Évoquer l’univers du charbonnage, c’est se remémorer l’époque de l’industrialisation triomphante du nord de la France : les mines donc, mais aussi les usines et les infrastructures nées de leur existence. Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais correspond à la partie française du filon charbonnier qui s’étend dans le sous-sol du nord-ouest de l’Europe, c’est-à-dire la plaine qui traverse les départements du Nord et du Pas-de-Calais pour atteindre une longueur de 120 kilomètres. Ce « plat pays » présente une géographie particulière, modelée par l’exploitation minière, avec les terrils qui, en accumulant les résidus, ont agrémenté le paysage de véritables collines, ou à l’inverse, avec des étangs nés de l’affaissement des sols au-dessus des filons exploités. Les paysages miniers se caractérisent encore par les carreaux de fosse, soit les bâtiments et tours abritant la machinerie nécessaire pour accéder aux galeries souterraines et en remonter le charbon.
Un patrimoine matériel et humain
Moins frappants sont les équipements annexes comme les chemins de fer et les canaux par lesquels la houille était expédiée dans tout le territoire, mais par leur densité, ils s’imposent comme grands témoins de l’histoire des mines. Derrière l’épopée industrielle des compagnies propriétaires devenues d’énormes puissances financières apparaît un vaste mouvement humain. Car les mines et les usines alentour ont pour point commun de mettre en œuvre des méthodes industrielles réunissant un grand nombre d’ouvriers. Un nombre bien plus important que celui que pouvaient fournir les populations d’origine. Le Nord et le Pas-de-Calais sont donc devenus des terres d’immigration, appelant une main-d’œuvre en Pologne, en Italie, en Tchécoslovaquie... L’existence de cette main-d’œuvre nombreuse a nécessité la création d’une infrastructure immobilière spécialement dédiée, comme en témoigne un urbanisme encore intact. L’élément le plus caractéristique en est le coron, habitat conçu par les sociétés gestionnaires des mines pour loger leurs ouvriers, et qui se définit comme un quartier d'habitations unifamiliales étroites, à un étage, avec un petit jardin potager à l'arrière. Mais il faudrait aussi évoquer les cités-jardins, les immeubles locatifs, ainsi que les quartiers de pavillons destinés aux cadres... et les véritables châteaux où résidaient les directeurs. Témoignent encore de l’aventure humaine les sièges sociaux des sociétés, les locaux des syndicats, les centres de soins et les salles des fêtes, tout ce qui fit le quotidien du nord de la France pendant un siècle et demi.