L'île d'Yeu : 3 balades le long des côtes
Un morceau d’Armorique au large de la Vendée. Avec ses 23 kilomètres carrés, l’île d’Yeu est de taille modeste, mais ses paysages voient grand. Rien de commun entre les clairières champêtres intérieures, les falaises rocheuses battues par les flots de la côte sauvage, et les douces dunes de la côte Nord-Est. À l’heure du « zéro carbone », elle se prête à la visite à pied et à vélo. La preuve en trois randonnées pour (re)découvrir la plus bretonne des îles vendéennes.
1 - La côte sauvage à pied
À l’extrémité Ouest de l’île, la pointe du But tient toutes ses promesses : le vent souffle fort et des rouleaux furieux viennent se fracasser sur les Chiens Perrins, hauts-fonds responsables de bien des naufrages… Nous voici au tout début d’une superbe balade sur la côte Ouest, en suivant le GR 80. Ce sentier de randonnée fait le tour de l’île en 27 kilomètres (et en deux jours), mais on peut n’en parcourir qu’une portion, grâce à cinq autres itinéraires, prévus en boucle (de 7,60 à 10,40 km). La sente des Oyes (9,20 km) permet ainsi de voir l’essentiel de la côte sauvage au départ du Grand Phare.
La jolie plage des Sabias n’est qu’à une demi-heure de marche de cette vigie haute de 41 mètres. Les Islais apprécient particulièrement ce croissant de sable abrité par la pointe du Châtelet. Les cabines sur la plage racontent les étés ensoleillés et les baignades dans les vagues bleu vert. Tout autour, la lande règne sur la côte escarpée, creusée de criques. L’asphodèle y pousse en champs sauvages, et le quartz y affleure. Une série de petites anses sableuses ou rocheuses nous séparent du Vieux-Château.
Du Vieux-Château au port de la Meule
Cette forteresse du XIVe siècle, qui a défendu l’île contre les Anglais, est toujours solidement accrochée à son éperon rocheux. Sa silhouette aurait inspiré à Hergé son château de L’Île Noire… La plus belle portion du GR est ici, entre la plage des Sabias et le port de la Meule. Des chaos rocheux forment des promontoires spectaculaires ; la mer hésite entre vert, bleu roi et turquoise ; l’air iodé et le parfum miellé de la lande enivrent…
Bientôt, la silhouette de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle apparaît, dominant le charmant petit goulet de la Meule. Cette chapelle blanche, comme échappée des Cyclades grecques, a longtemps servi d’amer. On venait jadis y égrener son chapelet, à la lueur des cierges, pour les marins qui tardaient à rentrer. Désormais, la navigation en mer est plus sûre. On ne parle plus de naufrages au port de la Meule, mais de la pêche du jour. On refait le monde dans les cabanons de bois peints, devant les annexes posées contre les rochers. De là, nous rejoignons l’ancien village de caseyeurs de La Meule.
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2 - À vélo, de Saint-Sauveur à la pointe des Corbeaux
Les amoureux de la petite reine sont aux anges sur l’île. On y propose près de 2 200 vélos à la location, pour une population de 4 800 personnes – mais qui dépasse allégrement les 30 000 en été. On y trouve surtout un relief relativement plat et une multitude de routes et de chemins. L’une des plus belles randonnées cyclistes explore l’est de l’île au départ de l’église de Saint-Sauveur.
Avant d’enfourcher sa monture, il faut entrer à l’intérieur de l’édifice roman. Dans l’abside Sud, de belles fresques des XIIe-XVIe siècles ont été mises au jour en 2013, et restaurées depuis. On y voit notamment une Dévotion à Saint-Nicolas, un des saints patrons des marins. Baguenauder dans les ruelles de Saint-Sauveur fait comprendre ce qui séduit autant les citadins aisés, qui possèdent des villégiatures dans ce coin islais. Des murets de granit maillent le village et enserrent des jardins soignés, où poussent palmiers, figuiers et autres grenadiers. Les maisons peintes à la chaux arborent de jolis volets colorés, et les toits respectent la tradition : tuiles tige de botte pour tout le monde !
Les plus belles plages de l'île d'Yeu
La plage des Vieilles s’annonce après seulement quelques coups de pédale, sur une route en pente douce. Les estivants adorent se prélasser sur ce superbe rivage parsemé de rochers. Les locaux y voient un « petit XVIe » (comme l’arrondissement chic de Paris) ! Derrière le bouquet de cyprès, se cache le port des Vieilles, le plus petit de l’île. Quelques barques flottent sur l’eau transparente, comme en suspension.
Plus loin encore vers l’ouest se trouve la plage des Soux, notre préférée avec son éperon rocheux qui la sépare en deux. Par le chemin de la Couronne, on bifurque sur un sentier sableux qui longe la côte. Une émouvante stèle en mémoire des naufragés du Sequana, oeuvre d’Arnaud Kasper, rappelle un épisode douloureux. Le 8 juin 1917, un sous-marin allemand torpilla, au large d’Yeu, ce paquebot qui avait à son bord 400 tirailleurs sénégalais en partance pour le front.
À 4 kilomètres de Saint- Sauveur, la pointe des Corbeaux n’est plus très loin. Le phare à la coupole rouge marque l’ extrémité Sud de l’île. Où l’on bascule de la côte sauvage (ouest) vers la côte « vendéenne » (nord-est), plus douce et sableuse. Le vent pousse l’écume des vagues. On s’amuse à attraper ces mousses volantes. On fait aussi l’expérience peu ordinaire de la rotondité de la Terre, grâce au panorama à plus de 180°. De toute beauté, en fin de journée.
3 - Port-Joinville et la côte Nord-Est, la Vendée-sur-Mer
Port-Joinville, sa gare maritime, son quai où s’alignent les cafés, ses boutiques… Et c’est tout ? On aurait tort de déguerpir trop vite. Le monde semble s’y être donné rendez-vous. Le quai du Canada rappelle que l’île a été libérée par les Nord-Américains, le 26 août 1944. Sur la place de la Norvège, un monument a été érigé en hommage aux six Islais qui ont péri en mer en allant porter secours à l’Ymer, un cargo norvégien coulé par un sous-marin allemand le 23 janvier 1917.
Il fait bon flâner du côté de la rue du Secret, enfilade de façades blanches aux volets multicolores d’où surgit, incongrue, la coupole verte du phare des Mariés. Au milieu des maisons ! Sur le quai Carnot, on prend la file devant la fourgonnette d’Alain Mousnier. Ses tartes aux pruneaux partent comme des petits pains. Les origines de cette spécialité islaise remontent à l’époque où Port-Joinville s’appelait Port-Breton. Les marins islais qui cabotaient jusqu’en Gironde, rentraient avec du vin de Bordeaux dans leurs cales, mais aussi des produits rares, comme la cannelle, le rhum et… les pruneaux. La tarte islaise, décorée de croisillons de pâte, était offerte pendant les noces à ceux que les familles des mariés ne pouvaient inviter. Autre gourmandise locale, le betchet, biscuit sec apprécié des marins, car il pouvait se conserver lors des longues traversées.
Les grandes plages de sable de la côte orientale
Rassasié, nous pouvons enfin quitter Port-Joinville. Ce que nous faisons à bicyclette. Dès Ker Châlon, le littoral déroule une série de plages. Bien abritées des vents dominants, elles font face à la côte dite de Lumière, sur le continent. D’ailleurs, ici, tout nous rappelle les rivages vendéens : les dunes, l’ombre bien rafraîchissante des pins maritimes et des cyprès, auxquels se mêlent bouleaux et chênes verts. Plages des Sapins, de la Petite Conche, et celle des Ovaires qui doit son nom à une déformation de « eaux vertes »… Les plages se font plus sauvages, mais toujours sableuses, en approchant la pointe de Corbeaux, où règnent l’oyat et le chardon. Au large, les filières (élevage en suspension) des mytiliculteurs. Derrière la dune, le fort de la Grande Conche (ou fort Neuf). Cette batterie de défense, construite en 1860, semble enfoncée dans la lande. Au-dessus de nous, des cirrus dans le ciel immense. Le bout du monde, à 7 petits kilomètres de Port-Joinville.