En ce début de matinée, nous démarrons notre longue balade d’une douzaine de kilomètres à la plage de l’Argentière, bordée par un sous-bois dans lequel nous pénétrons via un discret escalier. Le chemin s’étroitise, la végétation se densifie. Nous avançons sans jamais nous éloigner de la mer qui scintille toujours à nos côtés. Après une demi-heure de randonnée, nous découvrons l’anse du Pellegrin, la première pépite de la randonnée. Le contraste est saisissant entre la couleur turquoise de la mer et le vert intense des pins parasols qui la bordent tout du long.
La passion d'un olivéron à la Londe-les-Maures
Sur les terres rocailleuses de la Côte d’Azur, l’olivier modèle le paysage et règne en maître depuis des siècles. En arrivant au Moulin du Haut Jasson à la Londes-les-Maures, impossible de manquer ces rangées d’arbres qui dessinent des vagues argentées sur les collines. Plus de 1 800 oliviers s’étendent sur les cinq hectares du maître oléiculteur Olivier Roux. « Je suis un “olivéron” », précise-t-il. Le terme désigne celui qui cultive l’olivier et réalise les assemblages des olives pour l’huile. Olivier cultive des variétés de l’AOP huile d’olive de Provence, mais aussi des variétés varoises qui donnent des fruits « d’une saveur rare. Mais le secret d’une bonne huile d’olive, c’est la cueillette à maturité. La récolte commence dès que les olives passent du vert au noir ». Sous le soleil du Midi, les oliviers semblent habillés d’un reflet argenté, « c’est l’effet de l’argile blanche que l’on applique sur les arbres afin de protéger l’olive. C’est un procédé naturel qui évite les pesticides », explique-t-il. Son domaine est en bio, une évidence pour lui : « Je travaille avec la nature, pas contre elle ! L’olivier est un arbre robuste, il n’a pas besoin de beaucoup d’eau ni de produits chimiques. Et je ne désherbe pas, je délègue cette tâche aux ânes et aux moutons », ajoute-t-il. Son approche durable se ressent dans la qualité de son huile d’olive. Versée sur une tranche de pain, elle dégage des arômes puissants et complexes. « Elle est fruitée, un peu piquante, avec des notes d’artichaut et d’amande. Pour moi, elle incarne l’esprit de la Méditerranée. »
Plages et bain de soleil sur le sentier du littoral
À l’abri du vent, protégée par une pointe rocheuse, l’agréable plage du Pellegrin est la première tentation pour une baignade tranquille dans la Méditerranée, l’île de Porquerolles en prime à l’horizon. Le chemin balisé longe désormais vignobles et oliveraies qui se déploient à perte de vue. Tout près de là, nous avons un coup de cœur pour la petite plage de Léoube (située sur un domaine privé, elle est uniquement accessible à pied).
L’itinéraire, bien que relativement plat, présente quelques passages escarpés qui exigent de la prudence. Le sentier grimpe doucement au milieu des pins et frôle par moments le bord des falaises, devenant alors vertigineux. L’horizon se dégage, et plusieurs voiliers glissent au large. Le sentier alterne ensuite les pentes montantes et descendantes, dévoilant à chaque courbe de splendides panoramas. Le plus beau se découvre depuis un piton rocheux qui surplombe la baie de l’Estagnol, avec la presqu’île de Giens, silhouette furtive dansant sur l’horizon.
La plage de l’Estagnol, l’une des plus splendides de la côte varoise, borde une eau turquoise, où de majestueux pins parasols projettent leur ombre sur des tables de pique-nique. Une fois passé la pointe de l’Estagnol, les falaises deviennent plus abruptes. Puis sous-bois et pointes rocheuses se succèdent, avant que n’apparaisse le fort de Brégançon. Ce piton rocheux occupé depuis l’Antiquité servait de poste de défense contre les pirates et les envahisseurs avant de devenir, au xixe siècle, un important site militaire. C’est en 1968 qu’il se transforme en résidence d’État, lieu de villégiature des présidents de la République, sous l’impulsion de De Gaulle... qui ne l’a pourtant jamais aimé ! Faisant face au fort, la plage de Cabasson, ourlée de cabanons de pêcheurs
aux couleurs chatoyantes, invite au farniente. Cela tombe bien, nous avons bouclé notre randonnée...
À Brégançon, une dynastie de vignerons
À deux pas de la plage de l’Estagnol, à Bormes-les-Mimosas, le domaine de Brégançon s’étend sur des collines face à la Méditerranée. C’est le domaine viticole des Tézenas qui élaborent des vins d’exception depuis huit générations. Une allée mène au château, élégante bâtisse de style italien face aux îles d’Hyères. Ce paradis suscite les convoitises auxquelles les Tézenas n’ont jamais cédé. Le « clan » veille farouchement sur sa tradition viticole qui dure depuis plus de deux siècles. « En 1816, notre ancêtre Simon Sabran a jeté son dévolu sur cette terre. Le château, déjà présent, avait été bâti au XVIIIe siècle sur un ancien marquisat qui incluait le fort de Brégançon. Pour pallier le manque d’eau, notre aïeul a lancé la culture des vignobles sur plus de 75 hectares », raconte Olivier Tézenas qui gère le domaine avec son fils Albéric. « Depuis, nous sommes vignerons de père en fils, et le domaine appartient toujours à la famille. Certaines de nos vignes ont plus d’un siècle », renchérit Albéric. Tous deux sont fiers de produire un cru classé de Provence depuis 1955 sur un site également classé depuis 1971. La spécificité de leurs vins ? « La proximité avec la mer et des collines qui protègent des vents. Les brises marines rafraîchissent les vignes en été ; et les sols, composés de schiste et d’argile à la minéralité unique, offrent un rosé d’exception. » Leurs rosés justement sont issus de l’assemblage de grenache et de cinsault, mais également de syrah. Au sein du chai, où s’opère la transformation du raisin en vin, des cuves en Inox ultra-modernes côtoient des fûts de chêne, témoins d’un savoir-faire traditionnel. « Nous allions technologie et tradition, tout en respectant ce terroir maritime en produisant en bio. C’est la clé de notre longévité », précise Albéric. Au domaine de Brégançon, la relève est assurée.