Le Morvan : le plein d'oxygène entre lacs et forêts

Publié le par Vincent Noyoux

Au carrefour des quatre départements bourguignons, le Morvan est un massif aux airs d'île farouche. Dans ce pays enclavé à la beauté rugueuse, les rivières abondent et la forêt règne en majesté. La « montagne des Parisiens » est à la fois un vaste château d'eau et une réserve de bois qui fait le bonheur des marcheurs... et des exploitants forestiers. Promenade entre torrents, lacs et breuils, à la rencontre des acteurs de ce territoire sauvage.

Qu'on le traverse à pied, en voiture ou en VTT, le constat est le même : il n'y a pas un, mais plusieurs Morvan. Le Morvan chevelu, couvert de forêts, saute aussitôt aux yeux lorsqu'on vient de Vézelay, Autun ou Saulieu. Hêtraies touffues, futaies de chênes auxquels se mélange une foison d'autres essences (érables sycomores, châtaigniers, bouleaux, charmes, mais aussi pins Douglas et épicéas) tapissent ce vieux massif affaissé et raboté par l'érosion. Près de la moitié du territoire est couvert de forêts. L'automne est sans nul doute la plus belle saison pour en admirer pleinement les mille nuances. Les résineux gardent leur robe vert foncé, les hêtres multicentenaires jaunissent avec élégance, les chênes rouges d'Amérique s'enflamment.

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Le château d'eau de Paris

L'étang des Cloix

L'autre Morvan, celui des rivières et des lacs, nous apparaît au détour des chemins et des virages. « La Romanée, le Trinquelin, le Cousin, la Cure, le Chalaux, l'Yonne... », énumère Daniel Lulic, président de l'association Avallon-Morvan pour la Pêche. À force de passer ses journées dans les flots jusqu'à mi-cuisse, ce pêcheur à la mouche est devenu un spécialiste des cours d'eau du Morvan. Nous le rencontrons sous la voûte du vieux pont de Pierre-Perthuis, reconstruit par Vauban, l'enfant du pays. 

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« Le Morvan, c'est le château d'eau de Paris car toutes nos rivières irriguent le Bassin parisien. Savez-vous que c'est l'Yonne qui coule à Paris, et non la Seine ? Quand deux cours d'eau se réunissent, la règle veut que celui ayant le plus petit débit se jette dans l'autre. Or, à leur confluence, l'Yonne a un débit supérieur à celui de la Seine. » La Cure, qui coule à nos pieds, participe à cette aventure parisienne, puisqu'elle se jette elle-même dans l'Yonne. C'est d'ailleurs grâce à la Cure et à l'Yonne que Paris a pu se chauffer entre le Moyen Âge et la première moitié du XIXe siècle. L'activité du flottage de bois consistait à envoyer les troncs sur l'eau jusqu'à Clamecy et Vermenton, où ce bois était assemblé sous forme de radeau puis expédié jusqu'à la capitale par l'Yonne et la Seine. À Chastellux, notre pêcheur retrouve la Cure, qui serpente à l'ombre du château perché sur son éperon rocheux.

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Daniel Lulic lance sa soie comme un cow-boy son lasso. « Depuis le recul de l'agriculture dans le Morvan, on trouve des cours d'eau très propres, donc poissonneux : ombres, vairons, goujons, chabots, vandois et, surtout, de belles truites farios sauvages. Il nous reste de belles écrevisses autochtones à pattes blanches. La loutre est aussi revenue dans la Cure, ce qui prouve la bonne santé de la rivière. »

En automne, un petit Canada

Les eaux limpides du Morvan ne séduisent pas que les pêcheurs. Entre avril et novembre, les rivières gonflées par les pluies abondantes (et par la fonte des neiges au printemps) attirent les amateurs de sports d'eaux vives. Kayak, canoë, rafting... Le Chalaux est très prisé des kayakistes grâce à son parcours accidenté. Au milieu des forêts et des rochers de granit, les eaux de la Cure ouvrent un parcours nautique de 22 kilomètres.

Au saut de Gouloux, à 5 kilomètres de Saint-Brisson, la rivière tombe dans une faille ancienne, formant une cascade de 10 mètres de haut. Les deux visages du Morvan sont ici réunis : d'un côté, une forêt profonde peuplée de conifères et de feuillus aux troncs moussus ; de l'autre, une rivière torrentueuse, farouche. À côté de la cascade, des murs de granit indiquent l'emplacement de deux moulins, l'un à farine et l'autre à huile, ainsi que l'existence d'un ancien port de flottage. C'est en partie pour contrôler la fougue de ses rivières que le Morvan s'est doté de lacs artificiels. Le massif en compte six, que l'on peut découvrir en rayonnant depuis le village de Montsauche-les-Settons, dans le haut Morvan. Le plus grand d'entre eux, le lac de Pannecière (520 hectares) a été construit dans la première moitié du XXe siècle pour réguler le débit de l'Yonne et de la Seine, afin d'éviter que Paris ne soit sous les eaux en cas de grande crue. On apprécie son aspect sauvage et son atmosphère reposante.

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Le lac des Settons, le plus ancien, a été creusé un siècle plus tôt pour faciliter le transport du bois par voie fluviale ; iI remplit désormais les mêmes fonctions que celui de Pannecière. Les touristes aiment surtout s'y adonner aux activités nautiques et, le long de ses rives, au vélo sur fond de sapins et de mélèzes. Les pêcheurs affectionnent le lac du Crescent, plus tranquille et utilisé par une usine hydroélectrique. Dans la vallée du Cousin, le lac de Saint-Agnan emporte notre préférence. Pas d'habitation, ni de bateau à moteur (interdit !). Juste des passionnés qui taquinent le poisson et des marcheurs appréciant ses sentiers de découverte - dont un sur pilotis. Ses rives boisées qui s'empourprent en automne lui valent le surnom de "Petit Canada". On n'oublie pas de sitôt le spectacle des chênes aux couleurs de feu se reflétant dans l'eau. À l'ouest, le lac de Chaumeçon s'adresse davantage aux sportifs : rafting, canoë, aviron... On s'y baigne en été, et les couchers de soleil y sont splendides.  

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