La vallée de Chaudefour : le goût du secret

Par Hughes Derouard
source : Hors série - France sauvage
Publié le 19/08/2015

Au pied du puy de Sancy, 1886 mètres et point culminant du Massif central, se dissimule la plus secrète des vallées auvergnates. Elle constitue aussi la plus belle voie d’accès vers ce sommet prestigieux à la portée de tout randonneur. La vallée de Chaudefour est aussi une réserve naturelle où l’on a toutes les chances d’apercevoir marmottes, mouflons et chamois.

la vallée de Chaudefour en été

la crête de Coq et la Dent de la Rancune Le cirque glaciaire de la vallée de Chaudefour (Puy-de-Dôme) est le fruit de l’intense activité du stratovolcan de Sancy, suivie de plusieurs périodes de glaciation. Au creux de cette vallée en auge, les folies de la terre ont laissé dans le paysage d’insolites témoignages que les hommes ont baptisé : la Dent de la Rancune (filon de lave solidifié) et la crête du Coq (ancien dôme hérissé d’aiguilles) (en arrière-plan).

Secrète, la vallée de Chaudefour l’est véritablement puisqu’une barrière rocheuse dissimule son accès aux regards. Nous sommes à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Clermont-Ferrand, sur la route en 1 000 virages qui relie Besse-en-Chandesse à la station du Mont-Dore via le col de la Croix-Saint-Robert. La piste qui mène à la réserve naturelle de Chaudefour vous enfonce dans une solitude profonde. Au bout, on se croirait dans un cul-de-sac. Il faut vraiment savoir que le sentier qui s’élève au-dessus du chalet Sainte-Anne se faufile dans une chicane au milieu des parois pour déboucher dans une haute vallée que se partagent alpages et hêtraies. Le sentier est net : il représente la seule trace de la civilisation. Les contours de la vallée, entre 1 135 mètres (à la maison de la réserve naturelle) et 1 854 mètres (au puy Ferrand) sont les restes de deux cratères effondrés il y a 2,5 millions d’années. Ensuite, elle a été rabotée par les glaciers qui recouvraient l’ensemble des massifs. Pour apprécier ses plus spectaculaires panoramas, il faut prendre de la hauteur.

marmotte

À l’entrée de la réserve, passez sur la rive droite du torrent et suivez le sentier qui s’élève dans la hêtraie et conduit au sommet du puy de Champgourdeix (1 570 mètres). Là-haut, en montant vers le puy Ferrand et le puy de Sancy, vous dominerez la vallée de Chaudefour comme depuis un avion. C’est un magnifique patchwork de vert et de gris que dessinent alpages, hêtraies et pentes rocheuses. On a identifié ici plus de 1 000 espèces végétales ! Quant à la faune, guettez sur les pentes parsemées de rochers le coup de sifflet caractéristique : une marmotte vous a vu. L’alerte est déclenchée, mais les charmantes bestioles se laissent admirer, et parfois même d’assez près. Il arrive aussi que l’on rencontre quelques mouflons ou des chamois, mais vous les verrez vraisemblablement, de plus loin.

la vallée de Chaudefour en hiver

Gravirez-vous le puy de Sancy ? Sachez qu’un téléphérique en facilite grandement l’accès depuis la station de ski du Sancy : la foule vous y donne donc rendez-vous pour un paysage moins beau que celui qui vous attend si, depuis le puy Ferrand, vous continuez en direction du puy de Cacadogne. Là, vous serez quasiment à la verticale de la vallée de Chaudefour, cernée de gigantesques aiguilles de roche sombre, comme plantées sur les pentes qui plongent vers elle. Ce sont des dykes, formations de lave provenant d’éruptions anciennes enterrées dans des sols meubles jusqu’à ce que l’érosion les mette à jour. Ceux-ci, qui s’élancent comme des menhirs géants ou se déploient en tronçons de muraille, sont impressionnants et contribuent à donner un sentiment de vertige sur ces pentes raides. En contrebas du puy de Cacadogne, un sentier qui se faufile entre les barres rocheuses vous ramène au fond de la vallée.

Trois climats, une flore étendue

la vallée de Chaudefour en automneLa flore de la vallée de Chaudefour est diversifiée grâce à trois influences climatologiques : océanique, puisque le massif du Sancy est directement exposé aux perturbations atlantiques qui traversent le golfe de Gascogne ; continentale, parce que la distance de la mer combinée à l’altitude conditionne des hivers rudes ; méditerranéenne, par sa latitude, déjà basse. Conséquence, on y trouve, par exemple, le pavot du Pays de Galles, l’orpin reprise (originaire de Sibérie) et le matricaire  discoïde (Balkans).