Férus de randonnée "perdues" et de paysages de France profonde, bonjour ! Dans cette Auvergne multiple où le territoire des volcans capte l’essentiel de l’attention touristique, il en est un autre, moins en vue, qui mérite un hommage : le Forez. On ne parle pas ici de sa plaine et de son éminente cité, Saint-Étienne. De ses monts et plateaux de granit et de gneiss qui s’élèvent entre les pays de Thiers, d’Ambert et de Montbrison. Un territoire de marges, posé en équilibre entre les départements du Puy-de-Dôme et de la Loire et dont le point culminant, Pierre-sur-Haute, ne dit rien de sa rigueur hivernale.
En fin d’été, déjà, il vaut mieux se couvrir. Depuis le village de Roche-en-Forez à la jolie église romane, le début de la boucle entraîne, sous une météo maussade, vers le petit col de la Croix du Feu (1 268 mètres), entouré de prairies. Au sud-est, la vue s'étend jusqu'a la plaine du Forez et son savant maillage agricole. Cap ensuite sur le Bois de la Brosse, antichambre du plateau forézien. Le chemin fait sa trace entre l’étage de feuillus et de résineux et traverse le ruisseau de Trézaillette, gorgé par la pluie de la nuit. À la ferme Jean Faure, un court sentier à droite dans la hêtraie-sapinière, au niveau de l’antenne téléphonique, rejoint le col de Baracuchet (1 264 mètres). Ici, de novembre à avril, on dénombre le passage de 200 000 à 300000 oiseaux, vers ou de retour d’Afrique. Cigognes, pigeons ramiers, pinsons, martinets, grues cendrées... survolent deux fois par an ce col, profitant des courants ascendants. Un observatoire de la LPO permet de les pister au moment des migrations. Par très beau temps, la vue porte ici jusqu'au mont Blanc et au massif des Écrins.
Vers les hauteurs des Hautes Chaumes
La suite de la boucle conduit vers les Hautes Chaumes. Une côte de plus d’un kilomètre signe l’entrée dans le territoire des jasseries (ou jas). Ces fermes d’altitude des monts du Forez étaient jadis habitées lors des estives par les gardiens de troupeaux de vaches, qui y fabriquaient le fromage (fourme d’Ambert ou de Montbrison). Beaucoup de ces maisons basses aux murs épais sont aujourd’hui des résidences secondaires, à l’image de la jasserie de Champbey, la première croisée sur l’itinéraire. S’ensuivent 40 minutes de marche pour sortir de l’étage forestier, oublier les odeurs acides des résineux et se retrouver dans une lande d’altitude, au sol spongieux tapissé de hautes herbes. Les vaches sont là, paissant paisiblement les touffes grasses. De la bruyère borde désormais le chemin. Le vent a fraîchi, il ne nous quittera plus de la journée sur ce plateau ondulé où les obstacles sont rares.
Pas âme qui vive…
C’est le moment que choisit la Grande Pierre Bazanne pour apparaître. Piton isolé de granit et de gneiss aux roches cisaillées dressées vers le haut, il s’élève en solitaire au milieu de l’immensité d’un plateau qui jongle avec les nuances de vert. On grimpe sur ce neck d’origine volcanique en s’aidant un peu avec les mains, histoire de dominer son sujet, perché à 1 394 mètres d’altitude. Au nord-est, la roche Gourgon le dépasse d’une courte tête, à 1 420 mètres. Plus loin au nord, un sommet avec des antennes signe le point culminant des monts du Forez, la Pierre-sur-Haute (1 631 mètres). Nous sommes les pieds dans la Loire, à quelques mètres à peine du puy de Dôme. Il n’y a pas âme qui vive sur ce terrain de frontière rendu à sa plus stricte virginité. Seuls des alignements réguliers de conifères démontrent les efforts de domestication par l’homme.
Vallons et prairies
Sous un vent devenu froid s’amorce le chemin du retour. On y croise un petit groupe de randonneurs, unique occasion d’échange entre humains en cette journée de septembre. Deux nouvelles masseriez plus loin (des Uclets ; Jas du Compère) et de l'itinéraire quitte le plateau pour s'enfoncer à nouveau dans la forêt, puis dévaler longuement, dans un décor de vallons et de prairies, les dernières pentes vers Roche. Les hameaux de La Griotte, Rochebéranne et Durel témoignent du retour à la civilisation. L’escapade a montré le visage misanthrope des monts foréziens.