Visiter ces collines noires est un devoir de mémoire

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d'Europe, situés sur la base du 11/19, font partie des cinq grands sites miniers inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. - © Samuel Dhote / Détours en France

Publié le par Dominique Le Brun

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, marqué par l’exploitation du charbon, a profondément transformé le paysage avec ses terrils, ses étangs et ses installations minières emblématiques comme les carreaux de fosse.
  • Ce territoire est aussi le fruit d’une intense immigration ouvrière, venue soutenir une industrie en plein essor, donnant naissance à un urbanisme spécifique : corons, cités-jardins, quartiers ouvriers ou patronaux.
  • Tout un patrimoine matériel et humain — logements, infrastructures, équipements collectifs — témoigne encore aujourd’hui de cette épopée industrielle qui a façonné la région pendant 150 ans.

Évoquer l’univers du charbonnage, c’est se remémorer l’époque de l’industrialisation triomphante du nord de la France : les mines donc, mais aussi les usines et les infrastructures nées de leur existence. Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais correspond à la partie française du filon charbonnier qui s’étend dans le sous-sol du nord-ouest de l’Europe, c’est-à-dire la plaine qui traverse les départements du Nord et du Pas-de-Calais pour atteindre une longueur de 120 kilomètres. Ce « plat pays » présente une géographie particulière, modelée par l’exploitation minière, avec les terrils qui, en accumulant les résidus, ont agrémenté le paysage de véritables collines, ou à l’inverse, avec des étangs nés de l’affaissement des sols au-dessus des filons exploités. Les paysages miniers se caractérisent encore par les carreaux de fosse, soit les bâtiments et tours abritant la machinerie nécessaire pour accéder aux galeries souterraines et en remonter le charbon.

Un patrimoine matériel et humain 

Les biquettes de l'élevage « Les Chevrettes du Terril » ont pris possession du Terril de Rieulay réhabilité en « cœur de nature », se nourrissent de ses pâturages et contribuent, par leur présence, à l'entretien de la végétation.
Les biquettes de l'élevage « Les Chevrettes du Terril » ont pris possession du Terril de Rieulay réhabilité en « cœur de nature », se nourrissent de ses pâturages et contribuent, par leur présence, à l'entretien de la végétation. © Samuel Dhote / Détours en France

Moins frappants sont les équipements annexes comme les chemins de fer et les canaux par lesquels la houille était expédiée dans tout le territoire, mais par leur densité, ils s’imposent comme grands témoins de l’histoire des mines. Derrière l’épopée industrielle des compagnies propriétaires devenues d’énormes puissances financières apparaît un vaste mouvement humain. Car les mines et les usines alentour ont pour point commun de mettre en œuvre des méthodes industrielles réunissant un grand nombre d’ouvriers. Un nombre bien plus important que celui que pouvaient fournir les populations d’origine. Le Nord et le Pas-de-Calais sont donc devenus des terres d’immigration, appelant une main-d’œuvre en Pologne, en Italie, en Tchécoslovaquie... L’existence de cette main-d’œuvre nombreuse a nécessité la création d’une infrastructure immobilière spécialement dédiée, comme en témoigne un urbanisme encore intact. L’élément le plus caractéristique en est le coron, habitat conçu par les sociétés gestionnaires des mines pour loger leurs ouvriers, et qui se définit comme un quartier d'habitations unifamiliales étroites, à un étage, avec un petit jardin potager à l'arrière. Mais il faudrait aussi évoquer les cités-jardins, les immeubles locatifs, ainsi que les quartiers de pavillons destinés aux cadres... et les véritables châteaux où résidaient les directeurs. Témoignent encore de l’aventure humaine les sièges sociaux des sociétés, les locaux des syndicats, les centres de soins et les salles des fêtes, tout ce qui fit le quotidien du nord de la France pendant un siècle et demi.

Sources