Trois randonnées dans les Pyrénées toulousaines

Publié par Vincent Noyoux  |  Mis à jour le

Immense terrain de jeu pour les amateurs de marche, les Pyrénées toulousaines offrent de formidables randonnées, des plus accessibles à partager en famille, aux plus sportives réservées aux marcheurs aguerris. Au programme, trois itinéraires en plein cœur d'une nature magnifique et indomptable.

Cabane de Saunères, la symphonie pastorale

Le GR®10 traverse dans la longueur toute la chaîne des Pyrénées, entre Cerbère et Hendaye : 55 jours de traversée, 50 000 mètres de dénivelé positif et négatif. Qu'on se rassure, on n'empruntera ici, le temps d'une demi-journée, qu'une toute petite partie du célèbre chemin ! Le départ se fait depuis Artigue. Ce joli village de pierre mérite une petite flânerie, le temps d'admirer les maisons à « penaous » (Ndlr : pignons en escalier de plaque de schiste, ou à pas d'oiseau) et à toit de lauze. Ici, l'élevage est roi. En gascon, « artigue » désigne d'ailleurs une terre défrichée pour permettre le pacage. Le paysage passe des prés de la lande rousse à la forêt domaniale de la Cigalère au flanc de la montagne dominant la vallée de Luchon en contrebas. Au-dessus, le grand hôtel de Superbagnères, perché au sommet de sa montagne, évoque un paquebot des neiges. Récompense de la randonnée, la cabane de Saunères, petite maison de berger, offre une vue imprenable sur la vallée qu'elle surplombe. Lieu de vie du berger, la cabane pastorale est en libre usage, comme c'est encore la coutume dans les Pyrénées sur les deux versants du massif. Le confort est spartiate, mais le berger en estive ou le randonneur fuyant l'orage, le froid ou l'obscurité y trouve une literie, un toit et de quoi se chauffer. « Oui à l'ours », lit-on inscrit sur pierre : sujet sensible ici, à ne pas aborder avec le premier venu ! La cabane offre un panorama remarquable sur la vallée, le haut de Superbagnères et toute une série de pics majestueux, les 3 000 du Luchonnais : le Grand Quayrat, le pic de Boum, le pic de Maupas et son glacier, et plus au sud le massif de la Maladeta et le pic d'Aneto (3 404 mètres). C'est évidemment ici qu'on pique-niquera. Pour redescendre par le même chemin, ou prolonger un peu la balade en suivant le GR10 au-dessus de la cabane.

Infos pratiques

Durée : 4 heures
Distance : 5 kilomètres aller-retour
Niveau de difficulté : facile. Pas de difficulté technique, mais le sentier est assez pentu à l'entame. 400 mètres de dénivelé.
Carte IGN : 1848OT – Bagnères-de-Luchon / Lac d'Oô

 

Dans le gouffre de l'enfer

Éprise de romantisme pyrénéen, la haute société du XIXe siècle avait coutume de s'aventurer dans les gouffres perchés et les cascades vertigineuses du Luchonnais. Mettons nos pas dans ceux de ces visiteurs du passé. Au programme : de la fraîcheur, de beaux raidillons et des éclaboussures. Une rando rétro et revigorante. Nous voici dans la vallée du Lys, l'une des cinq vallées de Luchon. Son nom chic et floral est trompeur puisqu'il dérive de l'occitan « lits », qui désigne un couloir d'avalanche... On rebaptisa les lieux de noms romantiques qui seyaient mieux à leur imaginaire, à commencer par le gouffre et la cascade d'Enfer. Il faut compter une demi-journée pour cette randonnée tout à fait praticable en famille, à condition que les enfants acceptent l'effort ! À quelques minutes de marche du parking de la vallée du Lys, la cascade d'Enfer apparaît. Depuis 25 millions d'années, le riu (ruisseau) d'Enfer s'engouffre dans une brèche entre deux falaises et chute de 90 mètres de haut, en plusieurs ressauts. Il alimente désormais une centrale électrique, située en contrebas. Le sentier 43 (balisé en jaune) part à l'assaut de la montagne à travers une futaie de noisetiers, puis à travers une hêtraie, de sorte qu'on est toujours à l'ombre. Au sol, les gourmands ramasseront et goûteront l'aspérule odorante (appelée aussi « vanille du pauvre ») et l'oxalis (le « bonbon du bûcheron », légèrement acidulé, qui étanche la soif). Après avoir enjambé le ru d'Enfer, les sapins blancs indiquent bientôt qu'on a atteint l'étage montagnard supérieur. Un promontoire nous met enfin face au gouffre d'Enfer, une verticale de 70 mètres taillée dans le calcschiste. Il faut grimper encore plus haut, à 1350 mètres d'altitude, pour s'accouder sur le parapet du pont du gouffre. La vue plongeante sur les flots puissants projetés dans le vide est saisissante. Juste derrière le pont, notez le petit bassin d'eau claire aux belles parois rousses, en raison de la présence d'oxyde de fer. Nous sommes à mi-parcours. On peut rentrer par le même chemin (aller-retour), mais on conseille plutôt de faire une boucle en rentrant par le sentier de la prairie de l'Artigue (sentier 42), ce qui ne rallonge que d'une demi- heure. Dans la descente, on aperçoit une autre cascade romantique, la cascade de Cœur. On repense alors à l'émotion des curistes de la Belle Époque devant cette montagne pittoresque, taillée de gouffres et parcourue de cascades.

Infos pratiques

Durée : 4 heures la boucle ; 3 h 30 aller-retour
Distance : 4 kilomètres la boucle ; 2,7 kilomètres aller-retour
Niveau de difficulté : 240 mètres de dénivelé aller-retour
Carte IGN : 1848OT - Bagnères-de-Luchon / Lac d'Oô

 

Port de Vénasque, aux portes de l'Espagne

Haut lieu des échanges transfrontaliers entre la France et l'Espagne, le port de Vénasque est une brèche que l'on franchit après trois bonnes heures de montée. Sur le seuil de ce « port » (porte), l'Aneto, le sommet tutélaire des Pyrénées, entre Histoire, tradition et grand spectacle. Le départ se fait à l'Hospice de France, à 11 kilomètres de Bagnères- de-Luchon. Fondé au Moyen Âge par l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ce grand bâtiment fut l'un des premiers modèles d'hôtellerie montagnarde à vocation caritative. Il accueillait les pèlerins et les commerçants, qui risquaient leur vie en hiver. Voilà qui donne le ton de cette randonnée placée sous le signe de l'Histoire. Nous nous trouvons sur une grande voie de passage entre la France et l'Espagne. L'Hospice de France a d'ailleurs son jumeau espagnol, sur l'autre versant des Pyrénées. Le chemin remonte une étroite vallée par un sentier muletier en lacets. Ce chemin très régulier fut entretenu au fil des siècles et même aménagé en calade par endroits par les troupes napoléoniennes afin de faciliter le passage des chevaux et des mules. Des bouquets colorés de rhododendrons et de millepertuis égaient l'ascension. Les mollets bien chauds, on zigzague tranquillement mais sûrement. Après un peu plus de 1 000 mètres de dénivelé, on atteint le beau refuge de Vénasque, qui vient de faire peau neuve. Sa structure en bois et aluminium domine l'un des trois lacs de Boums. En dialecte luchonnais, un « boum » est un lac d'altitude. Après une pause au refuge, et éventuellement un pique-nique au bord de l'eau, on reprend la marche pour une dernière demi-heure d'effort en direction du port de Vénasque. En se retournant, on aperçoit les lacs de Boums en enfilade : trois cercles d'eau turquoise laiteuse (on parle de lait glaciaire). Le souffle se fait court à l'approche du but, à 2444 mètres d'altitude. La lumière s'engouffre bientôt dans la brèche étroite, coincée entre le pic de la Mine (2707 mètres) et le pic de Sauvegarde (2 738 mètres). Soudain, comme on passe le port de Vénasque, le paysage s'ouvre sur le massif de la Maladeta et l'Aneto (3 404 mètres), le point culminant des Pyrénées. À nos pieds, un large vallon verdoyant parsemé de lacs : c'est l'Aragon. S'il vous reste assez de force, prolongez la randonnée en faisant le tour des trois provinces (Aragon, Catalogne et Occitanie) par le port de la Picarde et le pas de l'Escalette, avant de redescendre par la vallée de la Frêche.

Informations pratiques

Durée : 6 heures aller-retour ; 8 heures la boucle des trois provinces (pas de l'Escalette)
Distance : 8 kilomètres aller-retour ; 11 kilomètres par la boucle.
Niveau de difficulté : la montée est longue et assez pentue, mais régulière : 1 000 mètres de dénivelé (1 300 mètres si on fait la boucle).
Carte IGN : 1848OT - Bagnères-de- Luchon / Lac d'Oô.
Conseils pratiques : équipement : bâtons, casquette, chaussures de marche, coupe-vent, eau et pique-nique. De l'espèce pour une pause au refuge.