Sète en 10 étapes

Publié par Pascale Desclos  |  Mis à jour le

Entre mer et lagune, au pied du Mont Saint-Clair, Sète la portuaire vit au rythme des eaux depuis plus de trois siècles. Du vieux bassin du port au canal royal, du Miam aux fresques de street-art du quartier haut, de la pointe courte aux criques de la corniche, la cité de Brassens cultive un art de vivre coloré et joyeux. Suivez le guide !

Le port de Sète

De gros chaluts rentrent au bercail, harcelés par une nuée de gabians. Sur les quais, des dockers déchargent la pêche de la nuit… Bienvenue au port de Sète, dont l'histoire débute au XVIIe siècle. Le golfe du Lion est alors la bête noire des navigateurs. En 1663, le chevalier de Clerville, ingénieur militaire du roi Louis XIV, est chargé par Colbert de prospecter la côte languedocienne pour y établir un havre sûr pour la flotte royale. Clerville porte son choix sur le hameau de pêcheurs de Cette (du latin cetus et du grec ketos, la baleine), établi sur un cordon de sable, à la sortie d'un étang au pied du mont Saint-Clair. Pour protéger le port, avant de le raccorder par un canal à l'étang de Thau, on bâtit une chaussée empierrée de 650 mètres, assortie d'un fanal. Encore aujourd'hui, le môle Saint-Louis offre sa promenade le long du vieux bassin. Son phare en pierre de taille, reconstruit en 1948, balise l'entrée du chenal de son œil rouge à quatre éclats.

Le grand canal

Quand, en 1663, Pierre-Paul Riquet lui propose un projet de canal de 240 kilomètres reliant Sète à Toulouse, Colbert, ministre de Louis XIV, n'hésite guère. Ce canal des Deux-Mers, aujourd'hui canal du Midi, reste le plus fameux ouvrage d'art du XVIIe. À Sète, qu'il traverse jusqu'à l'étang de Thau, il joue le rôle de place publique. Sur le Cadre royal, entre les ponts de la Savonnerie et de la Civette, se déroulent chaque été les joutes nautiques, tradition de 1666, où des chevaliers à bord de barques s'affrontent à coups de lance. Le premier à l'eau a perdu !

La route de la corniche

Doublée d'une piste cyclable depuis le port de Sète, elle invite à longer la mer à pied, à vélo ou en voiture pour relier les criques nichées au pied de la falaise. En chemin, le promeneur s'arrête devant La Traversée, une sculpture imaginée en 2014 par l'artiste sétois Jean Denant. Sertie dans le béton d'un vieux blockhaus tourné vers la Grande Bleue, elle représente une carte muette de la Méditerranée, taillée dans une plaque d'acier poli de plusieurs mètres de long. Dans le sens des aiguilles d'une montre, l'œil exercé se balade des côtes de France à celles d'Espagne, en passant par l'Italie, la Croatie, la Grèce, la Turquie, la Syrie, l'Égypte, le Maroc… Étalée comme une nappe de mercure argentée, l'œuvre miroir reflète les asphodèles et les agaves qui poussent autour, l'horizon marin et le soleil couchant. Cette mer au milieu du monde, sans cesse traversée d'ombres et de lumières, dit le destin de Sète, où des migrants venus de tous les rivages méditerranéens se sont installés au fil des siècles.

La pointe courte

En 1954, Agnès Varda tournait son tout premier film à la Pointe Courte. La cinéaste, décédée en 2019, vouait une affection particulière à ce quartier de pêcheurs au bord de l'étang de Thau qu'elle avait connu enfant, pendant la guerre. Depuis, la Pointe a pris du galon. Sur les quais, des petites maisons à un étage, rideaux de perles et pots de fleurs au garde-à-vous, ont remplacé une à une les vieilles cabanes construites de bric et de broc. Si les pêcheurs sont moins nombreux qu'avant, la poésie s'accroche, tenace. Une fresque à l'effigie d'Agnès Varda orne la maison du coin de la traverse. À l'heure du pastis, au bar Chez Néné, locaux et touristes en goguette se tapent dans le dos. Au bord de l'eau, sur les pontons, règne un joyeux capharnaüm de barques, de casiers, de filets de pêche séchant au soleil, de maximes gravées sur des morceaux de bois flotté. Ça sent le poisson ; les chats et les mouettes adorent…

Sur les pas de Brassens

Dans une cabane des rives de l'étang de Thau, les copains se retrouvent. Jean-Louis, teint buriné et chemise blanche, entonne Les passantes, autour de lui, il y a Tatiana à la contrebasse, Denis à la mandoline, Guitou au saxo, Georges à la guitare… C'est dimanche, jour de répét' pour le groupe Au Bois de mon cœur, qui connaît le répertoire de Brassens sur le bout des doigts. Tonton Georges (1921-1981) a beau être parti depuis plus de quarante ans, il reste l'enfant chéri des Sétois… et des touristes. Le musée qui lui est dédié ne désemplit pas, 50 000 visiteurs par an ; il repose sous un pin parasol juste à côté, au cimetière Le Py. Dans le centre, le flâneur croise son portrait partout. Il trône sur la fresque de 16 mètres de la rue de Révolution, réalisée par Maye ; on le retrouve peint au pochoir en bleu, rose, vert, façon Andy Warhol, rue de Tunis. Et chaque année en octobre, le festival 22 V'là Georges réunit ses fans dans le Quartier Haut.

Le MIAM

New York a son MoMA, Sète son MIAM. Qui aurait pu prédire, il y a vingt ans, le succès de ce Musée international des arts modestes, ouvert dans un ancien chai du quai Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny par les artistes Hervé Di Rosa et Bernard Belluc ? Pied de nez à l'art officiel, cet ovni est désormais bien identifié dans la galaxie des lieux culturels. Plus de 40 000 visiteurs se pressent chaque année dans ce temple de l'anticonformisme. Derrière les vitrines ou dans les caravanes jaune pétard se côtoient mille et un objets hétéroclites, regroupés par thématique, qui ramènent en enfance : boîtes de chocolat en poudre, figurines de cyclistes, super‑héros… Dans le patio, le Jardin des plantes modestes célèbre les mauvaises herbes.

Le quartier haut

Dans les années 1860, des centaines de migrants, chassés du sud de l'Italie par la misère et les troubles politiques, débarquent à Sète. Ici, ils peuvent se faire pêcheur et recommencer leur vie. Ils s'installent dans le Quartier Haut, l'ancien fief des ouvriers du chantier du môle Saint-Louis. Ce quartier populaire, surnommé le « Petit Naples », voit naître Georges Brassens, fils d'une Italienne originaire du Basilicate et d'un maçon, en 1921. Des halles au Café social, sur la place de l'Hospitalet, les ruelles étroites bordées de petites maisons drainent aujourd'hui une nouvelle génération de citadins, attirés par l'art et la culture. La rue Haute est devenue l'épicentre du MaCO, le Musée à ciel ouvert lancé par le festival K-Live. Chaque année, on y découvre des œuvres de street-art signées M. Chat, C215, Bault, Sunset, Philippe Baudelocque… Là un soleil rouge qui se lève sur une mer calligraphiée, ici une baleine caracolant la queue en l'air ou un matou en tenue de jouteur : la poésie cueille le promeneur au coin des rues.

Le cimetière marin

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes, / Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux / La mer, la mer, toujours recommencée ! » C'est par ces vers que commence Le Cimetière marin, poème de Paul Valéry, qui a donné son nom à l'ancien cimetière Saint-Charles. Accrochée à la pente méridionale du mont Saint-Clair, cette nécropole fut créée au XVIIe, pour recevoir les premiers travailleurs morts sur le chantier du môle Saint-Louis. Au fil des siècles, les sépultures d'illustres Sétois en ont fait le « cimetière des riches ». Les fiers monuments de marbre, comme la chapelle funéraire des négociants Amadou-Hérail, dite « des pleureuses », invitent à une balade au soleil autant qu'au recueillement.

Le mont Saint-Clair

Pour grimper au sommet du mont Saint-Clair, qui surplombe Sète de ses 175 mètres, il faut s'armer de bonnes chaussures. Au fil des ruelles en escalier qui grimpent à l'assaut de la colline, le promeneur attrape quelques vues sur la Grande Bleue et devine, derrière les grilles enrubannées de glycines, les demeures cossues. Anciennes cabanes du dimanche, les plus belles de ces « baraquettes », comme on les appelle ici, se disputent aujourd'hui à prix d'or. Du belvédère, au sommet, l'œil embrasse la vue à 360° sur l'étang de Thau et ses parcs ostréicoles, les toits couleur pain brûlé, le cordon de sable du Lido… Au pied de la grande croix blanche, illuminée la nuit, la chapelle Notre-Dame-de-la-Salette a remplacé au XIXe siècle l'ancien oratoire dédié à saint Clair, évangélisateur réputé guérir les yeux. Chaque 19 septembre, elle accueille un pèlerinage en l'honneur de la Vierge.

Les plages à vélo

Eldorado béni par le soleil et la mer, Sète abrite des kilomètres de plages, toutes classées « Pavillon bleu » et reliées au centre par des pistes cyclables. Dans le quartier de la Corniche, accessible en quelques coups de pédales depuis le Théâtre de la Mer, la photogénique crique de l'Anau se love au pied des falaises. Sable fin, rochers et eau turquoise, on y descend par un sentier tracé par l'usage sur la falaise, le long des résidences ; attention, la baignade n'est pas surveillée. Un peu plus loin, les anses du Lazaret et de la Corniche sont prisées des familles pour leurs eaux plus calmes. Au-delà se déploie le Lido, ce cordon de sable qui sépare la lagune de la Méditerranée jusqu'à Marseillan. Au pied des dunes, vous attendent 12 kilomètres de plages dorées, de beaux couchers de soleil et des bars éphémères en saison…