotée de transept, elle paraît plus longue encore. De plus, afin d’atténuer le tassement des plans provoqué par l’éloignement, les piliers du chœur sont plus espacés que ceux de la nef. Tandis que les différences d’élévation des doubles bas-côtés ont permis d’ouvrir des fenêtres dans le premier, ce qui compose un étagement d’ombres et de lumières. Cette spécificité architecturale procure à la cathédrale de Bourges une qualité de lumière rare, à laquelle s’ajoute un ensemble de vitraux exceptionnel, réalisé entre le XIIe et le XVIIe siècle. Les uns, inspirés par Guillaume de Dangeon, évoquent sans surprise l’Ancien et le Nouveau Testament. Mais d’autres ont été offerts par des corps de métier, charpentiers, tonneliers, charrons, qui ont tenu à mettre leur propre art en évidence. C’est pourquoi dans l’ensemble intitulé Le Songe de Saint-Joseph, deux des cinq vitraux montrent les artisans au travail !
Un certain Jacques Cœur
Figure emblématique de Bourges, Jacques Cœur (1395-1456) s’est immortalisé en choisissant pour devise : « À cœur vaillant, rien d’impossible. » Naturellement doté d’un solide sens des affaires et d’une absence totale de complexes, il s’impose sur les marchés de l’Orient méditerranéen en devenant l’égal des Vénitiens et des Génois. Mais en devenant le grand argentier et conseiller de Charles VII, il s’attire nombre d’inimitiés qui le conduisent en prison. Évadé, il obtient la protection du pape et dirige une Croisade. Malheureusement, il meurt de maladie avant d’avoir même aperçu la Terre Sainte.