10 paysages iconiques français devenus œuvres d'art

© Vincent van Gogh, Public domain, via Wikimedia Commons

Publié le par Marine Guiffray

La forêt de Fontainebleau ou la peinture classique de Camille Corot

Jean-Baptiste Camille Corot, Forêt de Fontainbleau, 1834, huile sur toile, National Gallery of Art, Washington
Jean-Baptiste Camille Corot, Forêt de Fontainbleau, 1834, huile sur toile, National Gallery of Art, Washington. © Jean-Baptiste Camille Corot, Public domain, via Wikimedia Commons

Empreinte de néoclassicisme, de romantisme et de modernité, l’œuvre du paysagiste Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) illustre l’évolution picturale qui traverse le XIXe siècle. En peignant souvent en plein air en France comme en Italie, l’artiste ouvre la voie sans le savoir aux impressionnistes, dont le mouvement naît à la veille de sa mort. Attiré par la nature, l’élève de Jean-Victor Bertin (1767-1842) ose en faire l’unique sujet de certaines œuvres, travaillant alors en premier lieu les effets de lumière sans y insérer aucune référence biblique, historique ou mythologique. Associé à l’école de Barbizon, en Ile-de-France, Corot immortalise à de nombreuses reprises la forêt de Fontainebleau voisine.

Jean-Baptiste Camille Corot, Forêt de Fontainbleau, 1846, huile sur toile, Museum of Fine Arts, Boston
Jean-Baptiste Camille Corot, Forêt de Fontainbleau, 1846, huile sur toile, Museum of Fine Arts, Boston © Jean-Baptiste Camille Corot, Public domain, via Wikimedia Commons

Les falaises d’Étretat sous le pinceau de Claude Monet

Claude Monet, Étretat, soleil couchant, 1883, huile sur toile, North Carolina Museum of Art
Claude Monet, Étretat, soleil couchant, 1883, huile sur toile, North Carolina Museum of Art. © Claude Monet, Public domain, via Wikimedia Commons

Le port du Havre, la cathédrale de Rouen, la plage de Trouville, les falaises de la côte d’Albâtre… Claude Monet (1840-1926) a maintes fois posé son chevalet en Normandie, où il a grandi, et consacré de nombreuses toiles aux paysages envoûtants d’Étretat. Dans l’un de ses tableaux peints en 1883 représentant la falaise d’Aval et l’aiguille creuse à la tombée du jour, le soleil orangé qui se détache en arrière-plan sur le ciel assombri rappelle celui d’Impression, soleil levant (1872, musée Marmottan Monet), le chef-d’œuvre qui a donné son nom au mouvement impressionniste.

Claude Monet, Bateaux sur la plage à Étretat, 1883, huile sur toile, Fondation Bemberg, Toulouse
Claude Monet, Bateaux sur la plage à Étretat, 1883, huile sur toile, Fondation Bemberg, Toulouse. © Claude Monet, Public domain, via Wikimedia Commons

Les rives de la Seine, chefs-d’œuvre de la peinture impressionniste

Alfred Sisley, La Seine à Saint-Cloud, 1879, huile sur toile, Fondation de l’Hermitage, Lausanne
Alfred Sisley, La Seine à Saint-Cloud, 1879, huile sur toile, Fondation de l’Hermitage, Lausanne © Alfred Sisley, Public domain, via Wikimedia Commons

De Paris au Havre en passant par Saint-Cloud, Argenteuil, Bougival, Vétheuil ou Giverny, les artistes impressionnistes ont peint au fil des saisons les paysages bucoliques et changeants des bords de Seine. Fondateurs du mouvement en 1874, Monet, Sisley, Pissarro, Morisot et Renoir en ont fait un sujet récurrent de leurs tableaux – le Britannique Alfred Sisley (1839-1899) en tête. A leurs côtés, Gustave Caillebotte et Edouard Manet (1832-1883) ont aussi été attirés par l’atmosphère joyeuse et légère des rives du fleuve, que l’essor des sports nautiques à la fin du XIXe siècle a transformé en lieu de promenade à la mode.

Edouard Manet, Bords de Seine à Argenteuil, 1874, huile sur toile, Courtauld Gallery, Londres
Edouard Manet, Bords de Seine à Argenteuil, 1874, huile sur toile, Courtauld Gallery, Londres. © Work in the public domain

Les tableaux niçois peu connus de Berthe Morisot

Berthe Morisot, La Plage de Nice, 1882, huile sur toile, collection particulière
Berthe Morisot, La Plage de Nice, 1882, huile sur toile, collection particulière. © Berthe Morisot, Public domain, via Wikimedia Commons

Berthe Morisot (1841-1895) se rend à Nice au début et à la fin de la décennie 1880 et signe au cours de ces deux séjours plusieurs toiles en plein air. Pionnière de l’impressionnisme mais réputée pour la singularité de ses compositions au style inachevé, l’artiste n’est pas en premier lieu une peintre paysagiste. Pas de grandes perspectives sur le bleu du ciel ni la baie des Anges dans son œuvre… Adepte de l’art du portrait et des scènes de genre, l’artiste fait le choix de représenter sa fille Julie Manet jouant sur un coin de plage et d’immortaliser des plans resserrés du port plutôt que son ensemble.

Berthe Morisot, Le Port de Nice, 1881-1882, huile sur toile, Musée Wallraf-Richartz & Fondation Corboud, Cologne
Berthe Morisot, Le Port de Nice, 1881-1882, huile sur toile, Musée Wallraf-Richartz & Fondation Corboud, Cologne. © Berthe Morisot, Public domain, via Wikimedia Commons

La vallée de la Creuse du point de vue des artistes 

Armand Guillaumin, Paysage aux ruines, 1897, huile sur toile, Musée Pouchkine, Moscou
Armand Guillaumin, Paysage aux ruines, 1897, huile sur toile, Musée Pouchkine, Moscou. © Armand Guillaumin, Public domain, via Wikimedia Commons

Lieu emblématique de l’histoire de l’art en France, la campagne reculée de la vallée de la Creuse attire les artistes dès le XIXe siècle. Le peintre impressionniste Armand Guillaumin (1841-1927) consacre notamment de nombreux tableaux aux ruines romantiques de Crozant, où naît alors l’école du même nom. Comme lui, des centaines d’autres sont venus se mesurer aux reliefs escarpés des berges de la Creuse et de son affluent, la Sédelle. Même l’illustre Claude Monet, qui séjourne à Fresselines en 1889, est séduit par les effets de lumière et les couleurs vives des méandres de la rivière. Cheminant entre Limousin et Berry, pays de George Sand, la Creuse continuera de fasciner au siècle suivant, inspirant des œuvres cubistes à Francis Picabia (1879-1953) et suscitant l’intérêt des premiers photographes.

Francis Picabia, Bords de la Sédelle, 1909, huile sur toile, Centre Pompidou, Paris
Francis Picabia, Bords de la Sédelle, 1909, huile sur toile, Centre Pompidou, Paris. © National Museum of Modern Art, Public domain, via Wikimedia Commons

Le Sud jaune et bleu de Van Gogh

Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée, 1889, huile sur toile, MoMA, New York.
Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée, 1889, huile sur toile, MoMA, New York. © Vincent van Gogh, Public domain, via Wikimedia Commons

Vincent Van Gogh (1853-1890) s’installe en 1888 à Arles, où il est venu chercher, comme tant d’autres artistes français et étrangers, la lumière du Midi. Dans son atelier de la « maison jaune », aujourd’hui disparue, le Néerlandais est à l’apogée de son art. Le sud de la France lui inspire des scènes de moisson, des tableaux d’arbres en fleurs japonisants, mais aussi son fameux Autoportrait à l’oreille bandé (1889)... Car les crises de démence du peintre le tourmentent déjà. Son séjour dans la ville antique précède son internement à l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy, en 1889. S’il est subjugué par les jaunes et dorés éclatants du paysage provençal, Van Gogh peint là de jour comme de nuit, s’attelant à ses inimitables ciels étoilés. Après la Nuit étoilée sur le Rhône (1888, musée d’Orsay) à Arles, il peint depuis sa chambre de l’asile de Saint-Paul-de-Mausole un autre chef-d’œuvre : derrière le grand cyprès au premier plan, le village de Saint-Rémy-de-Provence endormi que surplombent les Alpilles et la lune (La Nuit étoilée, 1889).

Vincent Van Gogh, La maison jaune ou La rue, 1888, huile sur toile, Van Gogh Museum, Amsterdam
Vincent Van Gogh, La maison jaune ou La rue, 1888, huile sur toile, Van Gogh Museum, Amsterdam. © Vincent van Gogh, Public domain, via Wikimedia Commons

Voyage en Polynésie avec Paul Gauguin

Paul Gauguin, Montagnes tahitiennes, 1891, huile sur toile, Minneapolis Institute of Art.
Paul Gauguin, Montagnes tahitiennes, 1891, huile sur toile, Minneapolis Institute of Art. © Paul Gauguin, Public domain, via Wikimedia Commons

Figure du postimpressionnisme et chef de file de l’école de Pont-Aven, dans le Finistère, Paul Gauguin (1848-1903) fuit l’Hexagone agité par la révolution industrielle pour partir en 1891 à la découverte des paysages authentiques et ensoleillés de Tahiti. Bien loin de la Bretagne, la colonie française du Pacifique devient le nouveau terrain de jeu du quadragénaire. Sous le « ciel sans hiver » d’Océanie dont il a tant rêvé, le peintre signe ses plus grands chefs-d’œuvre. Dans une liberté artistique totale, il y retranscrit les couleurs intenses de la nature et la beauté nonchalante des vahinés. Après un bref retour en France, il retournera définitivement en Polynésie, à Tahiti puis à Atuona, sur l’île de Hiva Oa, dans l’archipel des Marquises. Fasciné par l’exotisme mystérieux et envoûtant qui l’entoure, Gauguin l’Occidental vivra là « d’extase, de calme et d’art » jusqu’à la fin de ses jours, laissant derrière lui plusieurs descendants et un souvenir amer à la population locale.

Paul Gauguin, Arearea, 1892, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris
Paul Gauguin, Arearea, 1892, huile sur toile, Musée d’Orsay, Paris. © Paul Gauguin, Public domain, via Wikimedia Commons

Paul Cézanne, peintre de la Provence

Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire vue de la carrière Bibémus, vers 1897, huile sur toile, Baltimore Museum of Art
Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire vue de la carrière Bibémus, vers 1897, huile sur toile, Baltimore Museum of Art. © Paul Cézanne, Public domain, via Wikimedia Commons

Paul Cézanne (1839-1906) a réservé ses plus beaux chefs-d’œuvre au pays de sa jeunesse. C’est au sein de sa ville natale d’Aix-en-Provence, dans la maison familiale du Jas de Bouffan, son atelier des Lauves ou dans le calme de la campagne alentour qu’il est le plus créatif, déclinant notamment sur des dizaines de toiles l’un de ses motifs favoris, la grandiose montagne Sainte-Victoire. L’art du paysage chez Cézanne mêle l’influence de ses amis impressionnistes et les contours naissants du cubisme... L’audace et la modernité de son œuvre font de lui un passeur, et lui offrent enfin le succès à la veille du XXe siècle.

Paul Cézanne, Maison et ferme du Jas de Bouffan, 1885-1887, huile sur toile, Prague National Gallery
Paul Cézanne, Maison et ferme du Jas de Bouffan, 1885-1887, huile sur toile, Prague National Gallery. © Paul Cézanne, Public domain, via Wikimedia Commons

Collioure et les couleurs fauves de Matisse et Derain

Henri Matisse, Les Toits de Collioure, 1905, huile sur toile, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg
Henri Matisse, Les Toits de Collioure, 1905, huile sur toile, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. © Henri Matisse, Public domain, via Wikimedia Commons

Représentants du fauvisme, les peintres Henri Matisse (1869-1954) et André Derain (1880-1954) signent de très nombreuses vues de la ville de Collioure au cours de l’été 1905. Bordé par la mer Méditerranée, muse de tant d’artistes, le charmant port de pêche des Pyrénées-Orientales devient sur leurs toiles une explosion de couleurs vives : des « cartouches de dynamite », selon l’expression d’André Derain, à l’origine d’une véritable révolution picturale..! L’émotion l’emporte sur le réalisme, l’intensité et la lumière sur l’ombre et les nuances. À l’aube du XXe siècle, l’œuvre flamboyante et controversée des fauves a ainsi contribué à la renommée de la cité catalane, l’un des trésors recherchés de la côte Vermeille aujourd’hui.

La butte Montmartre, de Suzanne Valadon à Maurice Utrillo 

Maurice Utrillo, Le Moulin de la Galette, 1913, huile sur panneau, collection particulière
Maurice Utrillo, Le Moulin de la Galette, 1913, huile sur panneau, collection particulière. © Maurice Utrillo, Public domain, via Wikimedia Commons

Célèbres résidents de la Butte à l’aube du XXe siècle, Suzanne Valadon (1865-1938) et son fils Maurice Utrillo (1883-1955) ont consacré plusieurs peintures au paysage montmartrois. Du cabaret du Lapin Agile au Moulin de la Galette, en passant par le dôme emblématique du Sacré-Cœur et les ruelles pittoresques qui l’entourent, leurs œuvres dépeignent l’atmosphère singulière de ce Paris tant aimé des artistes. Campagnard, modeste, festif… Les centaines de toiles que Montmartre inspire à Utrillo illustrent en blanc (avec sa « période blanche » d’avant-guerre) puis en couleurs les différentes facettes d’un quartier en plein développement. L’atelier du 12 rue Cortot où vivait dans les années 1910 le trio d’artistes Suzanne Valadon, André Utter et Utrillo accueille aujourd’hui le musée de Montmartre.