Falaises d'Étretat : spectacle au grand air

Par Hughes Derouard
source : Hors série - France sauvage

En Normandie, découvrez les falaises d'Etretat, un paysage grandiose et époustouflant entre Manche et verts bocages.

les falaises d'étretat

Célèbres spécimens de « falaises vives », les falaises d’Étretat présentent des découpures insolites. Depuis la grève, vue sur la porte d’Amont (et son arche), taillée dans la falaise crayeuse aux strates si horizontales qu’on les imaginerait être le résultat d’harmonieuses sculptures.

Un paysage complètement fou

Entre Ault et Le Havre, une falaise déploie ses verticalités plissées de blanc et d’or, de gris et de noir. Au pied de ce rideau, la Manche opaline roule des tonnes de galets. En haut, le bocage compose un nuancier de verts et de bruns. Aux pays de Bray et de Caux, 70 mètres de calcaire lisse isolent la campagne de la mer. Et c’est à Étretat que la falaise compose le paysage le plus fou.

Vers Étretat, la falaise se creuse d’arches et se prolonge au large sous la forme d’aiguilles que l’on croirait jaillies de la houle. La meilleure façon d’aborder le site consiste à y venir depuis le cap d’Antifer, dont le phare se dresse solitaire, entre la campagne, le ciel et la mer. Et voici qu’une arche creusée dans une avancée de falaise se détache sur la mer. C’est la Manneporte, au bout de la crique du Petit-Port, sous laquelle des plaisanciers font souvent le pari de passer, reprenant la suggestion faite par Maupassant dans Une vie : « Les grandes arcades d’Étretat, pareilles à deux jambes de la falaise marchant dans la mer, hautes à servir d’arche à des navires… »

les falaises d'étretat

Puis apparaît une seconde arche, plus impressionnante encore : la porte d’Aval, à côté de ce cône acéré qui jaillit de la Manche, l’Aiguille d’Étretat. Le paysage est tellement célèbre que vous croiriez marcher dans une carte postale… ou dans Arsène Lupin : « En face de lui, presque au niveau de la falaise, en pleine mer, se dressait un roc énorme, haut de plus de quatrevingts mètres, obélisque colossal, d’aplomb sur sa large base de granit que l’on apercevait au ras de l’eau et qui s’eflait ensuite jusqu’au sommet, ainsi que la dent gigantesque d’un monstre marin. Blanc comme la falaise, d’un blanc gris et sale, l’effroyable monolithe était strié de lignes horizontales marquées par du silex, et l’on voyait le lent travail de siècles accumulant les unes sur les autres les couches calcaires et les couches de galets. » Le feuilleton de Maurice Leblanc a si bien marqué la culture populaire qu’il n’est pas rare d’entendre ce commentaire : « Ah, voilà l’Aiguille creuse d’Étretat ! »

le vallon de Grainval

Entre Yport (au sud) et Fécamp (au nord), la Côte d’Albâtre vous amène au vallon de Grainval. Une rampe d’accès vous dépose sur le platier rocheux, au pied d’un millefeuille de craie tendre et de silex dur. Au premier plan et à l’extrême droite de l’image, deux superbes exemples de valleuses.

Au niveau du terrain de golf, la Chambre des demoiselles, curieuse excavation dans la falaise, offre le plus beau coup d’œil sur la plage de galets et les toits d’ardoises d’Étretat. Un escalier raide y plonge. De la plage, vous pouvez envisager de longer le pied de la falaise pour voir les arches admirées d’en haut. Attention, ce sera au prix d’un crapahutage sur des algues glissantes ! Et surtout, sachez que le passage au pied de la falaise est submergé pendant 6 heures. Autrement dit, l’élémentaire prudence interdit la balade en dehors de la marée descendante, de façon à disposer d’un maximum de temps devant vous. Vues du niveau de la mer, l’arche et la falaise donnent encore plus le vertige que de là-haut. Mais voyez ces vestiges de bassins au pied de la falaise d’Aval : ils servaient autrefois à purifer les huîtres. La reine Marie-Antoinette y possédait, dit-on, un élevage réservé à sa consommation personnelle.

les falaises d'étretat

Sur le long trait de côte formant les falaises du pays de Caux, les falaises d’Aval et d’Amont d’Étretat culminent à 85 mètres. À découvrir en cheminant, sur le sentier des douaniers (GR®21).

De l’autre côté de la plage, soit en longeant le pied de la falaise (si la marée le permet), soit en passant par le casino, vous trouverez un escalier qui grimpe vers la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde et le monument à la mémoire des aviateurs Nungesser et Coli. En suivant le sentier côtier, vous atteignez la porte d’Amont, que Maupassant compare à « la fgure d’un éléphant énorme enfonçant sa trompe dans les fots » ; ce qui paraît très bien vu. Enfin, plus loin dans l’est vous attend l’aiguille de Belval. Si elle est moins connue que l’Aiguille d’Étretat, « l’Aiguille creuse », elle paraît tout aussi impressionnante, parce que plus solitaire. Surtout quand des cormorans noirs planent autour de la craie si blanche…

La caloge, habitat des marins

II n’y a qu’à Étretat que l’on peut voir encore ces étranges cabanes constituées d’une barque chapeautée d’un toit de chaume. C’est une tradition datant de l’époque où, sur la côte normande, les barques de pêche s’usaient très vite à force d’être tirées au sec entre deux sorties en mer. Une fois retirées du service, elles vivaient une seconde vie. Parfois rehaussées, elles devenaient des cabanes où les équipages remisaient leurs apparaux de pêche. Mais les plus grands bateaux – comme les caïques d’Yport – pouvaient se transformer en véritables petites maisons !

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