Direction la Venise verte : une aventure bucolique hors des sentiers battus

Aménagé dès le XIe siècle, ce « Grand Site de France » s’étend sur plus de deux mille kilomètres de voies d’eau. - © Philippe Roy / Détours en France

Publié le par Dominique Le Brun

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Louez un canoë à Damvix, équipez-vous pour camper, et explorez en autonomie les canaux étroits et paisibles du Marais poitevin, loin des circuits touristiques classiques.
  • Suivez un itinéraire sauvage entre Damvix, Arçais et Coulon, en bivouaquant au bord de l’eau et en naviguant à travers un dédale de rigoles, conches et biefs, au cœur d’une nature intacte.
  • Vivez une immersion totale dans un paysage féerique et silencieux, sans moustiques grâce aux frênes plantés depuis le Moyen Âge, et avec la sensation unique d’être seul au monde.

Pour découvrir le Marais poitevin, la solution la plus courante consiste à acheter un ticket pour une promenade en barque à travers la fameuse Venise verte. Mais on peut faire mieux. À Damvix, qui apparaît comme une sorte de capitale du marais, louer un canoë canadien avec un équipement de camping, et disparaître immédiatement parmi les canaux trop étroits pour les barques maraîchines charées de touristes. Dès lors, la question se pose : où aller ? Voici une idée d’itinéraire pour un week-end au cœur du marais, entre les villages de Damvix, d’Arçais et de Coulon. À midi le premier jour: départ de Damvix par la conche du marais Lusseau.

Itinéraire sur mesure pour visiter le marais poitevin

Les balades en roulotte de l’abbaye de Maillezais, une autre façon de profiter du marais. Ici, près de Mazeau, petit village aux innombrables voies d’eau.
Les balades en roulotte de l’abbaye de Maillezais, une autre façon de profiter du marais. Ici, près de Mazeau, petit village aux innombrables voies d’eau. © Philippe Roy / Détours en France

S’engager dans la Vieille Sèvre jusqu’à la rigole de la Rive droite et le village du Mazeau. Le soir, bivouac au bord du Nouveau Bief. Le lendemain : le Nouveau Bief jusqu’à la Sèvre niortaise, puis le bief d’lrleau jusqu’à la rigole de la Garette; ensuite, le village d’Arçais, le bief de la Taillée et la rigole de la Garette ; puis la conche du Mauvais Bout pour revenir à Damvix. Bien entendu, ce programme peut être interprété et modifié à la convenance de chacun : il suffit de consulter la carte du marais poitevin. 

Évasion assurée et nature préservée 

À l’ombre des conches ombragées, flânerie près de Saint-Sigismond, petit village à trente kilomètres de la baie de l’Aiguillon.
À l’ombre des conches ombragées, flânerie près de Saint-Sigismond, petit village à trente kilomètres de la baie de l’Aiguillon. © Philippe Roy / Détours en France

On flotte dans le vert tendre. La pagaie disperse un tapis de len tilles d’eau qui se referme derrière notre sillage, de telle sorte que personne ne peut soupçonner notre passage. Nous laissons la nature intacte. Parfois, le canoë écarte de son étrave les rameaux d’un saule pleureur. On se fraie un chemin dans une jungle aquatique à la limite du pénétrable, mais tellement chaleureuse… D’énormes libellules multicolores conduisent leurs ballets amoureux parmi les roseaux. Un ragondin fait diversion en coupant notre sillage et un cygne s’éloigne dignement avant qu’on arrive à sa hauteur. Silence absolu. Comment admettre que Niort et La Rochelle se trouvent à 20 kilomètres à peine? Mais pourqui n’a pas l’habitude de la nature sauvage, un malaise s’installe… Comment, dans ce fond de marais, savoir où on se trouve ? Même si sur la carte, notre point est formel: nous le reportons au crayon à chaque intersection de canaux. C’est pourtant clair. Après avoir dépassé la conche du marais Lusseau, nous nous sommes engagés dans la Vieille Sèvre, que nous quitterons par la rigole de la Rive droite. Mais comment échapper à cette conviction que vient confirmer chacun de nos sens? Nous pagayons au beau milieu d’un labyrinthe. Que notre carte s’envole sous une improbable risée, qu’elle passe à l’eau… et nous voici égarés.C’est le seul risque à courir. Parfois, les cours d’eau les plus étroits semblent s’enfoncer dans les herbes ou se perdresous les arbres. Pourtant, ça passe ! Le plus extraordinaire reste que le marais est propre comme un jardin anglais, etses eaux claires à s’y baigner. On glisse sans se lasser, les coques, les pagaies, les corps eux-mêmes se reflètent dans le miroir des eaux dormantes. On croirait composer la toile d’un peintre impressionniste… Parfois, sur un canal un peu plus large, on croise une barque du marais : une sorte de bachot à fond plat, à arrière pointu pour utiliser plus confortablement la perche dont l’extrémité se termine en trident, et qui sert à la fois de propulseur et de gouvernail. Une carte postale courante montre une de ces barques transportant une vache, ou encore le facteur. On a quelque chance de croiser les deux… en plus des touristes, bien sûr ! Mais qu’importe, c’était une brève rencontre, juste avant de disparaître à nouveau dans une rigole étroite. Rien ne viendra parasiter notre exploration. Nous y sommes absolument seuls. Avec cette sensation unique de liberté qu’on ressent quand on possède à son bord une tente, un réchaud et des provisions. Tout ce qu’il faut pour une nuit idyllique dans un coin de pré inaccessible depuis la terre ferme.

Poitevin : un marais sans moustiques ! 

Tel est le miracle de ce territoire poitevin, et qui s’explique par la prolifération d’une variété de frênes, depuis toujours plantée sur les berges des canaux. C’est au Moyen Âge que commencèrent les chantiers pharaoniques du site. Au XIIe siècle, ils furent l’œuvre de moinesvenus de Hollande. À l’époque, la ville de Niort se trouvait au bord de la mer, mais les religieux barrèrent ce qui s’appelait alors le golfe des Pictons, pour assécher les terres et créer des parcelles cultivables, drainées par le réseau de canaux qu’on connaît encore aujourd’hui.

Sources

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