La pointe du Raz ou la Bretagne sauvage

Par Joël Chaboureau
source : Détours en France

Il est des lieux mythiques pour les marins. Le raz de Sein est de ceux là. Ses courants comptent parmi les plus puissants au monde et, quand le vent et le courant s’affrontent, même les pêcheurs locaux respectent une trêve.

soleil sur le raz de Sein

Les visiteurs qui viennent au raz de Sein par la terre peuvent admirer les « marmites de l’enfer » qui cascadent autour du phare de la Vieille et qui entrent dans la bien nommée « baie des Trépassés ». Cette sentinelle veille, avec sa comparse « la Plate » sur ce passage qui sépare l’île de Sein du continent et permettent aux marins de l’emprunter en toute sécurité, de jour comme de nuit.

raz de Sein

Par beau temps, les superlatifs ne manquent pas devant ce paysage de granit aux eaux turquoise. Les promeneurs qui cheminent sur le sentier côtier n’imaginent pas, par gros mauvais temps, le déchaînement des flots – dont la couleur vire du vert au gris – avec des bouillons larges comme des lacs et des véritables rivières aux accents de torrents de montagne.

Tenir le parapluie à deux mains

baie des trépassés

La baie des trépassés.

île de Sein

L'île de Sein, vue sur le phare d'Armen.

« C’est un temps à prendre un ris dans le tablier », disent alors les marins quand le vent atteint la vitesse de la tempête et que les ondes de pluie fouettent les touristes audacieux qui osent mettre leur suroît dehors. Ils n’ont pas tort car c’est ainsi que la Bretagne sauvage montre son jour les plus farouche et que l’on sent revenir les légendes comme celle de la ville maudite d’Ys ou la figure du Passeur et de la barque de la nuit.

Un phare maudit

le phare de la vieille

Le phare de la Vieille.

Le phare de Tévennec est l’un des premiers phares automatisés de l’histoire. Erigé après cinq ans de travaux initiés en 1869, ce phare de haute mer (pas un véritable « enfer » et à peine un « purgatoire », selon la classification inventée par les gardiens), a écrit jusqu’au début du XXe siècle, sa légende noire. Après cinq années de travaux émaillés de faits étranges, la maison-phare, située à quelques encablures du phare de la Vieille et du passage du raz voit son premier gardien débarquer en 1874. Il démissionnera rapidement comme treize de ses successeurs. Morts brutales, phénomènes paranormaux, solitude extrême engendrant la folie, feront écrire à Jean-Pierre Abraham, écrivain et ancien gardien de phare d’Ar-Men (à proximité sud de l’île de Sein) : « Pour vivre en ces lieux, il faudrait être sans espérance, et ce n’est pas facile. »

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