En donnant passage à un trafic intense entre la France et l’Espagne, le tunnel du Somport a bien changé la nature de la vallée d’Aspe. En amont d’Oloron-Sainte-Marie, la montagne amplifie le rugissement des poids lourds. Et pourtant, trois kilomètres et demi après le village d’Accous, il suffit de s’engager sur une petite route à droite, pour retrouver les Pyrénées éternelles. Dessinant une série de virages en lacet, la D239 grimpe au village de Lescun. Avec ses murs de schiste brut ou en crépis gris et ses toits pointus d’ardoise argentée, le village conserve un air de prospérité qui date de l’édification de ses plus anciennes maisons, au XVe siècle.
Vallée au paysage pastoral
Moins de 200 âmes y vivent, mais autrefois Lescun était le chef-lieu d’un terroir où un pastoralisme actif garantissait des revenus permanents, une richesse encore accentuée par sa proximité avec une importante voie de communication. La vallée conduisait en effet au col du Somport, un des rares passages de la chaîne pyrénéenne occidentale, avec son voisin le Pourtalet, de l’autre côté du pic du Midi d’Ossau.
La Mecque de l'escalade
Construit autour de son église Sainte-Eulalie, abrité des vents du nord par le rempart que dresse le pic d’Ourtasse, Lescun est orienté plein sud, faisant face à un cirque montagneux. En bas, des pâtures et des cabanes pastorales par dizaines. Plus haut, un étage de forêts. Et encore au-dessus, à plus de 2 000 mètres, la montagne : âpre, majestueuse, vertigineuse avec le pic d’Anie (2 504 m), la table des Trois-Rois (2421m) et les aiguilles d’Ansabère (2 377 m). Pour en apprécier l’unité architecturale parfaite, le mieux est de s’élever au-dessus de Lescun en suivant le balisage du GR10. Mais pour découvrir l’âme du pays, il faut remonter au fond du cirque de Lescun en suivant le gave d’Ansabère par l’itinéraire de la Haute Randonnée pyrénéenne (HRP). On trouve ce dernier en contrebas du village et on le rejoint par la petite route pastorale qui descend au pont de Lauga. À noter chemin faisant : quelques beaux coups d’œil sur le village de Lescun.
Après avoir franchi le pont, à la première intersection, prendre à droite, jusqu’à la route suivante qu’on suit à gauche jusqu’au parking du pont Lamareich. La HRP mène alors à une piste qui monte régulièrement en sous-bois jusqu’au pont Lamary. On quitte le domaine des pâtures basses pour entrer dans une forêt de feuillus où il faut monter et tourner longtemps, sans vue sur la montagne, avant de déboucher sur les cabanes d’Ansabère. Nous voici dans un autre univers, celui des alpages d’estive, au pied de la montagne sauvage. Au niveau des cabanes, la HRP grimpe vers le lac d’Ansabère pour passer sur le versant espagnol du pic du lac de la Chourique. Nous le quittons pour monter vers les aiguilles d’Ansabère, par le sentier du col de Pétragème (2 082 m, dit « port d’Anso ») soit 400 mètres de très rude dénivelé. En vallée d’Aspe, on appelle les aiguilles : « les Demoiselles ». En fait, comme nous longeons le pied de la Petite Aiguille d’Ansabère, ce sont des images de cathédrale gothique qui nous viennent à l’esprit, avec une flamboyante profusion de flèches, de clochetons et de dentelles. On conçoit que ces parois lancent un véritable défi aux grimpeurs !
On se trouve bel et bien ici dans une Mecque de l’escalade, avec notamment le Spigolo, l’une des voies les plus prestigieuses des Pyrénées. Mais ceci est une autre histoire... Nous nous arrêterons au col et profiterons du vaste panorama sur l’Espagne, avant de redescendre en vallée d’Aspe.