Peu avant la pointe du Van, le Pors Théolen est l’occasion d’une agréable baignade. Peu avant la pointe du Van, le Pors Théolen est l’occasion d’une agréable baignade. - © Hervé Ronné / Détours en France
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Balade entre terre et océan, au cap Sizun

Publié le par Philippe Bourget

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

  • Une randonnée exigeante de plus de sept heures débute à la pointe de la Jument, longe la côte sauvage du Cap Sizun via le GR34, entre falaises, criques secrètes et sentiers escarpés.
  • Haltes nature et patrimoine : le moulin de Keriolet, le menhir de Saint-Conogan ou encore la réserve naturelle du cap Sizun, refuge d’oiseaux marins, rythment le parcours.
  • Le lendemain, sous un ciel dégagé, la balade se poursuit entre landes fleuries, villages paisibles et panoramas spectaculaires jusqu’à la pointe de Brézellec.

Midi. Drôle d’heure pour commencer une randonnée. La météo en a décidé ainsi et « grosse pluie du matin ne vaut pas saut dans le grand bain » ! C’est donc lorsque le grain a cessé et qu’aucun autre n’est annoncé que nous entamons la marche ce jour de juillet. Une journée maussade nous attend depuis Beg ar Gazeg (pointe de la Jument, en breton). Désert, ce cap dodu et rocheux signe le début de notre gwenodenn-aod (sentier côtier). Le parcours, en dents de scie et éprouvant, va nous conduire après plus de sept heures de marche jusqu’à la réserve du cap Sizun. Premiers pas sur une sente étroite qui ondule entre fougères vertes, tapis de bruyères mauves et ajoncs d’un jaune intense. À droite, la mer est presque d’huile. Aucun bateau au large, barré par la ligne sombre du cap de la Chèvre (presqu’île de Crozon), horizon qui ne nous quittera pas de la journée.

Chemin en surplomb

De temps à autre, des sentiers à gauche renvoient vers quelques hameaux perdus : Poullan-sur-Mer, Kerbasquin, Kervoal… De rares maisons pointent parfois au-dessus de la végétation, murs blancs et toits d’ardoise, refuges permanents ou estivaux de propriétaires ivres de mer. Des champs de céréales flirtent aussi avec les rochers, sur lesquels mouettes et cormorans font le pied de grue. Tantôt proche de l’eau, tantôt en surplomb, le GR34 va ainsi son bonhomme de chemin, franchissant d’étroits vallons humides par des passerelles jetées au-dessus de ruisseaux côtiers morts à peine nés.

C’est ainsi qu’au bout de deux heures, bercé par le bruit léger du ressac, on parvient à la pointe du Millier, propriété du Conservatoire du littoral. Derrière soi, au nord-est, comme s’il fermait la baie de Douarnenez, le Menez Hom, l’un des points culminants de Bretagne à 330 mètres d’altitude. Ici, une digression s’impose. À cinq minutes à pied de la pointe, voici le moulin de Keriolet. Belle halte pour pique-niquer avant d’aller jeter un œil, à deux pas, au mégalithe de Saint-Conogan. Ce menhir couché de 8 mètres de long en forme de bateau a donné naissance à une légende, celle du saint qui se serait échoué à cet endroit.

Le « bateau » de saint Conogan, imposant mégalithe de légende.
Le « bateau » de saint Conogan, imposant mégalithe de légende. © Hervé Ronné / Détours en France

À la pointe de Beuzec et sur la côte escarpée

Après trois heures de marche, nous voilà à la pointe de Kastel Koz qui déroule de hautes falaises escarpées et un paysage de lande détonant.
Après trois heures de marche, nous voilà à la pointe de Kastel Koz qui déroule de hautes falaises escarpées et un paysage de lande détonant. © Hervé Ronné / Détours en France

La randonnée reprend au phare du Millier. Sur son cap accueillant, accessible en voiture, se dresse la maison-phare qui abrite en saison des expositions sur la faune ou la flore. Le vent a forci et le ciel s’est dégagé. Des touches vertes « irlandaises », des tapis éclatants de bruyère, le clocher de Beuzec-Cap-Sizun au loin, un premier mouillage à bateaux… tout cela est le signe d’un décor plus humain, confirmé par un sentier également moins casse-pattes. La première plage tombe à pic. À Pors Péron, sable blond lissé entre deux saillies rocheuses, la baignade est tranquille pour qui aime l’eau, disons… fraîche !

Construite àlafindu xixe siècle au sommet du cap Sizun, la maison-phare du Millier surplombe l’océan et la baie de Douarnenez.
Construite à la findu XIXe siècle au sommet du cap Sizun, la maison-phare du Millier surplombe l’océan et la baie de Douarnenez. © Hervé Ronné / Détours en France

Toujours en dos-d’âne, le sentier passe ainsi par l’anse de Pors Lanvers. Ici, en août 1943, le Moïse de Tréboul, son patron et huit membres d’équipage embarquaient 14 résistants partis rejoindre les FFL en Angleterre. La suite se passe à nouveau dans un désert côtier très sauvage. Pour preuve ? La pointe et, surtout, l’adorable plage encaissée de Trenaouret, un bord de mer de rêve sur fond de mer glaz. Puis viennent les pointes de Kastel Koz, rudes et hautes falaises dressées à 70 mètres de hauteur (propriété, également, du Conservatoire du littoral), de Beuzec et de Luguénez. On a marché trois heures depuis le de Keriolet et la « balade de santé » n’est pas finie…

À la pointe du Millier, découverte du moulin à eau de Keriolet (1868).
À la pointe du Millier, découverte du moulin à eau de Keriolet (1868). © Hervé Ronné / Détours en France

Entre Luguénez et Lesven, le littoral se déchire sous un ciel à nouveau tourmenté. Une brise d’ouest fraîchit le visage. Passé la pointe de Lesven, il faut encore une bonne heure pour rallier le rocher du Grand Crom et pas loin d’une petite heure de plus pour atteindre le parking de la réserve du cap Sizun. Un arc-en-ciel s’est levé et un crave à bec rouge est venu nous saluer. La première journée s’achève sourire aux lèvres, dans un décor vertigineux de rochers découpés et de belvédères plongeants. Encore quarante minutes d’effort à travers champs et hameaux et l’on rejoint le gîte d’étape de Goulien pour dîner et dormir du sommeil du juste.

Le lendemain, petit déjeuner avalé, il faut revenir à la réserve naturelle du cap Sizun. En saison, un cabanon d’informations de l’association Bretagne vivante, qui gère et protège le site, renseigne les visiteurs. Ouvert ou non, il faut prendre le temps de s’intéresser au lieu. Car la réserve est le joyau écologique de l’itinéraire. Au milieu de hautes falaises de granit vivent les oiseaux marins du grand large, goélands bruns, guillemots de Troïl et les sédentaires, comme les grands corbeaux et les craves à bec rouge. « En ce moment, les fulmars boréaux et les cormorans huppés nichent », nous confirme Hervé, membre de Bretagne vivante.

Landes rases

Un passage rapide à l’ancienne maison de douaniers Ti Felix et l’on s’engage à nouveau plein ouest, sous un splendide ciel bleu, sur le « scenic footpath » bordé de bruyères incandescentes. On y croise un pêcheur. Il vient d’attraper une vieille dans un coin où l’on accède « par un sentier qu’ont tracé les anciens », dit-il à demi-mot. On marche depuis un peu plus d’une heure et demie quand sonne l’heure de la sortie de la Réserve. La suite est plus domestiquée. À nouveau, des champs de blé ou de maïs, puis une cale à pêcheurs et sa pointe, Penharn. Sous le soleil, la vue arrière sur ce cap aux rochers pointés vers le ciel, avec la bruyère au premier plan, est l’une des plus belles du parcours. Sur les coups de 13 heures, nous voilà à la pointe de Kerharo puis à celle de Brézellec. Arrêt pique-nique. Profitant du beau temps revenu, des voiliers croisent au large. Des marcheurs, enfin présents, crapahutent bras nus. Les paysages, moins abrupts, laissent deviner à l’horizon le relief plus plat de la pointe du Raz. La lande commence à prendre le dessus et un second crave à bec rouge s’enhardit près du chemin, à deux pas d’un vieil amer.

L’île si mince de Sein

La pointe du Raz, Grand Site de France où veille au large le phare de la Vieille (1887), signe la fin de la randonnée.
La pointe du Raz, Grand Site de France où veille au large le phare de la Vieille (1887), signe la fin de la randonnée. © Hervé Ronné / Détours en France

Un café serait le bienvenu. Cela tombe bien, voici le seul « troquet » de l’itinéraire, la buvette de Pors Théolen, maisonnette blanche à volets bleus. Une grimpette encore et on file vers la pointe de Castelmeur, faisant fuir dans un froissement végétal quantité de lézards attirés par le soleil. De hautes fleurs jaunes ont fait leur apparition. Ce sont des anthémis des teinturiers, jadis utilisées comme plantes tinctoriales. On avance encore jusqu’à la pointe du Van, laissant nos pensées vagabonder au loin. La pointe signe presque la fin de ce trek « solitaire ». Il y a foule ici pour voir la pointe du Raz, enfin dévoilée, l’île si mince de Sein et la chapelle Saint-They, émouvante de rusticité. Il reste à filer vers le port-abri de Vorlen puis la baie des Trépassés pour toucher enfin la pointe ultime, Grand Site de France et symbole entre tous de Finis Terrae. Il a fallu près de deux heures pour y parvenir et se féliciter, après la visite de la maison de la Pointe, d’avoir vaincu le plus magnifique des littoraux du cap Sizun, sa face nord à la biodiversité si riche.

Sources