Quatre heures de train depuis Paris via Avignon, et nous débarquons avec nos mini-sacs à dos sous le soleil de Cavaillon, dans le Vaucluse. Les martinets dansent au-dessus des toits de tuiles, les terrasses font le plein sur le cours Gambetta. Nos montures, réservées à l'avance, nous attendent chez Cyclix, à dix minutes à pied de la gare. Vélos à assistance électrique, kit de réparation et sacoches de rigueur pour aborder sans frémir les fameux dénivelés du massif du Luberon. À défaut de faire le grand tour du parc naturel régional, balisés ur 236 kilomètres, nous avons prévu une boucle de 4 jours et 150 kilomètres autour de Cavaillon, en coupant par la montagne. Notre état d'esprit : éviter les sites trop touristiques et collectionner les villages perchés, avec étape chaque soir en auberge ou maison d'hôtes.
Entre les vignes et les oliviers
Après une première nuit au Mas à Cheval-Blanc, niché dans les vignes, à 6 kilomètres de la ville, nous rejoignons la piste cyclable. Pour nous, elle débute dans la vallée de la Durance, au pied de la forêt des cèdres du Luberon et suit un moment le canal de Carpentras avant de s·en éloigner. À partir de Mérindol, la Provence commence à se ressembler : on pédale à présent sur une petite route serpentant entre les oliviers et les vignes, baptisée le chemin des Huguenots. Ces huguenots (de eidgenossen « camarades liés par un serment» en suisse alémanique]. on va découvrir leur histoire tout le long de notre parcours. Un saut au château La Verrerie, qui produit d"excellents rosés bio, et c'est l'heure du pique-nique à l"ombre des oliviers de Puget (comme l"huile d"olivel. Cet après-midi, on explore le village de Lauris, perché sur son éperon rocheux : ruelles, fontaines, lavoir... Du château castral, la vue est imprenable sur la Durance, la Sainte-Victoire et les Alpilles. Son jardin en terrasse abrite aussi un conservatoire de plantes tinctoriales...
Le sentier de l'olivier
Pour tout apprendre sur la culture de l'olivier en Luberon, cap sur La Bastide du Laval, à mi-chemin entre Lourmarin et Cucuron. Cultivé en bio, ce domaine de 30 hectares et 4000 arbres propose une visite audioguidée gratuite du moulin à huile et de l"oliveraie, suivie d"une dégustation dans les règles. On y découvre les différences entre les variétés aglandau et picholine, majoritaires, les techniques de récolte à la main, avec peigne et filet, les méthodes d"extraction d'huile à froid. Instructif !
Sous le soleil exactement
L'aventure reprend le lendemain, pour 35kilomètres de Lauris à LaBastide-des-Jourdans. Ça monte et ça descend et dans les côtes, on dose nos efforts grâce à l"assistance électrique de nos VTC. Sportif, mais avec le plaisir. En chemin, les villages de carte postale défilent : un stop à la fontaine de la place Jean-Moulin à Puyvert, un tour au marché de Laurmarin au pied du château Renaissance, et nous débarquons à Cucuron, 1 700 habitants, 300 jours de soleil par an. Le village tient son nom de sa situation géographique, sur deux mamelons {eue, en celte]. Pour ceux qui ne se lassent pas des épidémies, c'est ici qu'a été tourné Le Hussardsur le toit, le film de Jean-Paul Rappeneau (1995]. adapté du roman de Jean Giono. On prend le temps de savourer une pizza sur la place de la Cabreyrade, de pousser la porte de l"église de style roman provençal (XIIIe siècle]. Les plus courageux grimpent au donjon Saint-Michel pour admirer la vue sur les toits de tuiles et les collines alentour... Encore 20 kilomètres via La Motte-d"Aigues et la forêt de Grambois et nous arrivons sous un ciel d"orage à La Bastide-des-Jourdans, notre étape du soir. Autrefois, son château du XIIIe siècle était un poste de péage sur la route de Forcalquier à Aix-en-Provence. Pour visiter l'église, on demande laclé à Nicole de La Bastide. Son atelier de poterie et sa maison d"hôtes sont juste à côté.
Parfums de Provence
Il a plu cette nuit, mais le ciel s'éclaircit peu à peu quand nous attaquons la D956, qui coupe à travers le massif du Luberon. La route grimpe ferme jusqu'au col, mais de là, il n·y a plus qu'à se laisser glisser de l"autre côté de la montagne pour rejoindre la vallée du Calavon. Stop obligé chez Scaramouche, le glacier artisanal de Céreste, pour goûter ses glaces et sorbets aux parfums de Provence : lavande, romarin, melon, un délice! La voie verte du Calavon file le long de la rivière, en contrebas. Au bord de l'eau, des roches plates invitent à la baignade De quoi reprendre des forces avant d'affronter la côte de Saint-Martin-de-Castillon. Perché à 486 mètres, face au Grand Luberon, ce village en nid d'aigle a gardé son allure médiévale, avec ses ruelles caladées bordées de hautes maisons paysannes. Locauxet touristes fraternisent aubar de la Fontaine. Et de la place, on contemple lamosaïque des champs, où vignes, cerisiers et lavande déclinent leurs plus bellescouleurs. Les ânes au pré nous saluent dans la descente qui nous ramène à notre étape du soir, Le Rocher des Abeilles, au hameau de la Magdeleine. Au menu, escabèche de rouget et tian d'aubergine et filet de canette aux abricots rôtis, la Provence est au rendez-vous !
Des villages chargées d'histoire
Par la véloroute du Calavon, Apt n'est qu'à 8 kilomètres. Après un tour dans les ruelles autour de la place de la Bouquerie, nous revoilà pédalant au milieu des collines. Voici Joucas, encore un village perché pétri d'histoire. Autrefois occupé par une large communauté de huguenots, il a été plusieurs fois déserté pendant les guerres de Religion... Aujourd'hui, il revit grâce au couple d'artistes Mieke Heybroek et Ulysse Plaud. Elle est née à Stockholm, lui à Aix-en-Provence et tous deux ont voyagé dans toute la Méditerranée avant d'installer leur atelier-galerie ici, dans ce petit coin du Luberon. Ils ont peuplé le village de grandes sculptures humaines taillées dans le bois, la pierre, l'obsidienne... Autant de personnages mystérieux qui nous accompagnent au fil des ruelles en escalier menant aux ruines de la commanderie templière, démantelée par les catholiques au XVe siècle. C'est par les montagnes russes que se poursuit notre périple : Lioux et son vignoble au pied des falaises, Murs et sa collection de pompes, puits et lavoirs, et enfin la belle Gordes, forteresse de pierre sèche semée de voûtes, de porches, de jardins. Ce soir, c·est apéro-pétanque au gîte du Mas Li Pitchoun de Gordes. Fils d'agriculteurs, Alain a transformé la ferme de ses parents en havre familial, avec piscine jacuzzi et volière à oiseaux. Il livre même le pain et les croissants frais au petit déj' !
Et le Luberon devint protestant
À la fin du XIVe siècle, la guerre de Cent Ans est achevée, mais elle a fait des ravages en Luberon. Des seigneurs font venir des familles de paysans originaires du Piémont italien pour cultiver les terres délaissées. On les appelle les huguenots ou les vaudois car ils appartiennent à une église évangélique fondée par Pierre Valdo, ultérieurement rattachée au protestantisme. Leur nombre grossit bientôt à plusieurs milliers, mais leur vie paisible ne dure pas. Dès 1528, l'évêque d'art se laisse à la chasse aux hérétiques. Persécutions et massacres marquent au fer roue l'histoire de nombreux villages de la région. Un prélude provençal aux guerres de Religion du XVIe siècle.
Les derniers champs de lavande
Pour notre dernière étape, pas de stakhanovisme. Par les petits chemins, nos bicyclettes musardent jusqu'à Saint-Pantaléon, blotti au pied des Monts de Vaucluse. Son église date du XIe siècle et à ses pieds, une nécropole rupestre abrite des tombes sculptées à même la roche, certaines toutes petites. Un modèlede « sanctuaire à répit»: selon la croyance populaire, on offrait ici un abri aux enfants mort-nés avant de les baptiser. Ils pouvaient ainsi entrer au paradis au lieu d'errer éternellement dans les limbes, privés de la vision de Dieu... Peu avant Goult, le moulin de la Badelle prend la pose au milieu des vignes. Encore quelques virages en lacets, une terrasse au soleil, les derniers champs bleus de lavande et nous sommes de retour à Cavaillon, pile à l'heure pour le train vers la capitale.
L'itinéraire
Le Luberon à vélo est un réseau d'itinéraires à vélo et VTT au sein du parc naturel régional du Luberon, à cheval entrele Vaucluse et lesAlpes-Maritimes. Le plus célèbre est le tour du Luberon [240 kilomètres). mais on peut aussi opter pour des parcours en boucle de taille plus modeste [de 20 à 70 kilomètres] autour d'Apt, Cavaillon, Forcalquier, etc. Si les cyclistes de bon niveau abordent ces chemins tout en dénivelés avec des VTC ou VTT classiques, les débutants adoptentde préférence des VAE [Vélo à assistance électrique). qui leur permettent de doser leurs efforts. La région propose de nombreux hébergements labellisés Accueil Vélo, situés à moins de 5 kilomètres des itinéraires balisés.